La COP 24, la conférence sur le climat, doit théoriquement s’achever demain soir vendredi 14 décembre à Katowice en Pologne. Les espoirs sont importants, mais les résultats s’annoncent maigres. A tel point que l'on peut se demander si la COP ça sert encore à quelque chose. C’est le « Monde à l’envers ».

Des manifestants écologistes à la COP24 à Katowice
Des manifestants écologistes à la COP24 à Katowice © AFP / Janek SKARZYNSKI / AFP

Connaissez-vous Mohammed Nasheed ? C’est l’ancien Président des îles Maldives. Et je le reconnais bien volontiers, moi non plus je ne le connaissais pas jusqu’à aujourd’hui.

Il mène la délégation de son pays à la COP24 en Pologne, et voici ce qu’il a dit tout à l’heure à la tribune à Katowice : « Les émissions de CO2 continuent d’augmenter, d’augmenter, d’augmenter. Et nous tout ce que nous faisons, c’est parler, parler, parler ! »

Et bien Mohammed Nasheed a raison !

Il faut bien le dire : pour ce qui est des envolées lyriques et des grands mots, on s’y entend, à la COP. 

« C’est notre dernière chance, notre attitude est suicidaire », voilà ce que disait par exemple hier le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

Les rapports scientifiques se succèdent, les réunions annuelles de la COP aussi.

Et… les paroles ne pas sont suivies des actes ! Ça va même plus loin : les actes, en grande partie, contredisent les paroles.

L’an dernier, dans le monde, les émissions de gaz à effet de serre ont battu des records et les émissions de dioxyde de carbone sont reparties à la hausse : + 2,7%. Un spécialiste du climat parle même de « démobilisation des gouvernants ».

Alors la Conference of Parties, (c’est ça que veut dire le sigle COP) la Conférence des Parties donc sauvera peut-être la face d’ici demain soir, en affichant des promesses de financement accrues pour lutter contre le réchauffement climatique.

Mais on en vient à se demander si ces grands raouts annuels (dont le cout d’organisation, soit dit en passant, approche les 200 millions), si ces grands raouts servent encore à quelque chose, puisque les promesses ne sont pas suivies des faits.

Les petits pays montrent l'exemple

Alors c'est vrai, il se passe quand même des choses, il y a une évolution  mais elle est très lente. Beaucoup trop lente par rapport à l’urgence, puisque bientôt le bouleversement climatique deviendra irréversible.

Et les seuls à se bouger vraiment, ce sont les petits pays.

Quelques exemples.

La moitié de l’électricité produite en Afrique est d’origine renouvelable : c’est beaucoup plus que dans les pays développés.

Au Kenya, 85% de l’électricité produite dans le pays vient du renouvelable : hydroélectricité, solaire et surtout géothermie (le pays occupe le 8ème rang mondial !)

Les chiffres sont très élevés aussi en Ethiopie, en Tanzanie, au Mozambique. Le Maroc dispose lui désormais de la plus grande centrale solaire au monde. Près de 40% de son électricité vient là aussi des énergies renouvelables.

Les petits Etats du Pacifique montrent également la voie. Et l’Inde, même si elle a du mal à arrêter ses centrales à charbon, particulièrement polluantes, développe massivement le renouvelable, surtout l’énergie solaire.

En Europe, c’est le petit Portugal qui fait figure d’exemple avec là encore une production électrique provenant aux 2/3 du renouvelable.

La déception européenne

A l’inverse les grands pays sont les mauvais élèves.

Ce n’est pas très surprenant de la part des grands Etats pétroliers qui défendent leur intérêt économique à court terme : Etats-Unis, Russie, Monarchies du Golfe, ils sont même enclins au négationnisme sur le réchauffement climatique, pour mieux se donner bonne conscience sur leurs émissions de CO2.

La Chine n’est pas en reste : même si elle fait des efforts, elle continue de recourir massivement au charbon, là non plus ce n’est pas une surprise.

Non, la mauvaise surprise vient surtout des grands pays européens. Aucun n’atteint ses objectifs. Et en particulier ni l’Allemagne ni la France. 

Notre bilan à nous est même mauvais sur les 12 derniers mois :  +2% pour les émissions de CO2, + 3% pour les gaz à effet de serre. Sur l’éolien, le photovoltaïque, les véhicules électriques, l’isolation des bâtiments, la France avance lentement. Seulement 17% de renouvelables dans la production d’électricité.

Et les banques françaises continuent de financer davantage les énergies fossiles que les renouvelables. 

Quant à l’Union Européenne, elle est obnubilée par d’autres sujets, le Brexit, l’immigration, les questions sociales. Elle ne parvient pas initier une grande initiative climatique à l’échelle du continent.

Sur cet enjeu du climat, les grands Etats européens sont en retard sur la prise de conscience des citoyens 

Le Titanic s’enfonce dans les eaux et l’orchestre continue à jouer à la tribune de la COP.

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