Une nouvelle fois, deux pétroliers ont donc été attaqués dans le Golfe Persique. L’origine des attaques est inconnue. La tension croit et certains craignent un affrontement direct et assumé entre l’Iran et les Etats-Unis. Mais l'affrontement indirect et par accident est plus plausible. C'est "le monde à l'envers".

Une photo prise par l'agence iranienne montrant le pétrolier norvégien en feu après une attaque d'origine inconnue ce 13 juin
Une photo prise par l'agence iranienne montrant le pétrolier norvégien en feu après une attaque d'origine inconnue ce 13 juin © AFP / ISNA / AFP

Une fois n’est pas coutume : prenons les affirmations des leaders politiques pour argent comptant.

L’américain Trump comme l’iranien Rohani disent la même chose : ils ne veulent pas la guerre. Il y a trois semaines, le patron de la Maison Blanche a même proposé une négociation directe à Téhéran. On est en droit de le croire.

Vous allez me dire que des deux côtés, il y a des pousse-au-crime. Et c’est vrai.

Côté iranien, les Gardiens de la Révolution n’ont aucune envie de discuter avec Washington. Et il est donc très possible qu’ils soient à l’origine de ces attaques répétées contre des super tankers : un avertissement dans le bras de fer sur l’embargo commercial et le nucléaire.

Côté américain, ce n’est pas mieux ; le conseiller à la sécurité de Trump, John Bolton, veut en découdre avec l’Iran. Comme Donald Rumsfeld en son temps auprès de George Bush pour pousser à la guerre en Irak. Il est donc possible aussi que des agents américains craquent des allumettes dans la région. Là encore, il y a un précédent : les faux documents sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein.

Tout cela est vrai. Mais Donald Trump semble sincère dans sa volonté de désengager les Etats-Unis des terrains de conflit. Et l’Iran n’a aucun intérêt à un affrontement direct qui finirait d’achever son économie.

Donc oui il y a des bruits de botte. Mais il s’agit davantage de montrer ses muscles que de les utiliser. Un affrontement direct et voulu, ça parait improbable.

Un nid d'espions

A l’inverse, l’affrontement indirect et non voulu est possible. D’abord, parce qu’il y a d’autres acteurs dans le Golfe Persique. Et certains peuvent vouloir déclencher un engrenage de représailles en série.

C’’est pour ça que ces attaques contre les tankers peuvent être le fait de plein de gens. Dans cette partie du monde, nous sommes comme dans un roman de John Le Carré : attention nid d’espions, faux semblants et double jeu à tous les coins de rue !

Il y a d’abord les ennemis de l’Iran : les Emirats et plus encore l’Arabie Saoudite qui veut conserver le leadership régional. Les Saoudiens ne s’en cachent pas : ils aimeraient bien voir Washington procéder à des frappes en Iran. 

Ensuite, il y a Israël qui voit l’Iran, non sans raison, comme une menace pour sa propre existence. Et il ne faut jamais sous-estimer les services secrets israéliens.

Si on regarde un peu plus loin, d’autres peuvent aussi avoir un intérêt à créer de l’instabilité dans la région :

-         La Chine, en pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis, même si Pékin aurait beaucoup à perdre à une flambée des cours du pétrole, que déclencherait inévitablement un conflit dans le Golfe ;

-         Et surtout la Russie : elle a déjà tiré les marrons du feu après le chaos en Syrie.

Répétons-le : dans cette partie du monde, tout est possible. Surtout les coups tordus.

Et ce ne serait pas la première fois dans l’Histoire qu’une guerre se déclencherait par un effet d’engrenage. On pense évidemment à la 1ère guerre mondiale après l’assassinat de l’archiduc d’Autriche à Sarajevo en 1914.

Des navires militaires presque à touche touche

La guerre par accident, c’est encore une autre hypothèse. « C’est possible », dit un diplomate iranien. Et c’est la crainte de nombreux experts de la région. 

De quoi s’agit-il ?

Pour comprendre, il faut rappeler ce qu’est le détroit d’Ormuz. C’est un peu le carrefour embouteillé d’une grande ville à l’heure de pointe. 

D’un côté du détroit les pays Arabes et la flotte américaine, de l’autre l’Iran; en son point le plus étroit, seulement 30kms de largeur. On voit la côte en face. C’est un goulet d’étranglement, truffé de mines. 7 pétroliers en moyenne l'empruntent chaque jour sur une bande de navigation de 2 kms de large.

Et surtout les navires américains passent à quelques centaines de mètres des vedettes rapides iraniennes. Alors ils ont l’habitude, ils se parlent pour éviter de se retrouver nez à nez. Mais tout ça n’est absolument pas codifié officiellement. 

Vous me suivez ? C’est comme dans le carrefour embouteillé, un accident est vite arrivé. 

Et dans le contexte, avec des esprits échauffés et des forces extérieures prêtes à souffler sur les braises, un peu de tôle froissée, ça peut tout de suite conduire très loin. 

D’autant plus qu’il n’y a pas de canal de communication direct entre Washington et Téhéran, ce type de canal qui sert précisément à arrêter tout de suite l’engrenage des ripostes.

La guerre par accident, c’est le risque aujourd’hui dans le Golfe.

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