En Allemagne, surprise lors des élections régionales en Bavière: on attendait une poussée de l’extrême droite de l’AFD, et ce sont les écologistes qui progressent fortement. Le phénomène dépasse la seule Allemagne, avec les résultats de scrutins hier en Belgique et au Luxembourg. C’est le « Monde à l'envers".

Les leaders des Verts en Bavière Katharina Schulze et Ludwig Hartmann lors d'une conférence de presse après leur succès électoral
Les leaders des Verts en Bavière Katharina Schulze et Ludwig Hartmann lors d'une conférence de presse après leur succès électoral © AFP / Sven Hoppe / dpa / AFP

Vous connaissez l’adage : Un train peut en cacher un autre ! Et bien c’est également vrai sur le terrain politique. A force d’être particulièrement attentifs aux poussées de l’extrême droite, nous n’avons sans doute pas vu venir le train écologiste.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de dire que l’attention portée à la droite extrême est illogique : sa progression est réelle ces dernières années en Europe, et en plus dans le cas allemand, le passé exige une vigilance accrue. Mais du coup, cette obsession médiatique nous a fait un peu ignorer l’autre phénomène en cours : la politique européenne est en train de « verdir ».

Les résultats en Bavière sont édifiants : le parti d’extrême droite, l’AFD, reste solide, mais ne progresse pas réellement à 10% des voix. En revanche, les Ecologistes font une percée spectaculaire : ce sont eux qui profite de la forte baisse des chrétiens démocrates de la CSU. 

Avec près de 18%, les Verts s’installent comme la 2ème force politique de la 2ème région la plus peuplée d’Allemagne (1 électeur allemand sur 6 vit en Bavière). Résultat d’autant plus incontestable que le taux de participation est élevé : 72% ! Et plus on va dans les centres-villes, plus les succès des Verts sont spectaculaires : à Munich, ils deviennent le 1er parti de la ville, et dépassent même 40% des voix dans la circonscription du centre de la capitale bavaroise !

Le tout avec un discours pro-européen assumé, centré sur l’écologie et le vivre ensemble, et des leaders rajeunis et trentenaires. 

Une poussée écologiste chez les membres fondateurs de l'Europe

Et le même phénomène s’est donc produit ce week-end en Belgique et au Luxembourg…

En Belgique d’abord : à l’occasion des élections communales hier, les Ecologistes sont en forte progression en particulier dans les grandes villes, comme en Bavière. Ils arrivent 2èmes à Bruxelles et à Anvers, avec 17 et 18% des voix, comme en Bavière. Dans certains quartiers (on dit «communes ») de Bruxelles, leur score dépasse 30%, par exemple dans le quartier européen d’Ixelles, où ils sont en tête. 

Les « Ecolo Groen » comme on les appelle en Belgique, peuvent prétendre piloter la région de Bruxelles capitale.

Dans le petit Luxembourg voisin, c’était hier les élections législatives. Fait rarissime en Europe, la coalition sortante n’est pas désavouée. Mais au sein de cette coalition libéraux – socialistes – écologistes, devinez quoi ? Seuls les Verts progressent : ils passent de 6 à 9 députés, et approchent les 16% des voix.

Ils avaient deux ministres dans le gouvernement sortant, qui ont notamment fait progresser les infrastructures de transport : tramway, pistes cyclables.

A ce paysage on peut ajouter les Pays-Bas, où les Ecologistes de Groen Links ont remporté cette année les mairies d’Amsterdam et d’Utrecht. Et ne perdons pas de vue non plus que le parti sorti en tête en Italie au printemps dernier est le Mouvement 5 étoiles : certes désormais inclassable, mais avec de fortes racines écologiques à l’origine.

On se résume : Allemagne, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, voire Italie. Point commun : ce sont là 5 des 6 membres fondateurs de l’Europe politique. Reste la France, où l’électorat écologique a sans doute été capté par Emmanuel Macron lors de la présidentielle.

Il y a donc bien, au cœur de l’Europe, une poussée écologique d’une ampleur comparable à la poussée d’extrême droite.

Des électeurs déboussolés en quête d'une nouvelle offre politique

Il est trop tôt pour dire s'il faut s’attendre au même phénomène lors des élections européennes de mai prochain. Nous ne sommes pas encore en présence d’un vote solidement installé, et tous les électeurs qui votent écolo ne sont pas convertis à l’écologie.

Il y d’abord la conséquence, dont l’extrême droite tire également profit, du rejet quasi unanime en Europe, des partis traditionnels de gouvernement. Les sociaux-démocrates de centre gauche sont en chute libre partout. Et les conservateurs de centre droit connaissent une érosion qui s’accélère.

Les électeurs européens semblent d’abord et avant tout déboussolés, en quête d’une nouvelle offre politique. 

On peut quand même en tirer deux enseignements :

1.     S’ils sont adroits, les Ecologistes ont un boulevard pour réussir aux Européennes d’autant que leur sujet de prédilection, l’environnement, exige une réponse transnationale.

2.     La thématique des migrants, obsessionnelle à l’extrême droite et dans une partie de la presse, ne peut pas être la seule à monopoliser l’agenda politique : elle n’est pas la priorité pour bon nombre d’électeurs.

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