Dépôt de plainte contre L’État français, grève dans les établissements scolaires, manifestations. La mobilisation sur le climat semble s’accroitre. Et les jeunes, lycéens en particulier, y prennent une part importante.On peut être tenté de prendre ça un peu à la légère, mais on aurait tort. C'est "le monde à l'envers".

Une manifestation de lycéens ce 14 mars en Norvège contre l'inaction climatique
Une manifestation de lycéens ce 14 mars en Norvège contre l'inaction climatique © AFP / Koen van Weel / ANP / AFP

D’abord on se dit :  tout cela est sympathique mais ne va pas casser trois pattes à un canard.

D’ailleurs en France, la mobilisation des collégiens et lycéens est restée marginale jusqu’à présent, très en deçà de ce qui se passe en Suède ou en Belgique. Et puis les mobilisations de jeunes sont assez souvent des feux de paille, peu structurés, qui relèvent en partie d’une activité ludique : chic une bonne raison pour ne pas aller en cours !

On peut ajouter d’autres motifs qui rendent dubitatifs et poussent à la prudence : les mouvements lycéens sont régulièrement instrumentalisés par des groupuscules politiques ; et dans le cas d’espèce (une grève pour dénoncer l’inaction climatique), il y a un petit côté bobo politiquement correct qui peut irriter.

Pour toutes ces raisons, la tentation est grande, chez les adultes en général, chez les dirigeants politiques en particulier, de regarder cette mobilisation avec bienveillance mais surtout avec condescendance. Sur le mode : de toute façon ça ne conduira nulle part.

On en voudra alors pour preuve l’autre exemple comparable : la mobilisation contre les armes des lycéens américains l’an dernier après la tuerie de Parkland. Résultat : un an après, rien ou presque n’a changé sur le contrôle des armes à feu aux Etats-Unis.

Sauf que, dans cette histoire de climat, il y a des paramètres un peu nouveaux et différents qui mettent la puce à l’oreille.

Une mobilisation sans précédent sur un sujet universel

La première particularité, c'est le sujet lui-même.

Le plus souvent, les mobilisations de jeunes se font sur des sujets qui les concernent directement, personnellement : une réforme du lycée ou de l’université, les tueries dans les établissements scolaires aux États-Unis, la guerre qui menace d’emporter vos proches (on se souvient du Viet Nam).

Cette fois, c’est presque l’inverse : c’est une mobilisation sur le sujet universel et international par excellence, l’avenir de la planète. On est à l’opposé des querelles de clochers nationalistes qui agitent souvent les adultes.

C’est, à l’évidence, une réponse face à l’inaction des gouvernants, flagrante lors de la dernière COP24, alors que la banquise fond, que la température augmente, que les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient.

Et face à cet enjeu universel, la mobilisation adopte une structure adaptée : internationale. Ça aussi, c’est nouveau pour un mouvement de jeunes. Le même mot d’ordre partout.

En l’occurrence, tout est donc parti de Suède et de Belgique. Mais le mouvement fait progressivement tache d’huile. Demain, plus de 1650 villes seront concernées par ces « grèves scolaires » dans plus de 105 pays, dont certains inattendus : le Bangladesh, l’Iran, l’Ouganda.

Évidemment, ce sera parfois tout petit et ça peut s’étioler aussi vite que c’est apparu. Mais ça peut aussi grossir. En France, c’est plutôt le cas, et on voit le mouvement toucher aussi à présent quelques grandes écoles d’ingénieurs.

Les jeunes femmes aux commandes

Sur la forme, cette mobilisation présente trois particularités.

La première, c’est le rôle moteur des femmes, des jeunes femmes : Greta Thunberg en Suède, Ana de Wever en Belgique, Jamie Margolin aux Etats-Unis. 16, 17 ans.  Que des filles, dont personne ne conteste la légitimité. Gros effet de contraste avec les dirigeants politiques de ce monde, en moyenne le mâle blanc de 40 à 70 ans. 

Deuxième particularité : la mobilisation se fait en dehors des structures politiques traditionnelles. Les partis écologistes classiques sont largués. Les jeunes se structurent via les réseaux sociaux où ils multiplient les vidéos, par exemple sur le site Fridaysforfuture. De ce point de vue, on est proche de la logique des « gilets jaunes », dans la quête d’une forme de démocratie directe.

Enfin troisième spécificité : les mobilisations sont (pour l’instant en tous cas), aussi déterminées que calmes et pacifiques. 

Aucune dérive violente à ce jour, là encore effet de contraste avec d’autres mobilisations (suivez mon regard).

On peut donc penser ce qu’on veut de cette mobilisation de jeunes, la soutenir ou au contraire la trouver naïve et bénie oui oui. Mais par son mode de fonctionnement, ses moteurs, elle est très révélatrice de nouvelles formes d’investissement politique. 

C’est pour cette raison qu’il faut la prendre au sérieux, et c’est ce qui la rend imprévisible.

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