Les Européennes approchent : débat ce soir entre les candidats des principaux partis à la commission. Et grand meeting des extrêmes droites dimanche à Milan. Dans 10 jours, tout le monde s’attend à une poussée des extrémistes. Mais en fait l'extrême droite ne progresse pas partout en Europe. C'est "le monde à l'envers"

Matteo Salvini, ici en meeting à Turin, espère réunir 100.000 personnes dimanche prochain à Miilan
Matteo Salvini, ici en meeting à Turin, espère réunir 100.000 personnes dimanche prochain à Miilan © AFP / Massimiliano Ferraro / NurPhoto

Ce n’est pas une poussée homogène, contrairement à cette idée reçue d’une vague qui progressivement serait en train de submerger tout le continent.

Dans plusieurs pays de l’Union, l’extrême droite reste faible : citons la Lituanie, la Roumanie, la Croatie, la Slovénie.

Plus intéressant encore, le cas de 4 pays où l’extrême droite est carrément aux abonnés absents, non représentée dans les Parlements nationaux, aucun député : le Royaume-Uni, l’Irlande, le Portugal et Malte.

Le cas britannique est un peu à part, j’en conviens, puisque le nationalisme s’exprime en grande partie à travers le mouvement du Brexit.

Ça vaut le coup de s’attarder en revanche sur les trois autres : pourquoi l’extrême droite ne décolle pas en Irlande, au Portugal et à Malte ? En miroir, ça peut aider à comprendre pourquoi elle progresse ailleurs.

Ces trois pays présentent plusieurs points communs.

D’abord, le sentiment d’appartenance à l’Europe y est fort : le taux de confiance dans l’Union y dépasse largement les 60%. A titre de comparaison, en France, c’est moins de 40%. Chiffre du parlement européen.

Ca confirme le lien entre euroscepticisme et extrême droite.

Ensuite, ces trois pays, à des degrés divers, ont rebondi, se sont relancés après des crises économiques sérieuses. Et en grande partie avec les aides de l’Union Européenne. En plus, au Portugal, ce rebond s’incarne dans une politique de gauche, c’est rare en Europe : augmentation des salaires, mesures sociales, arrêt des privatisations. 

Du coup les jeunes générations portugaises sont particulièrement pro-européennes. 

Et quand le sentiment de déclassement social s’estompe, l’extrême droite, on le sait, perd un levier majeur.

Irlande et Portugal, des pays sans controverse sur l'immigration

Quant à la question de l’immigration, centrale dans le discours des extrêmes droites, ce n’est pas un sujet majeur dans ces trois pays. Et là encore, on voit bien qu’il y a un lien direct.

En Irlande, aucun parti ne tient un discours anti immigrés. Peut-être parce que l’Irlande est depuis longtemps une terre de migrants, d’exil. L’immigration est perçue comme un facteur plutôt positif.

C’est un peu la même chose au Portugal, qui est aussi davantage une terre d’émigration. Les Portugais ont longtemps quitté leur pays pour trouver du travail ailleurs. Et dans l’autre sens, bon nombre des immigrants à gagner le Portugal viennent d’Afrique lusophone, autrement dit ils parlent portugais. Ça facilite l’intégration.

Enfin, dernier paramètre : il y a la question de l’image des élites, des dirigeants. Dans ces pays, le sentiment que les dirigeants sont coupés de la réalité, voire carrément corrompus est plus faible qu’ailleurs. 

Et là encore, si on regarde le sujet dans un miroir, à l’envers : là où les élites paraissent coupées du monde réel, le vote extrémiste est nourri presque mécaniquement.

Donc cette carte des pays sans extrême droite est riche d’enseignements.

Des extrême droites hétérogènes et divisées

Cela dit, évidemment, ça reste des cas à part, la règle générale c’est quand même plutôt une poussée des votes nationalistes et extrémistes. Les différents partis d’extrême droite devraient voir leur nombre de députés fortement augmenter au Parlement européen dans 10 jours. 

Ils représentent aujourd’hui un peu moins de 20% des élus. Ils dépasseront sans doute les 25%, avec peut-être plus de 180 députés.

Mais une fois qu’on a dit ça, là encore, le paysage n’est pas homogène.

D’abord, la poussée n’est pas nouvelle. Prenons par exemple la France : il y a 5 ans, aux dernières Européennes, le FN (rebaptisé depuis Rassemblement national) était déjà sorti en tête avec 25% des voix.

Ensuite, les extrêmes droites européennes restent divisées. En au moins trois voire quatre groupes au Parlement. 

Elles sont loin d’être d’accord sur tout, malgré les efforts, aujourd’hui, de l’italien Matteo Salvini pour les fédérer. 

Par exemple, les droites radicales au pouvoir en Hongrie et en Pologne, ne veulent pas, jusqu’à présent, siéger dans un même groupe que les extrêmes droites.

Dernier point, le discours de ces partis est en mutation, presque en douce, ni vu ni connu : beaucoup ont fait volte-face et acceptent désormais la monnaie européenne ; plus aucun ne veut sortir de l’Union ; et beaucoup donnent la priorité aux frontières européennes, face à l’immigration illégale, pas aux frontières nationales.

En résumé, les extrême-droites évoluent sur la question européenne.

Salvini en est d’ailleurs l’incarnation : il adapte son discours au fil des ans, dans le sens du vent, pour mieux séduire les électeurs. Le pragmatisme plutôt que l’idéologie. 

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