L’événement est passé inaperçu ce week-end, occulté par les frappes en Syrie. A Tombouctou dans le Nord du Mali, les troupes françaises et onusiennes ont été la cible d’une attaque sans précédent. Mission accomplie en Syrie ? Peut-être. Mission non accomplie au Mali, sûrement ! C'est le "monde à l'envers".

Des casques bleus de l'ONU devant l'aéroport de Tombouctou
Des casques bleus de l'ONU devant l'aéroport de Tombouctou © AFP / SÉBASTIEN RIEUSSEC / AFP

Un petit retour en arrière pour commencer : le 19 septembre 2013, François Hollande, alors président de la République, est à Bamako, au Mali, pour célébrer les succès de l’intervention Serval.

Et il s’enflamme : « Nous avons gagné cette guerre ! ».

Il y a parfois des phrases qu’on ferait mieux de ne pas avoir prononcées.

4 ans et demi après, avant-hier samedi, les Islamistes n’hésitent donc pas à attaquer la zone la plus sécurisée de Tombouctou, à la sortie Sud de la ville, dans le quartier de l’aéroport.

Je veux parler du « Super camp » (c’est son nom), le Super Camp des forces de l’ONU et des soldats français de l’opération Barkhane, qui a succédé à Serval.

Opération « professionnelle » : tirs de mortiers et de roquettes, utilisation de véhicules piégés maquillés en pick ups de l’ONU, un assaut en bonne et due forme pour prendre le contrôle du camp.

Un peu à l’image des attaques dans le centre de Kaboul en Afghanistan.

Les combats ont duré tout l’après-midi, et sans l’envoi de 3 commandos héliportés français, les terroristes auraient peut-être pris le contrôle de la base.

Bilan : 1 mort et 7 blessés côté Minusma et Barkhane, 15 morts côté terroristes.

Tombouctou, la grande ville mythologique des manuscrits, théoriquement libérée depuis 5 ans, est donc en fait en partie aux mains des Islamistes. 

Et les groupes islamistes se sont progressivement réarmés : chassés des villes, ils se sont reconstitués dans les campagnes et les déserts, en particulier à la frontière avec le Niger.

Ils compteraient au moins 3000 combattants. 

Le terrorisme se répand jusqu'au sud du pays

En plus, cette attaque, c’est la partie émergée de l’iceberg et c’est ça qui est inquiétant.

Pendant longtemps, les combats se sont limités au Nord du pays : c’est la zone traditionnelle de tension avec les populations arabes et touaregs. Et surtout c’est la porte d’entrée de l’immense région désertique située entre Algérie, Niger, Tchad et Libye. 

Un territoire quasiment aussi vaste que l’Union Européenne où les groupes islamistes trouvent refuge. 

Notamment Jamat al Nosra al Islam Wal Muslimim, une coalition de jihadistes formée autour du leader Iyad al Ghali.

Le souci c’est que les accrochages se propagent de plus en plus dans le reste du Mali : 

-         Au centre dans la région de Mopti, où une partie des populations peuls se radicalise face au dédain du pouvoir central de Bamako,

-         Et même dans le Sud du pays, en allant vers le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire.

Le tout avec des effets en chaine incontrôlables puisque l’on voit logiquement apparaître des milices d’autodéfense qui elles-mêmes pratiquent des représailles et ainsi de suite. 

En résumé ce week-end : les Etats-Majors occidentaux parlent d’une « mission accomplie » en Syrie. Peut-être. Au Mali, en revanche, on en est loin.

Le besoin d'un processus politique

Les militaires ne sont pas en cause. Car ils ne peuvent pas tout.

Aujourd’hui, l’opération au Mali combine près de 14.000 hommes, en ajoutant les 4000 soldats français de Barkhane et les 10.000 hommes de la Minusma, la force de l’ONU.

C’est la plus grosse opération internationale en cours au monde.

La plus meurtrière aussi : déjà plus de 160 morts parmi les militaires et policiers. Et depuis le début de l’année, les opérations de Barkhane se sont durcies et multipliées.

Mais plus les mois passent (déjà plus de 5 ans), plus le risque augmente d’être perçue comme une force d’occupation.

Autrement dit : comme toujours, le raisonnement uniquement militaire ne suffit pas.

Ce dont le Mali a besoin, c’est aussi d’un processus politique.

Et il est toujours dans les limbes, malgré des embryons de négociation ici ou là, surtout dans la région de Mopti.

L’aide déversée à Bamako échoue on ne sait trop où.

Mais pas vraiment dans un processus politique efficace qui verrait à la fois :

-         Une discussion constructive y compris avec les groupes radicaux, 

-         Un processus de dévolution régionale dans ce pays éclaté entre ses différentes ethnies, 

-         Et une relance économique par le reboisement, les cultures céréalières ou les travaux d’infrastructure.

Sans processus politique, la situation sécuritaire ne va cesser d’empirer. Façon Afghanistan ou Somalie.

Donc non décidément la mission n’est pas accomplie. 

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