Une nouvelle fois, le dossier Brexit semble dans l’impasse. Le sommet européen de demain à Bruxelles va sans doute en faire le constat. Mais n’accordons pas trop d’importance aux postures qui crient au loup, il y a encore dans la marge pour trouver un accord. C'est le "monde à l'envers".

A la frontière entre les deux Irlande entre Dundalk et Newry, une affiche des opposants au Brexit
A la frontière entre les deux Irlande entre Dundalk et Newry, une affiche des opposants au Brexit © AFP / Paul Faith / AFP

C'est vrai la pendule tourne. Il ne reste plus que 163 jours avant la date fatidique du 29 mars prochain.

Donc on se rapproche du mur, je vous l’accorde ! Et comme demain à Bruxelles, il ne se passera sans doute RIEN sur le Brexit lors du sommet européen, il faut s’attendre à de nouveaux cris d’orfraie : “on n’y arrivera jamais, c’était le sommet de la dernière chance, les entreprises et les Bourses vont paniquer », etc.

Et bien c’est faux ! Attendez-vous à un nouveau sommet de la dernière chance à la mi-novembre, puis un autre sommet de la dernière chance en décembre, et peut-être même un ultime sommet de la dernière chance début janvier. C’est un processus très banal de dramatisation près de l’échéance.

Côté Bruxelles, d’abord, on adore ça. Ça s’est par exemple produit je ne sais combien de fois sur le budget européen : « on n’y arrivera jamais, c’est trop compliqué » ; et puis au bout du bout de la nuit du dernier sommet de la dernière chance, miracle il y a un accord.

Cette partie de poker est un classique de la commedia dell’ arte européenne. Et en plus, en l’occurrence, plusieurs dirigeants européens pensent tirer un profit électoral d’une attitude de fermeté avec Londres.

Côté britannique, même dramatisation : les députés font pression sur le gouvernement, c’est la loi du régime parlementaire. Et une partie de la presse anglaise adore souffler sur les braises, c’est son fonds de commerce. 

Les négociations ont progressé

Ça c'est pour la forme, le jeu des apparences. Et sur le fond, contrairement à ce que l'on dit, ça progresse aussi. Angela Merkel affirme même, je cite, « 90% de l’accord est prêt ». Oui, vous avez bien lu : 90% !

C’est énorme. C’est beaucoup plus que le verre à moitié plein. Concrètement ça veut dire qu’un accord de principe a été trouvé sur plusieurs sujets.

Sur le commerce d’abord, il faut s’attendre à un « super traité de libre-échange » avec Londres. Plus vraiment l’Union douanière, mais un partenariat quand même très privilégié, en particulier sur la circulation des biens, comme l’agro-alimentaire. Il faut encore préciser plein de choses, sur le transport aérien ou les échanges de données. Mais ça avance.

Ça avance aussi sur le statut des Européens qui vivent au Royaume-Uni et sur celui des Britanniques qui vivent en Europe. Il y aura un dispositif préférentiel.

Enfin, ça avance sur la période de transition. Elle démarrera donc le 29 mars prochain et durera au moins jusqu’à fin 2020. D’ici là, Londres continuera de financer les projets européens. La sortie réelle ne s’opérerait donc que le 1er janvier 2021.

Donc oui, ça négocie et ça progresse !

Les députés nord-irlandais du DUP font monter les enchères

Reste la grosse épine dans le pied, la frontière entre les deux Irlande ! Et on le savait depuis le début : c’est le sujet le plus compliqué. Mais soyons clairs : c’est d’abord un sujet de politique intérieure britannique.

Je m’explique : pour les Européens, impossible de créer une frontière, en tous cas visible, entre la République d’Irlande (au Sud) et l’Irlande du Nord qui fait partie du Royaume-Uni. 

Ce serait menacer la paix, ignorer les Accords du « Good Friday », en 1998, qui ont mis à 30 ans de guerre civile au Nord. 

Reste alors l’hypothèse d’une forme de contrôle douanier en mer d’Irlande, entre l’Irlande du Nord et l’île principale du Royaume Uni, la Grande-Bretagne. C’est un sujet sensible, il remet en cause la continuité territoriale britannique.

Mais surtout, c’est la fixette des députés unionistes d’Irlande du Nord : ils sont 10, membres du parti DUP. Et ils ont un pouvoir colossal : sans leur force d’appoint, Theresa May n’a plus de majorité au Parlement. Le DUP fait donc monter les enchères.

Le paradoxe c’est que lors du vote sur le Brexit il y a 2 ans et demi, les Nord-Irlandais avaient majoritairement voté, à 55%, pour le maintien au sein de l’Europe. C’est le vote des Anglais qui avait imposé le Brexit à tout le pays.

On se résume : voilà donc 10 députés nord-irlandais, minoritaires sur leurs propres terres, qui peuvent faire capoter l’accord de sortie de l’Europe, parce qu’ils ont un poids politique exorbitant.

On verra si Theresa May est prête à prendre le risque de défier cette minorité de blocage. Mais c’est bien un sujet de politique intérieure britannique. 

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