Il y a un an pile, juste après la tuerie de Parkland en Floride, on pouvait se dire que rien ne serait plus jamais comme avant aux Etats-Unis, que le règne des armes entamait son déclin. Un an après, c’est presque l’inverse : les pro-armes ont gagné. C'est le « Monde à l’envers ».

Les hommages devant le lycée de Parkland un an après la tuerie
Les hommages devant le lycée de Parkland un an après la tuerie © AFP / JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

« Never again » ! Plus jamais ça ! C’est le slogan, souvenez-vous, qui semblait devoir tout emporter il y a un an, après cette tuerie qui avait fait 17 morts dans un lycée de Floride.

Et il s’en était suivi, c’est vrai, une mobilisation sans précédent, avec notamment ce discours extraordinaire d’une jeune femme, Emma Gonzales.

On allait voir ce qu’on allait voir, le puissant lobby américain des armes, la NRA, n’allait pas sans remettre.

Un an plus tard, queues de cerise : rien ou quasiment rien.

Il y a bien eu, dans quelques Etats du pays, de nouvelles lois qui ont repoussé à 21 ans l’âge limite pour détenir une arme, ou instauré, la belle affaire, un délai de 3 jours entre la demande d’achat et l’acquisition d’un « gun ». 

Et puis… c’est à peu près tout ! Au niveau national, fédéral, un texte a encadré les « bump stocks », un système qui permet de transformer une arme classique en arme automatique. Mais pour le reste, zéro. Aucune interdiction supplémentaire.  La NRA a gagné.

Les Démocrates qui, entretemps sont devenus majoritaires à la Chambre, veulent remettre le sujet sur le tapis. Mais de toute façon, ça ne passera pas au Sénat, qui reste sous contrôle Républicain.

Résultat des courses : toujours autant de morts aux Etats-Unis. Le bilan définitif de 2018 sera aussi catastrophique que celui de 2017, qui était le pire depuis 25 ans. 35.000 morts, un tous les quarts d’heure. 334 fusillades recensées en un an, déjà 37 depuis début 2019. Rien ne bouge : le taux d’homicide aux Etats-Unis reste 25 fois supérieur à celui de tous les autres pays occidentaux.

La bataille de la communication remportée par la NRA

Que ça ne bouge pas en termes législatifs, c’est une chose, mais le plus sidérant, c'est que n'a pas changé grand chose non plus dans les mentalités.

Passées les premières semaines d’émotion et de mobilisation qui ont suivi Parkland, la NRA a ensuite remonté la pente, et elle a gagné la bataille de la communication.

Avec deux idées, toujours les mêmes : d'abord le contrôle des armes serait une atteinte aux libertés individuelles. Ensuite, ce sont les hommes qui tuent, pas les armes. Il faut donc plutôt contrôler les hommes. Et ça a marché.

Le débat public, aux États-Unis, s’est déplacé. Il ne porte plus sur la limitation des armes, il se concentre sur le profil psychologique des tueurs, et aussi sur le problème de la drogue.

En mai dernier, la ministre de l’Éducation est venue le dire tout net devant le Sénat : nous ne nous pencherons pas sur le rôle des armes dans les tueries à l’école. Et en novembre, la NRA a envoyé un courrier à tous les médecins américains pour leur dire « mêlez-vous de vos affaires ». Une revue de santé avait osé dénoncer le poids des armes.

Même l’opposition démocrate concentre sa réflexion sur le profil des acheteurs d’armes, pas sur les armes.

Encore plus fort : la principale conséquence pratique de la tuerie de Parkland, c’est que le personnel de nombreux établissements scolaires a été autorisé… à porter des armes pour se défendre. Et hop, un nouveau marché : encore plus de ventes de fusils et de pistolets. Un triomphe pour la NRA. 

La classe politique bousculée par la génération Parkland

Cela dit, il y a quand même eu une mobilisation anti-armes après Parkland, on ne peut pas dire le contraire, et c’est peut-être ça le seul changement réel : une génération est née à la politique après Parkland.

Emma Gonzales bien sûr, on en parlait à l’instant : désignée par le magazine Variety comme l’une des 5 femmes de 2018.

Mais ça va beaucoup plus loin. Lors des élections de mi-mandat, les inscriptions sur les listes électorales ont augmenté significativement : 10% de vote jeune « en plus » par rapport aux précédentes élections de Mid Terms.

Les lycéens, les étudiants se sont mobilisés en nombre. En participant à la caravane Road to Change. Ou tout simplement en échangeant sur les réseaux sociaux. Ici et là, quelques candidats anti-armes ont même créé la surprise en remportant les élections : Jason Crow dans le Colorado, Lucy Mc Bath en Georgie.

Cette génération va donc peut-être parvenir à relancer le débat sur les armes lors de la prochaine présidentielle dans un an et demi. A ceci près qu’une nouvelle fois, elle trouvera la NRA sur sa route : lors de la dernière campagne présidentielle, le lobby des armes avait dépensé 30 millions de dollars pour défendre sa cause. 30 millions !

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