Emmanuel Macron était ce matin devant le Parlement Européen. Il a une nouvelle fois plaidé pour une relance européenne. Dans le « Monde à l’envers », question : le discours est plutôt séduisant, bien ficelé, mais à quoi bon poser un bon diagnostic si le remède ne suit pas ?

Emmanuel Macron devant le Parlement européen de Strasbourg
Emmanuel Macron devant le Parlement européen de Strasbourg © AFP / ELYXANDRO CEGARRA / NurPhoto

Vous savez qu’on en est déjà au numéro trois ?

Après la Sorbonne à Paris, après la Pnyx à Athènes, Emmanuel Macron a donc livré ce matin un nouveau plaidoyer pro-européen, le 3ème en 12 mois. Jamais deux sans trois, donc !

Sur la forme, rien à dire : le discours est vibrant, le Président français est intimement pro-Européen, on ne peut pas lui enlever ça.

Et sur le fond, le diagnostic porté sur l’état de l’Union parait pertinent : une bonne copie de philosophie et de sciences politiques.

L’Europe, dit en substance Emmanuel Macron, est traversée par une sorte de « guerre civile interne », ce sont ses mots ; une guerre civile où la démocratie libérale est menacée dans ses valeurs par la fascination croissante pour les pouvoirs forts.

Le constat est juste, il suffit de regarder la Hongrie ou la Pologne.

Il ajoute : « il faut entendre la colère des peuples, il y a un risque de repli nationaliste ». Là encore, constat indiscutable, partout en Europe.

Il appelle enfin à ne pas avoir la mémoire courte : « je ne veux pas appartenir à une génération de somnambules qui aura oublié son passé ». Sous-entendu : souvenons-nous des ravages du nationalisme dans l’Histoire.

En résumé : les valeurs démocratiques de l’Europe sont aujourd’hui menacées. Il faut être ambitieux pour les défendre. Entre nous : qui dirait le contraire ? 

Bref, pas grand-chose à dire sur le diagnostic. Mais ce qui compte c’est le remède. Et là, on reste un peu sur sa faim.

Un besoin de projets concrets 

Il y a quand même quelques idées concrètes jetée sur la table par Emmanuel Macron.

La plus nouvelle, c’est l’idée d’une aide européenne pour les collectivités locales qui accueillent des réfugiés. Voilà un projet concret qui peut contribuer à dépassionner un débat empoisonné et politiquement instrumentalisé.

Rappelons qu’en trois ans, l’Europe a fait face à près de 3 millions de demandes d’asile.

Du concret aussi avec l’idée d’une taxe aux frontières de l’Europe pour le dioxyde de carbone, pour favoriser la transition vers les énergies propres. 

Intéressant enfin, le lancement de ces consultations citoyennes sur l’Europe, pour faire remonter des propositions. A condition que ça ne devienne pas un « machin » abstrait, et surtout que les citoyens impliqués dans l’affaire n’aient pas l’impression d’être des cache-sexes pour dissimuler l’absence de décisions politiques.

Parce que voilà le sujet clé : évidemment que l’Europe a besoin de projets concrets, mais elle a aussi besoin d’un grand élan, d’un projet, d’une envie.

Et là, on attend toujours.

La clé est à Berlin

Vous vous souvenez de la formule du général de Gaulle, « pas besoin de sauter comme un cabri en criant l’Europe, l’Europe, l’Europe ». Sautons moins et faisons plus.

Autrement dit, on n’attend pas d’Emmanuel Macron une capacité à dresser un diagnostic de bon étudiant de Sciences Po.  Mais davantage une aptitude à entrainer nos voisins européens pour redonner un vrai projet à l’Union.

Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire une politique commune sur l’immigration et l’asile, une harmonisation fiscale, un vrai budget européen commun.

Et… la mise en place d’une véritable politique sociale pour les plus défavorisés : la seule solution pour que l’Union cesse d’être perçue comme un outil au profit des riches et qui nuit aux plus démunis.

Ça veut dire aussi dépasser les petits calculs nationaux au Parlement Européen et les petits arrangements entre amis à la Commission.

Et là aussi y’a du boulot !

Pour preuve : le refus du Parlement d’instituer des listes transnationales pour les élections européennes de l’an prochain. C’était pourtant l’opportunité de susciter enfin chez les électeurs un raisonnement qui dépasse les frontières.

Pour preuve encore : les combines (il n’y a pas d’autre mot), qui ont conduit à la nomination récente de l’allemand Martin Selmayr comme secrétaire général de la commission. 

Une procédure opaque qui envoie « un mauvais signal » sur la démocratie en Europe.

Sur tous ces sujets, il n’y aura pas d’électrochoc sans que Berlin soit de la partie.

Ça tombe bien, après-demain jeudi, Emmanuel Macron passera la moitié de sa journée à discuter avec Angela Merkel.

Est-il capable de convaincre la chancelière d’appuyer sur l’accélérateur, c’est la question.

Parce que sinon, si l’Europe n’est pas capable de changer de braquet, alors « la guerre civile interne » et « les replis nationalistes » vont s’accroitre.

Le diplômé de sciences politiques Emmanuel Macron aura eu raison dans son diagnostic. 

Mais le dirigeant politique aura perdu la partie.

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