Michel Barnier a fixé un nouveau deadline aux Britanniques ce 15 octobre à Minuit, juste avant le sommet européen de la fin de cette semaine, et 15 jours avant la date limite du 31 octobre. Mais peu importe l’issue de ces ultimes tractations, de toute façon le Brexit a déjà commencé. C’est le "monde à l'envers".

Le premier ministre britannique Boris Johnson à la Chambre des Communes après le discours de la Reine le 14 octobre
Le premier ministre britannique Boris Johnson à la Chambre des Communes après le discours de la Reine le 14 octobre © AFP / JESSICA TAYLOR / AFP / UK PARLIAMENT

Au rythme où ça va, le jour où le Brexit adviendra officiellement, il aura déjà eu lieu avant, dans les faits.

Premier point : le mirage d’une annulation du Brexit n’est plus vraiment à l’ordre du jour, puisque Boris Johnson est décidé à faire sortir son pays de l’Europe, coûte que coûte. Donc la seule question encore sur la table est à peu près celle-ci : les Européens vont-ils accepter un mini report supplémentaire, style début novembre, pour qu’il y ait un deal ? Ce fameux deal qui tourne toujours autour de la même question :  y aura-t-il des barrières douanières entre les deux Irlande, ou bien entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne ?

Ce n’est pas un point de détail. Mais l’essentiel est ailleurs. On a le sentiment que les dirigeants européens en ont désormais pris leur parti : le Brexit aura lieu. Ils l’acceptent d’autant plus qu’ils en ont ras le bol des tergiversations britanniques. Et le seul fait d’en prendre son parti signifie que le processus a démarré.

D’ailleurs, tous les gouvernements européens sont désormais très avancés dans leurs préparatifs. Un seul exemple : l’Irlande, concernée au 1er chef. Dans son collectif budgétaire présenté la semaine dernière, elle a provisionné 1 milliard d’euros pour faire face au Brexit, les 2/3 pour l’agriculture, le tourisme et l’industrie. Et de l’autre côté, le gouvernement britannique a déjà signé plusieurs nouveaux accords de libre-échange, avec des pays comme la Suisse ou la Norvège. On parle donc bien là d’un Brexit qui a commencé.

Les préparatifs avancés des grandes entreprises

Et sur le plan économique, là où les craintes sont les plus fortes, le Brexit a également débuté, depuis plusieurs mois en fait.  Le chiffre le plus révélateur, c’est la baisse des investissements européens sur le sol britannique : en 6 mois, entre 9% et 18% de baisse selon les modes de calculs. Même dans la fourchette basse, c’est beaucoup. C’est particulièrement spectaculaire dans certains secteurs comme l’industrie automobile, où le désengagement européen est massif. 

Les multinationales et les grandes entreprises, pour la plupart, sont prêtes. Elles ont le plus souvent, elles aussi, engagé le Brexit. Les entreprises britanniques ont fait des stocks pour faire face à d’éventuels problèmes d’approvisionnement, des stocks évalués au total à plus de 12 milliards d’euros. C’est colossal. On pense notamment aux réserves de médicaments des laboratoires pharmaceutiques. Et ces mêmes entreprises britanniques ont accru leurs investissements en Europe : plus 17%. Parfois en délocalisant du personnel. Parfois en passant des accords spécifiques pour continuer les échanges, par exemple de nouvelles licences bancaires.

Dans l’autre sens, plusieurs entreprises étrangères présentes au Royaume-Uni ont rapatrié leurs activités sur le continent : BMW ou Goldman Sachs en Allemagne, Sony aux Pays-Bas, etc. Donc là encore, le Brexit a déjà commencé. Tout simplement parce que les grandes sociétés ne veulent pas être prises au dépourvu.

Les Européens moins nombreux en Grande-Bretagne

Et même au niveau des liens humains et sociaux, ça se distend. Regardez : il y a beau y avoir tout un dispositif d’exemption de visas pour les expatriés européens en Grande-Bretagne, en fait la fuite a démarré. En six mois, les flux migratoires en provenance de l’Union Européenne ont baissé de 30% au Royaume-Uni. Sur 3 ans, ça fait 100.000 personnes en moins.

Alors c’est compensé, sur le sol britannique, par une augmentation du nombre des migrants provenant de l’extérieur de l’Europe. Mais ça pose des soucis, pour certaines professions qui manquent désormais de personnel qualifié, par exemple les médecins au sein du NHS (le système de santé britannique). Et surtout, c’est très révélateur : les Européens sont moins attirés qu’avant par le Royaume Uni. Donc mécaniquement, ça veut dire que les liens humains reculent. L’île britannique s’éloigne du continent. C’est une sorte d’état de fait : les sociétés européennes, elles aussi, en ont pris leur parti, good bye Britain. Même le match France Angleterre n’a pas eu lieu en rugby ! Comme un symbole.

Donc on se résume : on attend le Brexit, mais il a déjà démarré. C’est comme une lente procédure de divorce. A la fin faut finir par signer le papier devant le juge ou le notaire. Mais ça fait longtemps que les deux parties ne vivent plus ensemble. Reste que c’est mieux si tout le monde signe le papier. Parce que sinon, le « no deal », le divorce va quand même se traduire par une belle pagaille, par exemple de sacrés embouteillages à Douvres ou à Calais.

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