Après la nouvelle victoire de Benjamin Netanyahu, la probabilité augmente fortement de voir dévoilé rapidement le nouveau plan de paix américain sur le Proche-Orient. Beaucoup redoutent ce plan qui pourrait être radical. Alors regardons le dans l'autre sens: c'est peut-être une bonne idée. C'est "le monde à l'envers".

Le gendre de Trump Jared Kushner, ici lors de la récente réception de Benjamin Netanyahu à Washington, finalise le plan de paix américain
Le gendre de Trump Jared Kushner, ici lors de la récente réception de Benjamin Netanyahu à Washington, finalise le plan de paix américain © AFP / MICHAEL REYNOLDS / Consolidated News Photos / dpa Picture-Alliance

Donald Trump l’annonce déjà comme « le deal du siècle ». Et les fuites laissent penser que les Etats-Unis vont sortir du bois très vite, dès que le gouvernement Netanyahu aura été constitué.

Ce plan préparé par Jared Kushner, le gendre de Trump, prévoirait la fin de la « solution à deux Etats », autrement dit le renoncement à la création d’un Etat palestinien.

Si on est politiquement correct, on dit tout de suite : « très mauvaise idée ».  Alors essayons de ne pas être politiquement correct, pour une raison toute simple : ce plan nous pend au nez, donc autant l’examiner posément.

Premier constat : du point de vue de Trump, un tel projet serait logique et cohérent, pour des tas de raisons.

Le président américain voit en Benjamin Netanyahu un allié naturel : donc autant lui donner satisfaction. En le laissant annexer les colonies israéliennes, voire l’ensemble de la Cisjordanie.

Ajoutons que Trump est un adepte de la politique du fait accompli : les colonies existent, donc autant les entériner.

Et c’est aussi un pragmatique : il voit bien que les Palestiniens sont divisés, et que les grands pays arabes du Golfe n’accordent plus autant d’importance à ce sujet que par le passé.

Donc autant y aller franchement : après avoir reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, après avoir validé l’occupation du plateau du Golan, finir le boulot en brisant le tabou de la solution à deux Etats.

L'enlisement total de la solution à deux Etats

Va pour la « logique », mais sur le fond, dire que c’est une bonne idée c’est autre chose, alors là encore, examinons l’hypothèse, parce que c’est un peu facile de rejeter ce plan a priori, au motif qu’il est l’œuvre d’un homme inexpérimenté, Jared Kushner, et qu’il va à l’encontre des repères internationaux fixés par l’ONU.

Que dit Washington ? Qu’il faut justement changer de « paradigme », parce que depuis les accords d’Oslo il y a 25 ans, ces repères sur la « solution à deux Etats » n’ont conduit qu’à des échecs. Et c’est la vérité.

Il y a d’ailleurs quelque chose d’un peu convenu dans la tribune publiée aujourd’hui par 25 ex dirigeants européens pour défendre le vieux plan de route à 2 Etats : ce plan s’est englouti dans les sables mouvants.

Ça va plus loin. Dans le projet Kushner, Netanyahu serait évidemment le vainqueur symbolique. Mais le premier ministre israélien pourrait saisir cette opportunité pour se poser en homme de paix.

On notera au passage que Netanyahu n’est pas un va-t-en-guerre : il a dérivé très à droite (c’est vrai), il est soupçonné de corruption (c’est vrai), mais il n’a fait qu’une seule fois la guerre en 12 ans, c’est peu pour un dirigeant israélien.

Côté Palestinien cette fois, il y aurait évidemment un renoncement politique gigantesque, ne pas avoir d’Etat souverain et peut-être pas Al Qods (Jérusalem) pour capitale. 

Mais il pourrait y avoir un autre pari : celui d’une autonomie forte avec un développement économique important pour la Cisjordanie, garanti par des dizaines de milliards de dollars d’investissements américains. C’est un pari osé et improbable, mais il mérite examen. 

L'Arabie Saoudite et l'Iran en embuscade

Cela étant posé, un abandon de la solution à deux Etats reste quand même très risqué mais pas nécessairement pour les raisons que l’on croit.

Encore une fois, le risque auquel on pense spontanément, c’est celui d’une nouvelle Intifada, d’un nouveau conflit israélo-palestinien. Le risque existe, mais les vrais dangers sont peut-être ailleurs.

D’abord, pour faire avaliser un plan de paix de cet acabit, Washington aurait besoin d’un soutien arabe, en particulier de l’Arabie Saoudite. Et là on peut faire confiance aux Saoudiens pour négocier leur appui au prix fort : des gros contrats, une aide à la guerre au Yémen, etc. Pas forcément une bonne nouvelle.

L’autre bénéficiaire pourrait être le grand rival de l’Arabie Saoudite, l’Iran. Pour des raisons diamétralement opposées.

Tous les partisans de l’Etat palestinien et donc adversaires du plan américain pourraient se rallier à la bannière de Téhéran, qui pourrait ainsi accroitre son influence à Gaza, au Liban, en Irak, en Syrie. Là encore, pas forcément une bonne nouvelle.

On se résume : le plan américain tel qu’il se dessine n’est pas incohérent sur le sujet israélo-palestinien stricto sensu, mais il a tout de la mauvaise idée sur le plan des effets en chaine au Moyen-Orient.

Si on était dans « Game of Thrones », on dirait : attention à ne pas libérer des forces incontrôlables…

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