Ce sera l’un des sujets au cœur du sommet européen la semaine prochaine. Au coeur aussi d'un déplacement de la ministre Nathalie Loiseau à Londres aujourd'hui. Depuis le début de l’année, l’hypothèse d’un échec du Brexit est prophétisée. Et si finalement on parvenait à un accord ? C'est le "monde à l'envers".

Theresa May devant le Parlement britannique cette semaine
Theresa May devant le Parlement britannique cette semaine © AFP / HO / AFP / PRU

C’était lundi soir à Bled, ça ne s’invente pas.

Dans cette petite station de montagne méconnue de Slovénie, Michel Barnier, le négociateur européen en chef sur le Brexit, a cette formule : « nous sommes capables de parvenir à un accord d’ici 6 à 8 semaines »…

Et cette phrase est passé inaperçue. 

Peut-être parce qu’elle a été prononcée loin des grandes capitales. Peut-être aussi parce qu’elle va à l’encontre de tout ce qu’on a lu et entendu depuis six mois sur la probabilité d’un échec des négociations.

Mais aujourd’hui, oui, plusieurs indices laissent espérer l’inverse : une solution est possible.

D’abord, c’est tout simple : les négociations progressent.

Ça discute même à un rythme soutenu, en coulisses. 

Que s’est-il donc passé ?

D’abord, le gouvernement britannique s’est enfin décidé. A la mi-juillet, il a mis sur la table de vraies propositions. 

Avec un élément clé : la distinction entre les biens et les services.

D’un côté, sur les biens (l’agro-alimentaire, l’industrie), il y aurait une véritable zone de libre échange ; bref pas beaucoup de changements par rapport à maintenant.

De l’autre, en revanche, sur les services, 80% de l’économie britannique, le Royaume-Uni reprendrait sa liberté.

Dans un premier temps, Bruxelles s’est un peu braqué : cette proposition va à l’encontre du principe « d’unicité du marché intérieur » qui consiste à tout régir selon la même règle.

Mais de source sûre, je peux vous dire que l’Allemagne fait pression sur le mode : on doit pouvoir déroger à cette règle pour trouver une issue avec Londres.

Donc ça négocie.

Et l’hypothèse d’un sommet européen spécifique sur le sujet à la mi-novembre devient désormais assez forte.

Theresa May est plus solide qu'au printemps

Encore faut-il que Theresa May tienne le coup ! Et c’est l’autre pari.

Les dirigeants européens sont plus nombreux aujourd’hui à estimer que le Premier ministre britannique peut résister sur son front politique intérieur.

Après tout, ça fait maintenant plus de deux ans que la presse anglaise annonce toutes les semaines qu’elle va passer à la trappe.

Et elle tient contre vents et marées.

Sa proposition d’un compromis sur le Brexit, lui a donné de la légitimité politique.

En fait, ses chances de survie sont plus fortes qu’au printemps dernier.

Au sein de son parti, les Conservateurs, il y a, c’est vrai, une opposition radicale qui essaie de se mobiliser pour défendre un Brexit dur. 

Cette frange du parti s’est d’ailleurs réunie hier à Londres.

Mais elle ne parait pas très homogène, entre certains députés très old school vieille Angleterre et un Boris Johnson, ancien ministre des affaires étrangères, vous savez, l’homme incontrôlable aux cheveux en pétard.

Leur capacité à renverser Theresa May ne parait pas évidente.

Et en face, l’opposition travailliste n’en a pas les moyens non plus.

Par-dessus le marché, Theresa May a un atout : elle ne brigue rien, elle n’a pas l’intention de faire un autre mandat. CQFD : ellle n’a rien à perdre. 

Et elle est donc devenue un interlocuteur plus solide pour Bruxelles.

L'épine de la frontière en Irlande 

Ca ne va pas dire que l’affaire est faite ! Mais c’est possible.

Il reste quand même des obstacles, et de taille.

Par exemple définir la coopération en termes de sécurité, d’échange d’informations sensibles entre Londres et le continent.

Face au terrorisme, ça parait indispensable. Mais ça n’est pas si simple que ça de fixer les règles.

Et puis bien sûr, il y a la question de la frontière sur le sol irlandais. 

Et là on attend toujours la solution.

Ça reste la grosse épine dans le pied des négociations.

Difficile d’imaginer une frontière entre la République d’Irlande au Sud et l’Irlande du Nord qui elle fait partie du Royaume-Uni : la rétablir, ce serait un risque pour la paix difficilement acquise à la fin des années 90.

Tout aussi difficile d’imaginer une frontière (maritime en l’occurrence) entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne : c’est le même pays donc c’est inacceptable pour les Britanniques.

Il reste 187 jours avant la date fatidique du 29 mars prochain. 

Et oui cette négociation, pour aboutir, nécessite sans doute un traitement particulier, spécifique pour le Royaume-Uni.

Mais, que ça plaise ou non, le Royaume-Uni a toujours occupé une place à part en Europe.

C’est comme ça. 

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.