La tension politique est donc forte à Londres, où Theresa May essaie d’imposer l’accord de Brexit à son propre parti. Et cette sortie britannique de l’Europe est en train de devenir, c’est un paradoxe, une sorte de publicité pour l’Europe. C'est "le monde à l'envers".

 La pancarte d'un manifestant pro-Europe devant le Parlement britannique pendant le débat à la Chambre sur le Brexit
La pancarte d'un manifestant pro-Europe devant le Parlement britannique pendant le débat à la Chambre sur le Brexit © AFP / ADRIAN DENNIS / AFP

Souvenez-vous, il y a deux ans et demi, quand les Britanniques ont voté pour le Brexit, certains y voyaient déjà le « début de la fin » pour l’Europe. Deux ans et demi après, le psychodrame du Brexit est presque en passe de devenir l’inverse : un ciment pour l’Europe.

D’abord, premier enseignement : sortir de l’Union est chaotique et compliqué. La confusion politique qui règne ce soir à Londres en témoigne. Entre les pro Europe et les anti, tout le monde tombe à bras raccourcis sur Theresa May.

Sans oublier que deux des 4 nations qui composent le Royaume Uni ont voté contre le Brexit : les Ecossais et les Nord-Irlandais. De l’autre côté de la Manche, nous avons donc une classe politique en train de s’écharper, et une société divisée. 

Et cette tension contraste fortement avec le calme qui prédomine sur le sujet à Bruxelles et sur le continent.

Les Britanniques ont peut-être plus à perdre que les Européens dans cette affaire. Par exemple, ils sont beaucoup plus tributaires de leurs exportations vers l’Europe que les Européens ne le sont de leurs exportations vers la Grande-Bretagne.

La cacophonie londonienne montre à tout le monde à quel point c’est un sacré bazar de choisir la bretelle de sortie. 

Et c’est sans doute pour ça que personne d’autre ne dit aujourd’hui « je veux quitter l’Union ». Pas même les plus critiques et les plus nationalistes des gouvernants, pas même Orban en Hongrie ou Salvini en Italie.

Le Brexit est donc d’abord une pub en négatif pour les velléités de sortie.

La défense des intérêts européens

A l'inverse, Michel Barnier semble calme et serein ! Il a le droit de l’être. Et je m’autorise d’autant plus à le dire qu’ici même, on n’est pas toujours très indulgent avec l’Europe. Mais en l’occurrence, le négociateur européen et son équipe ont plutôt bien manœuvré. Jusqu’à présent en tous cas. Michel Barnier a su défendre les intérêts européens.

Et ça aussi c’est une publicité pour l’Europe. L’accord proposé en l’état semble préserver les points essentiels pour les Européens :

-         Le fonctionnement d’une forme d’Union douanière avec Londres qui empêchera les Britanniques de signer des accords commerciaux parallèles et autonomes ;

-         L’obligation faite aux Britanniques de respecter les normes sociales et environnementales de l’Union ;

-         La contrainte de la transparence fiscale ;

-         L’acceptation par Londres de sa contribution financière à l’Europe pendant la période de transition ;

-         Et le maintien du rôle de la Cour de Justice européenne en cas de contentieux.

Bruxelles a tenu sur toutes ces lignes rouges. 

Et on pourrait même dire que la relation avec Londres est améliorée, en tout cas assainie, clarifiée. Parce qu’au fil des ans, les Britanniques avaient fini par négocier tant de clauses dérogatoires qu’on ne savait plus quelle était la règle et quelle était l’exception. Là au moins, c’est clair. Bien joué Bruxelles.

Une Europe unie face au Royaume-Uni

Et ce qui est encore plus extraordinaire c'est que l'on parle quand même d’une Europe qui est mal en point !

Voilà une Europe qui est divisée comme jamais sur plusieurs sujets : 

-         L’Est du continent bafoue les valeurs de l’Etat de droit ;

-         Le Nord et le Sud s’affrontent sur la question de la rigueur budgétaire ;

-         La commission de Bruxelles semble déconnectée du monde réel et souvent la proie des lobbies ;

-         Les mouvements nationalistes qui défient l’Europe progressent un peu partout…

Et dans ce paysage là, tout d’un coup, l’Europe est unie et parle d’une seule voix. Unie face au Royaume-Uni.

Les 27 membres ont mandaté Michel Barnier et le soutiennent. Et le Parlement européen fait bloc derrière le négociateur. 

Il y a comme un réflexe d’unité, guidé par le sentiment qu’il y aurait beaucoup à perdre à imploser. 

Et il faut bien l’admettre : les pays européens, pris individuellement, sont devenus tout petits dans ce monde multipolaire. Seule l’Union Européenne possède la taille critique, un Produit intérieur brut comparable à celui des Etats-Unis ou de la Chine, qui lui permet de discuter d’égal à égal.

On n’est pas au bout du film Brexit, il y a encore des rebondissements possibles. Mais pour l’instant, l’Europe en sort grandie.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.