Boris Johnson a commencé à former son gouvernement et présentera son plan de Brexit vendredi au Parlement britannique. Il dispose d’une large majorité après le succès de son parti jeudi. Mais les vrais vainqueurs du scrutin ne sont pas tant les Conservateurs que les nationalistes de tout poil. C'est le monde à l'envers

La leader du Scottish National Party Nicola Sturgeon après la victoire écrasante de son parti en Ecosse
La leader du Scottish National Party Nicola Sturgeon après la victoire écrasante de son parti en Ecosse © AFP / ANDY BUCHANAN / AFP

Que Boris Johnson ait gagné, c’est indiscutable: 365 députés sur 650, c’est la victoire la plus éclatante des conservateurs depuis Margaret Thatcher il y a 40 ans. Mais ils n’ont pas gagné sur leurs valeurs, ils ont gagné en effet sur l’identité, sur le nationalisme. Soyons même plus précis : sur le nationalisme anglais. Pas britannique.

Le vote s’est fait d’abord sur le Brexit. Et sur le message simple de Boris Johnson : on sort de l’Europe, on récupère notre « souveraineté ». Résultat : un carton, en Angleterre (et dans une moindre mesure au Pays-de Galles), y compris au sein de l’électorat ouvrier fidèle à la gauche travailliste. Ce vote conservateur est assimilable à un vote nationaliste anglais.

Et cette poussée nationaliste se retrouve dans les deux autres nations du Royaume-Uni, en Ecosse et en Irlande du Nord. C’est juste qu’elle ne profite pas aux mêmes acteurs. En Ecosse, c’est un raz de marée, plus impressionnant qu’en Angleterre : 48 des 59 sièges pour le SNP, le Scottish National Party, les indépendantistes écossais, désireux de rester dans l’Europe. Plus 13 élus. Les autres partis sont laminés.

En Irlande du Nord, c’est une première depuis la partition de l’Irlande il y a un siècle : les nationalistes, partisans du rapprochement avec la République d’Irlande au Sud, comptent plus d’élus (9) que les Unionistes du DUP (8) favorables au maintien dans le Royaume-Uni. Symbole des symboles : la circonscription de Belfast Nord, un bastion historique des Unionistes, est passé dans les mains du Sinn Fein irlandais. Partout au Royaume-Uni, le nationalisme a donc gagné.

Un Royaume-Uni menacé d'éclatement

Ca veut dire aussi que le pays peut éclater en morceaux ! Peut-être que dans les manuels d’Histoire, dans quelques années, on regardera ce vote de 2019 comme le début de l’implosion du Royaume-Uni. C’est possible. Ce pays s’est constitué au 18ème puis au 19ème siècles, par adjonction de l’Écosse puis de l’Irlande. Il ne survivra peut-être pas au 21ème siècle. En remportant ce net succès électoral, Boris Johnson a fait le plus facile.  Le plus compliqué, en effet, pourrait être d’éviter l’éclatement du Royaume-Uni. Parce que la mécanique centrifuge est lancée.

En Écosse, la leader du SNP, Nicola Sturgeon, pourrait, dès cette semaine, exiger un nouveau référendum sur l’indépendance. Il y a 5 ans, elle l’avait perdu (45 – 55) mais ça c’était avant le Brexit.  Et les Écossais, aux 2/3, veulent rester en Europe. Pour Nicola Sturgeon, c’est clair : 

« Boris Johnson n’a pas de mandat pour sortir l’Ecosse de l’Europe ».

En Irlande du Nord, ça va prendre plus de temps. Mais pour la première fois, l’hypothèse d’un référendum sur la frontière entre les deux Irlande devient plausible. C’était inimaginable jusqu’à présent. Les nationalistes du Sinn Fein commencent désormais à en parler. En plus, en Irlande du Nord, il y a le facteur démographique : les catholiques, pro républicains, font plus d’enfants que les protestants, favorables à Londres. A terme, une réunification des deux Irlande ne peut donc plus être écartée.

Nationalisme écossais et irlandais contre nationalisme anglais

l y a presque un côté « appartement témoin » des effets du nationalisme dans cette crise britannique ! Et dire ça n’est pas un jugement de valeur sur le nationalisme. Quels sont les enseignements principaux ?

Primo, le nationalisme crée le nationalisme en retour. En misant sur l’identitaire anglais, Boris Johnson a déclenché en boomerang une poussée des identitaires écossais et irlandais.

Deuxio, le nationalisme crée le conflit. En Irlande du Nord, la poussée des Républicains catholiques pourrait réveiller les tensions communautaires avec les Protestants. En Écosse, il faut s’attendre à un bras de fer très tendu avec le pouvoir central de Londres. Et même des risques de tension sociale. Un exemple : hier lors du match de football Celtic Glasgow / Hibernians, les supporters de Glasgow chantaient 

« If you hate the Tories, clap your hands »

Si tu détestes les conservateurs, frappe dans tes mains.

Enfin, tertio, ces poussées nationalistes enquiquinent l’Union Européenne. Parce que ce n’est pas une fédération, c’est plutôt une coalition d’Etats Nations, donc l’Europe est contrainte de ménager ses membres. C’est pour ça que si l’Ecosse obtenait son indépendance, l’Europe serait bien embêtée. Car ce serait ouvrir la porte, par exemple, à l’indépendantisme catalan. Et il est hors de question pour l’Europe de mettre l’Espagne dans l’embarras.

En tous cas une chose est sûre : ce n’est pas en niant ces poussées identitaires et nationalistes que l’Europe les combattra le mieux. 

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