Cocorico, aujourd'hui encore deux médailles françaises aux JO de Pyéong Chang en Corée du Sud. Sauf que dans "le monde à l'envers" ce soir, on joue les rabat-joie: les JO d'hiver ne présentent pas vraiment tous les attributs de l'olympisme.

L'équipe suisse de curling aux JO
L'équipe suisse de curling aux JO © Maxppp / Peter Kneffel/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPP

Et pour cause, on est très loin de l’universalité du sport…

Bon, il y a quelques exceptions.

Exemple : Pita Taufa Tofua, en ski de fond. Il vient de l’archipel des Tonga dans le Pacifique, à l’origine il pratiquait le taekwondo (rien à voir), et là il s’est qualifié in extremis en ski de fond.

Ou bien Carrie Russell. Elle vient de la Jamaïque dans les Caraïbes. 

C’est une ancienne sprinteuse, elle est engagée en bobsleigh.

Mais je ne pourrais pas continuer la liste bien longtemps. 

En fait, les Jeux d’Hiver passent totalement inaperçus sur plus de la moitié de la planète : en Afrique, en Asie du Sud ou en Amérique Latine.

Et pour cause, toutes ces régions du monde affichent… zéro médaille au compteur dans toute l’Histoire !

Vous voyez où je veux en venir ?

Les JO d’hiver c’est un club pour VIP.

Ok, officiellement, il y a 92 délégations. Mais ça c’est pour la devanture.

En réalité, si on met de côté le ski alpin et le ski de fond, dans les 13 disciplines restantes, il n’y a que 32 pays représentés !

Sur les 205 membres du CIO, ça ne fait pas grand monde !

Et dans certains sports, c’est encore plus select : seulement 16 pays pour le combiné nordique, ou seulement 13 pour le curling, vous savez ce sport très méconnu ici où on lance des pierres polies sur la glace (je sais que vous êtes experte Fabienne !)

Résultat : même en cumulant toutes les compétitions de toute l’Histoire des Jeux, ce sont toujours les mêmes 20 pays qui trustent toutes les médailles !

On n’ira pas jusqu’à dire « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire », parce qu’on serait bien incapables d’approcher les performances de ces champions (surtout en curling !)

Mais on ne peut pas dire qu’on parle de sports universels !

De la neige et surtout de l'argent

En réalité, les JO d’hiver, c’est un club de riches !

On pourrait se dire : « ben forcément que tout le monde ne peut pas gagner aux JO d’hiver, il faut juste vivre là où il y a de la neige ».

Argument un peu court. Il y a de la neige, et parfois beaucoup au Chili ou au Népal, en Algérie ou en Afghanistan, etc, et ce n’est pas pour autant que ces pays triomphent aux Jeux d’Hiver.

Non, le vrai critère c’est bien celui de la richesse. 

Quand on regarde la liste des 20, on trouve Canada, Etats-Unis, Russie, Japon et les grands pays européens, Allemagne, France, Italie et les pays scandinaves.

Bref le G8 des pays les plus riches, plus ceux dont le PIB par habitant est le plus élevé.

A l’inverse, si vous habitez dans un pays pauvre, votre chance de figurer aux JO d’hiver, est… nulle !

La raison est simple : les sports d’hiver nécessitent de telles infrastructures que ce sont exclusivement des sports de pays riches. 

Il suffit de regarder le coût de fonctionnement d’une station de ski : en France le chiffre d’affaires des grosses stations tourne entre 50 et 100 millions d’euros !

Les stations de ski chinoises

Mais les JO d’été, ça coûte encore plus cher, non ? Oui et Non.

En moyenne ça ne coûte qu’un peu plus cher.

Et la facture la plus élevée, été et hiver confondus, c’est quand même Sotchi en Russie il y a 4 ans, donc Jeux d’hiver. 

Mais surtout, ce n’est pas la facture en tant que telle qui compte. 

C’est le ratio dépenses / recettes. Et là, les Jeux d’hiver c’est pas terrible. Avec des infrastructures qui après coup restent souvent à l’abandon.

C’est pourquoi les pays riches, non contents de remporter toutes les médailles, sont les seuls capables d’organiser ces Jeux.

Avec des stratégies économiques globales.

Par exemple, pendant ces Jeux de Pyéong Chang, la chaine américaine NBC compte enregistrer des recettes publicitaires record de 900 millions de dollars.

Autre exemple : Pékin vient de se voir attribuer les prochains Jeux d’Hiver en 2022. 

Pourquoi la Chine fait-elle ce choix ? 

Parce qu’elle veut développer le business de ces stations de ski ! CQFD !

Soit dit en passant, même les pays riches commencent à se poser des questions.

D’une part en raison de l’inflation des droits télévisés, devenus hors de prix. Par exemple, nos voisins belges de la RTBF ont renoncé, cette année, à retransmettre les Jeux. Trop cher !

D’autre part en raison du réchauffement climatique. A terme, il va rendre de plus en plus compliquée l’organisation de ces compétitions, même chez les riches.

Et pour finir, vous savez quoi,  le baron Pierre de Coubertin, le fondateur des Jeux modernes, et bien il n’était pas chaud du tout non plus, figurez-vous, sur les JO d'hiver.

C’était il y a un siècle, mais ses arguments étaient déjà ceux que je viens de développer.

Il se méfiait du caractère mercantile des sports d’hiver, de leur côté business, loin des « valeurs de l’olympisme »…

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