C’est reparti pour un tour : après avoir rejeté pour la 2ème fois le plan de Brexit du Premier ministre Theresa Ma, les députés britanniques s'apprêtent à voter sur l’hypothèse d’un Brexit sans accord. Et si on disait chiche; allons y pour le No Deal : Et vive le Brexit dur. C'est "le monde à l'envers".

Theresa May à la sortie du 10 Downing Street avant de se rendre au Parlement pour le vote sur le No Deal
Theresa May à la sortie du 10 Downing Street avant de se rendre au Parlement pour le vote sur le No Deal © AFP / Niklas HALLE'N / AFP

Ce n’est pas raisonnable de dire chiche, parce que cette hypothèse, c’est l’épouvantail brandi depuis des mois, le truc qu’il faut absolument éviter, l’horreur, la catastrophe: une sortie désordonnée de l’Union Européenne, sans cadre.

Et c’est vrai qu’à court terme, ce serait sans doute la pagaille.

La pagaille d’abord très concrètement pour toutes celles et tous ceux qui voyagent : le bazar dans les gares et les ports, avec des tracasseries administratives de douane dont on a perdu l’habitude.

La pagaille potentiellement pour certains secteurs économiques précis, comme la pêche : on se demande si ça ne peut pas déclencher une mini guerre entre pêcheurs britanniques et européens. 

Ajoutons un risque de pénurie en fruits et légumes en Grande-Bretagne, ils sont massivement importés du continent, une grosse incertitude politique voire sécuritaire à la frontière entre les deux Irlande et globalement une grosse crainte pour l’économie britannique : la Banque d’Angleterre redoute, en cas de No Deal, une baisse de 10% du Produit intérieur brut et une chute de 25% de la Livre Sterling.

Bref, le No Deal ce serait d’abord ça : des soucis, beaucoup de soucis et de problèmes à régler et à régler en urgence. Parce que dans ce cas, la sortie ce serait, comme prévu, dans 16 jours, le 29 mars.

Le ras-le-bol des Européens

Et malgré tout ça, on peut défendre l'idée qu'un No Deal soit une bonne idée.

D’abord, pour une raison très simple : Ras-le-bol de ce numéro de claquettes qui dure depuis près de deux ans. Tout ça pour en arriver là : nulle part, à 16 jours de l’échéance.

Plusieurs diplomates européens le pensent; ils ne le diront pas comme ça, mais ils le pensent.  Ils ont négocié pendant des milliers d’heures, ils ont rédigé un document de 600 pages, tout ça pour des prunes. 

Parce qu’en plus, les hypothèses alternatives ne sont pas spécialement séduisantes : prolonger encore la négociation ? Mais il n’y a plus rien à négocier. Et l’Europe n’acceptera de report significatif que si Londres organise de nouvelles élections ou un nouveau référendum. 

Problème : si nouveau référendum il y avait, non seulement ce serait un déni de démocratie (le résultat ne nous plait pas donc on recommence), mais en plus rien n’assure que le résultat serait différent de la fois précédente.

A l’inverse, le No Deal aurait le mérite de la clarté : le Royaume-Uni s’en va, on n’en parle plus et on remet tout à plat.

Soit dit en passant, de toute façon, ça fait trop longtemps que Londres joue sur les deux tableaux : dans l’Europe mais pas dans la zone Schengen ni dans la zone Euro, et puis avec un rabais sur le budget, et puis avec des dérogations sur l’immigration, etc. A un moment donné, il faut quand même arrêter d’être assis entre deux chaises !

Une opportunité politique 

Evidemment, l'argument du ras-le-bol ne règlera pas les risques économiques mais il faut peut-être arrêter aussi de jouer à se faire peur. 

Il faut sans doute distinguer la déstabilisation à court terme de la situation à moyen terme. 

Sur le plan économique, certaines choses malgré tout sont prêtes : la continuité de l’espace aérien, les exemptions de visa pour les expatriés, la poursuite du programme étudiant Erasmus. 

La City elle aussi s’est déjà préparée, elle a délocalisé une partie de ses activités en dehors de Londres.

Et puis l’économie britannique a le droit de faire le choix du libre-échange : elle se sent forte d’une capacité à créer des emplois avec un chômage faible.

Sur le plan politique maintenant, une sortie claire et nette du Royaume-Uni peut avoir des avantages pour l’Europe.

Ça peut être l’occasion de relancer un projet européen qui n’ait pas un chewing gum british collé aux pieds. 

Ça peut paradoxalement permettre de relancer l’idée d’une défense européenne autonome, là où les Britanniques ont du mal à couper avec les Etats-Unis.

Et surtout il est grand temps que les Européens passent moins de temps sur le Brexit et plus sur les défis posés par la Chine et par le désengagement américain.

Finalement, ça en fait des arguments pour le No Deal !

Mais il est peu probable que tout à l’heure les députés britanniques votent un No Deal. 

Hier, ils ont refusé l’accord. Ce soir ils vont sans doute refuser l’absence d’accord. C’est plus drôle.

Et dans ce cas, à Bruxelles, beaucoup vont vraiment penser : Ras-le-bol.

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