Entre la crise des migrants, les soucis de la zone Euro, et la poussée des populismes, l’Europe semble bien mal en point. Il y a pourtant, c'est le "monde à l'envers", une lueur qui fait espérer. C’est le cas avec cet accord passé hier entre la Macédoine et la Grèce, où se jouent beaucoup de choses pour l'Union.

Manifestation en Grèce en février dernier pour revendiquer le nom de Macédoine
Manifestation en Grèce en février dernier pour revendiquer le nom de Macédoine © AFP / LOUISA GOULIAMAKI / AFP

C’est un accord sur un patronyme ! Au premier coup d’œil, on se dit que c’est une affaire de Clochemerle. La petite Macédoine, 2 millions d’habitants, 25.000 km2 (la taille de 3 départements français) va changer de nom.

Elle devrait désormais s’appeler « Severna Makedonija », « République de Macédoine du Nord ».

Ça parait tout bête, dit comme ça. En fait, ce changement de nom cache de multiples sujets en cascade.

Primo, ça devrait régler un contentieux vieux de 25 ans. La Macédoine est née de l’éclatement de l’ex Yougoslavie, au cœur des Balkans. Elle est coincée, sans accès à la mer, entre la Serbie, le Kosovo, la Bulgarie, l’Albanie et la Grèce.

Et la Grèce, justement, ne supporte pas que l’on puisse utiliser le nom « Macédoine ». Parce que c’est aussi le nom de sa province du Nord (la région de Thessalonique). Parce que surtout c’est le berceau de l’un de ses symboles de l’Antiquité, Alexandre Le Grand.

Athènes et Skopje, les deux capitales, ont donc négocié. Skopje a d’abord accepté de débaptiser son aéroport, qui s’appelait précisément « Alexandre le Grand ». Et maintenant vient donc de trouver ce compromis sur le nom du pays, accepté par le premier ministre grec Alexis Tsipras.

Il faut encore que les deux parlements approuvent. Qu’il y ait un référendum.

Mais tout de même : un pays qui accepte de changer de nom pour faire la paix, dans cette Europe en proie aux poussées identitaires, ce n’est pas rien !

Imaginons un instant, juste pour comprendre, que l’Allemagne demande à la France de s’appeler désormais « France de l’Ouest »… Vous voyez le topo ?

L'espoir de l'adhésion à l'Union

Les « Macédoniens du Nord », comme il faudra les appeler désormais, ont des motivations pour le faire… Et cette motivation s’appelle l’Europe !

La Macédoine du Nord rêve d’adhérer à l’Union Européenne et à l’OTAN. Et jusqu’à présent, avec cette histoire de nom, la Grèce mettait son veto. 

Skopje espère désormais obtenir enfin un double signal positif, de l’Union Européenne, lors du conseil de Bruxelles fin juin, de l’OTAN lors de son sommet de juillet.

Le pays a déjà fait de gros efforts pour satisfaire les critères fixés par l’Europe : renforcement de l’état de droit, lutte contre la corruption, liberté de la presse. Et donc maintenant geste d’apaisement avec le pays voisin. Ce n’est pas un détail dans une région ensanglantée par les guerres dans les années 90.

Evidemment, l’économie du pays reste très en retard par rapport aux moyennes européennes.

Mais à travers le cas de la Macédoine, et aussi de son voisin l’Albanie, c’est toute cette région, qui frappe à la porte de l’Union. « Nous sommes plein d’espoir, dit le premier ministre albanais, mais nous sommes aussi de plein de frustration, parce que l’Europe est injuste : nous faisons des efforts, et personne ne répond ».

L'Europe tétanisée

Alors faut-il s’attendre à une réponse positive lors du sommet européen de fin juin ? Et bien non !

Il n’y a guère que les Allemands pour être favorables au fait d’engager un processus d’adhésion, au fait « de montrer aux Balkans la lumière au bout du tunnel » (c’est la formule d’un diplomate allemand).

Mais ailleurs, on garde la porte fermée. La France, en particulier, est très réticente. 

Paris estime que l’Europe dysfonctionne déjà à 28 membres et que l’ouvrir à de nouveaux adhérents alimenterait les populismes et les nationalismes.

Le raisonnement se défend. Le problème c’est qu’il y a un risque sérieux à désespérer les Balkans.

C’est de plonger ces pays dans l’amertume. Et de les jeter dans les bras d’autres acteurs : 

-         La Russie qui sait très bien alimenter le nationalisme serbe, 

-         La Chine qui multiple les projets d’investissement, notamment en Albanie (où elle possède désormais l’aéroport de Tirana), 

-         Voire la Turquie qui utilise dans la zone ses soutiens religieux.

Et en plus, en fermant sa porte aux Balkans, l’Union Européenne alimente quoi ? L’immigration !

Parce que les habitants de la Macédoine ou de l’Albanie cherchent à fuir le chômage qui sévit chez eux. Or ces pays ne parviendront pas à décoller sans un soutien européen.

C’est un cercle vicieux. Sur ce sujet comme sur d’autres, l’Europe est tétanisée par la poussée électorale des nationalismes. Elle en perd sa boussole.

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