Le Parlement Européen a donc enclenché en début d’après-midi la procédure dite de l’article 7 contre la Hongrie. Ça peut théoriquement conduire à la mise à l’écart de l’Europe du pays dirigé par le très autoritaire Viktor Orban. Le problème c'est que c'est trop tard, Orban a déjà gagné. C'est le "monde à l'envers".

Viktor Orban hier lors de son audition par le Parlement de Strasbourg
Viktor Orban hier lors de son audition par le Parlement de Strasbourg © AFP / FREDERICK FLORIN / AFP

Ce vote, le voici ! Je vous le montre ici en studio : compte rendu officiel du Parlement européen, le vote député par député : c’était juste après 13h tout à l’heure.

Et la première réaction, c’est de se dire : enfin ! Vote historique, pour Amnesty International.

Signal très fort, pour l’Elysée. Etc.

Le résultat, c’est vrai, est net : 448 voix pour l’enclenchement de cette procédure, 197 contre, 48 abstentions. Il fallait les 2/3 des voix exprimées. C’est fait. Et c’est une première : jamais le Parlement européen n’avait pris l’initiative d’enclencher cette procédure contre un pays membre de l’Union.

Il fallait notamment que la majorité des députés du principal groupe parlementaire européen, le PPE de centre droit, soutienne la procédure. Compliqué, parce que le parti de Viktor Orban, le Fidesz, appartient au PPE.

Résultat, sans précédent là aussi : 116 des 218 députés du PPE ont appuyé le texte. 

Et la motion adoptée est sans détours : elle estime, je cite, que les « valeurs systémiques de l’Union Européenne » sont menacées en Hongrie. Ça parait un peu du jargon comme ça.

En fait, les mots sont forts : ça veut dire que les parlementaires européens craignent pour le respect de l’Etat de droit dans ce pays d’Europe centrale.

10 ans trop tard

Oui c’est une bataille de gagnée pour les défenseurs de l'Etat de droit, mais la guerre est presque déjà perdue.

D’abord, comme on dit en anglais, c’est sans doute « too little too late ». Trop peu trop tard.

Viktor Orban en est à son 4ème mandat, le 3ème consécutif. Il n’a rien à faire du célèbre partage des pouvoirs défini par Montesquieu entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Et tout le monde le sait.

Mise au pas de la justice, limitation de la liberté de la presse, atteinte aux droits des femmes, attribution douteuse des marchés publics, poursuite des ONG qui aident les migrants, restriction de la liberté d’enseigner, slogans antisémites, tout y passe.

Et malgré tout ça, il a donc fallu attendre près de 10 ans pour que l’Europe bouge.

Trop tard donc. Trop peu aussi.

Autant le dire carrément, la probabilité que cette procédure dite de l’article 7, aboutisse réellement à la suspension de la Hongrie, cette probabilité est très faible. Il faudrait que les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union dégagent à leur tour une unanimité sur le sujet. Mission impossible. Pour l’instant nous n’en sommes qu’à une phase préventive, une menace.

Dans une situation en partie similaire, ça n’a pas vraiment fait reculer la Pologne sur sa volonté de mettre la justice au pas.

Quant au parti populaire européen, il n’est pas du tout certain qu’il aille au bout de sa logique, à savoir suspendre de ses rangs le mouvement de Viktor Orban.

La droite européenne au bord de l'éclatement

Donc Orban est en train de gagner de toute façon.

Sur le terrain des équilibres partisans d’abord : la droite européenne est au bord de l’implosion.

Je vous le disais, sur 218 députés du parti populaire européen, 116 ont soutenu le texte. Pas besoin d’être un génie en calcul pour comprendre : ça veut dire qu’à l’inverse 102 ne l’ont pas fait, soit en s’abstenant, soit en s’opposant à la procédure.

Prenons par exemple la délégation française, composée essentiellement des Républicains, la moitié a voté contre Orban, l’autre moitié s’est abstenu ou a soutenu le leader hongrois.

De nombreux députés de droite italiens et espagnols ont fait la même chose.

On est donc bien au bord de l’éclatement au sein de la droite traditionnelle, entre d’un côté les héritiers de la démocratie chrétienne centriste et de l’autre les partisans d’un rapprochement avec l’extrême droite. Cet éclatement, c’est exactement ce que cherche Orban, et avec lui les extrême-droites européennes.

Et il est en train de gagner aussi sur le terrain des idées. 

Son obsession anti migrants (même si la Hongrie compte très peu de réfugiés) domine l’agenda européen. Sa défense d’une Europe des nations et non d’une Euro supranationale a le vent dans le dos.

Donc procédure contre lui ou pas, Orban en est persuadé : ce n’est pas l’Europe qui va le faire changer, c’est lui qui va changer l’Europe

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