La Pologne est en deuil après l’assassinat du maire de Gdansk qui reflète la violence politique dans le pays. Mais cela a déclenché une forte mobilisation. D'où cette question: et si paradoxalement, après ce meurtre, la Pologne montrait la voie en disant stop à la violence politique ? C'est le "monde à l'envers".

A Varsovie comme à Gdansk il y a eu des rassemblements spontanés pour dire "Stop à la haine"
A Varsovie comme à Gdansk il y a eu des rassemblements spontanés pour dire "Stop à la haine" © AFP / Janek SKARZYNSKI / AFP

D’abord, les faits, ils sont froids et cliniques : avant-hier, Pawel Adamowicz a été sauvagement assassiné. Poignardé en plein cœur sur une estrade publique.

Selon la version officielle, il a été tué par un malade mental, braqueur à l’occasion. Mais les Polonais ne s’y trompent pas : cet acte est indissociable du climat de haine qui domine la vie politique dans le pays. Parce que ce climat légitime le passage à l’acte des personnes les plus déséquilibrées. Pour le grand quotidien Gazeta Wyborcza, pas de doute, c’est, je cite, « un crime politique ».

Pourquoi ? Vous allez comprendre.

Adamowicz avait 53 ans, il était très populaire dans sa ville de Gdansk, facilement réélu à l’automne dernier.

C’était un ancien membre du parti d’opposition Plateforme Civique, et surtout un défenseur des droits de l’homme. A ce titre l’une des bêtes noires du parti ultra conservateur au pouvoir en Pologne, le PiS.

Certains groupuscules extrémistes lui avaient même adressé il y a quelques mois un « certificat de mort politique ». Rétrospectivement, ça laisse songeur

Pour compléter le tableau, il était donc le maire de Gdansk, la ville emblématique de la révolte dans les années 80 contre la précédente dérive totalitaire du pays, le communisme.

Et il a donc été poignardé alors qu’il participait à une collecte de fonds pour le « Grand Orchestre de la Charité », une association laïque très populaire, rivale des organisations caritatives de l’Eglise liées au pouvoir.

Bref, tout concourt à faire de cet assassinat un symbole de la violence politique.

Le haut-le-cœur des Polonais

Mais en face, il y a un haut le cœur face à cette violence et les images qui nous arrivent de Gdansk (et aussi de la capitale Varsovie) sont impressionnantes. Ça fait un peu penser à ce qui s’est passé en France après l’attentat contre Charlie Hebdo.

Malgré le froid, une immense foule a spontanément envahi les rues de Gdansk hier, dans le silence. Sans mot d’ordre, sans organisation politique.

Et ça recommence ce soir. Et ça va recommencer demain pour les obsèques de Pawel Adamowicz.

Il y a là en effet quelque chose qui relève du : Halte là, ça suffit, stop. Trop de violence, trop de haine. Notamment sur les réseaux sociaux.

On parle toujours de la Pologne et de ses 38 millions d’habitants comme l’une des incarnations de cette bascule vers un populisme réactionnaire.

Mais il y a aussi, dans cette même Pologne, une résistance croissante face à cet autoritarisme.

En fait, il y a aujourd’hui deux Pologne : d’un côté, celle des petites villes et des campagnes qui votent pour les ultra-conservateurs, de l’autre celle des grandes villes qui défendent des positions plus ouvertes, sur la justice, sur les libertés publiques, sur l’immigration etc.

Et le vrai défi pour la Pologne aujourd’hui, c’est cette division profonde du pays. Notons au passage que cela rappelle en partie les problématiques françaises sur les gilets jaunes.

En tous cas, il y a une vraie mobilisation contre la dérive autoritaire et violente.

L'émergence d'une résistance aux dérives autoritaires

Et cette mobilisation est peut-être révélatrice d'un mouvement plus large, parce qu’en fait cette résistance à l’autoritarisme des dirigeants populistes, on la constate aussi ailleurs.

On s’est beaucoup focalisé sur la progression, ces derniers mois, des mouvements nationalistes et autoritaires, souvent réunis dans le mot attrape tout « populisme » : Trump, Bolsonaro, Orban, Salvini, etc.

Et on l’a fait à juste titre, parce que cette évolution dit beaucoup du sentiment de frustration qui domine dans des pans considérables de nos sociétés.

Mais le fait le plus récent, est peut-être ailleurs : dans l’émergence de réactions populaires d’opposition à ces dérives autoritaires. Pas seulement en Pologne.

En Hongrie, depuis la mi-décembre, la rue défie le pouvoir de Viktor Orban, pour s’opposer à la fermeture de l’université d’Europe Centrale et à l’adoption des nouvelles lois sur le travail. La prochaine grosse manifestation est prévue ce samedi.

En Serbie, même chose : depuis maintenant un mois et demi, tous les samedis, la rue défile contre l’autoritarisme et le nationalisme du pouvoir d’Alexander Vucic. 

Et ce ne sont pas les partis politiques classiques qui structurent ces mouvements de résistance. Ce sont des médecins, des artistes, des enseignants, des journalistes. 

Oui des journalistes, souvent, parce que quand on commence à s’attaquer à la liberté de la presse, c’est toujours qu’on a l’intention de s’attaquer ensuite à la liberté tout court.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.