Les médias de toute la planète ont fait leurs gros titres sur l’incendie qui a ravagé Notre Dame. Et la lecture de ces médias est révélatrice : elle en dit long à la fois sur l’image de la France, et sur les préoccupations des pays étrangers en question. Comme un effet miroir généralisé. C'est "le monde à l'envers".

L'incendie de Notre-Dame fait les gros titres partout dans le monde
L'incendie de Notre-Dame fait les gros titres partout dans le monde © AFP / Eric BARADAT / AFP

Les images ont fait le tour du monde, parce qu’elles sont très spectaculaires. Mais aussi parce qu’elles sont interprétées, extrapolées, comme un symbole de la France.  Plus ou moins à juste titre. 

Avec raison, les médias étrangers soulignent, comme Die Zeit en Allemagne, que cette cathédrale c’est le centre de la France, le « point zéro » d’où partent les routes et les décomptes kilométriques de ce pays centralisé : « L’âme de la France », pour la Libre Belgique.

Et cette cathédrale, c’est aussi, comme la France, une « vieille Dame », expression du quotidien argentin Clarin.

C’est enfin le symbole d’un pays laïc et religieux à la fois : pour le New-York Times, Notre-Dame c’est un symbole mystérieux, non rationnel, non cartésien, au cœur d’un pays qui se veut si cartésien.

Mais ça va beaucoup plus loin dans l’interprétation : pour une partie de la presse étrangère, le vrai symbole ce n’est pas Notre Dame, c’est l’incendie. 

Certains articles y voient carrément la fin d’un pays qui se croyait indestructible. L’incarnation, écrit à nouveau le New York Times, d’un pays dans la tourmente, en perte de repères et de confiance, en quête d’identité. 

Comme s’il n’y avait pas de hasard à voir les flammes se déclarer au moment précis où le Président de la République essaie de mettre à un terme à la longue crise sociale des Gilets jaunes.

L’article en question est très séduisant dans son style, mais il faut bien dire que là on bascule dans la surinterprétation.

C’est donc quoi tout ça ? D’abord un bon indicateur du regard porté sur notre pays par de nombreux médias étrangers : l’incendie de Notre-Dame, c’est la France en plein doute.

Une identité européenne

« L'effet miroir » vaut aussi pour les pays étrangers eux-mêmes. C’est le propre du symbole universel. Chacun y voit ce qui l’arrange, ce qui l’obsède. Et il n’y voit pas la même chose que le voisin.

Prenons les pays à forte population catholique : l’Italie, l’Espagne, l’Amérique Latine. On y parle beaucoup aujourd’hui du sauvetage… des reliques, de l’autel, du Trésor. C’est presque ça le sujet principal. 

Et on retrouve cette préoccupation dans la presse des pays musulmans, Al Jazeera ou la presse iranienne. Comme un lien entre religions monothéistes.

Deuxième exemple : regardons à présent l'éditorial du Guardian, grand quotidien britannique opposé au Brexit.

Que retient notre confrère de l’incendie d’hier soir, je cite : « ce bâtiment appartient à la civilisation européenne ; dans un moment comme celui-là, il est insensé de prétendre que nous ne sommes pas Européens ».

Pour le Guardian, Notre-Dame c’est l’Europe et le Royaume-Uni en fait partie.

Même tonalité dans la Repubblica en Italie, autre journal pro-européen : « Notre Dame est une partie de notre identité européenne, un héritage commun de valeurs, de sentiments et d’émotions ».

De l’autre côté de l’Atlantique, on décèle une tout autre préoccupation. Le Washington Post par exemple ne peut pas s’empêcher de faire le lien avec les attentats de 2015 en France, ou avec le 11 septembre 2001 et l’effondrement des tours du World Trade Center. Ça n’a pourtant pas grand rapport. Mais c’est un bon révélateur d’une vision américaine où la question du terrorisme n’est jamais absente.

Plus anecdotique, mais amusant : en Inde, ce qui intéresse le grand quotidien Times of India, ce sont d’abord les messages de solidarité avec la France de qui ? Des stars de Bollywood, les vedettes indiennes du cinéma.

Une résilience française

Il est intéressant enfin de regarder comment les médias étrangers voient la suite. Et là il y a une forme de paradoxe.

Parce qu’on l’a vu, ils décrivent souvent une France en plein doute. Et en même temps, ils sont persuadés que Notre Dame, et donc la France, vont se relever. Comme une confiance dans la résilience française. 

En Italie, la Stampa fait référence à la Fenice, ce célèbre théâtre de Venise, deux fois détruit par des incendies, deux fois reconstruit. « Vous ferez comme nous ».

Le New-York Times raconte combien dans l’Histoire Notre Dame a changé maintes fois de visage, saccagée, reconstruite, modifiée. Et bien ce sera le cas une fois encore.

Et le Guardian ajoute : « Notre Dame se relèvera. La France survivra, elle a survécu à tant de choses. Et les Français se retrouveront »

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