Donald Trump devrait être mis en accusation demain pour abus de pouvoir. Avec un procès en destitution devant le Sénat en janvier .Mais le Président américain a l’air serein : l’État de droit, ce n’est pas son problème. Et dans sa position, il a bien raison de s'en moquer. C'est "le monde à' l'envers".

Donald Trump lors d'une réunion à la Maison Blanche le 16 décembre
Donald Trump lors d'une réunion à la Maison Blanche le 16 décembre © AFP / Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

La charge s’annonce pourtant cinglante. L’acte d’accusation est écrit noir sur blanc dans le rapport de 658 pages préparé par les élus de la Chambre des Représentants : abus de pouvoir à des fins personnelles, entraves répétées à l’enquête. Pendant les auditions, les témoignages ont été accablants. En particulier celui de l’ambassadeur Gordon Sondland. Les faits ne font donc guère de doute : oui Trump a abusé de son pouvoir. Exercé un chantage sur l’Ukraine pour la forcer à enquêter sur le démocrate Joe Biden.

Le président américain a bafoué l’Etat de droit. Mais il s’en moque éperdument. Et je vais vous dire : pourquoi diable ne s’en moquerait-il pas ? Primo, il se considère comme au-dessus des lois. D’ailleurs il l’a déjà dit : 

« En tant que Président, je fais tout ce que je veux »

. Deuxio, il a une armada d’avocats pour l’aider à contourner le droit. C’est comme ça, par exemple, qu’il a toujours réussi à éviter de publier ses revenus.

Tertio, son parti est en rangs serrés derrière lui, atteinte à l’Etat de droit ou pas. Donc lors du procès au Sénat, le risque pour Trump est quasi-nul, de voir se dégager la majorité des 2/3 nécessaire à sa destitution. Enfin, last but not least, son électorat lui est fidèle, à 92%. Ça va même plus loin : sa côte de popularité remonte depuis quelques jours, à 43%. Comme dans une citadelle assiégée, où l’offensive de l’ennemi cimente et galvanise les troupes. Donc franchement, l’Etat de droit, pourquoi s’en soucier, on s’en fiche.

Netanyahou Modi Johnson Trump même combat

Mais ce n'est pas seulement Trump qui raisonne comme ça. Il y a plein de dirigeants politiques qui raisonnent comme ça aujourd’hui ! L’autre exemple flagrant, c’est Netanyahou inculpé de fraude, de corruption, et d’abus de confiance. Par un Procureur qui fut longtemps l’un de ses proches. Non seulement le premier ministre israélien s’en moque, mais il renverse le raisonnement. Il qualifie cette inculpation de « tentative de coup d’Etat ». Comme Trump, il se voit au-dessus des lois. Il assimile toute attaque contre lui à une attaque contre Israël voire contre le sionisme en général. Et jusqu’à présent, son électorat l’a suivi. 

Prenons Boris Johnson. C’est à peine mieux. Rappelons que fin septembre, le Premier ministre britannique a été sévèrement recadré par la Cour suprême à Londres. Pour obstruction au travail du Parlement sur le Brexit. Atteinte à l’Etat de droit. L’électorat britannique l’a -t-il pour autant sanctionné ? On connait la réponse. Donc, là encore, à quoi bon s’embêter.

On pourrait multiplier les exemples. En Hongrie, les attaques de Viktor Orban contre la séparation des pouvoirs ne se comptent plus. En Inde, le pouvoir de Narendra Modi cherche en ce moment même à remettre en cause la laïcité inscrite dans la Constitution, en excluant les immigrés musulmans de la naturalisation.  Son parti est derrière lui. 

Et on ne parle pas là de la Russie de Poutine ou de la Chine de Xi Jinping. Non, on parle là de pays qui se revendiquent démocratiques. Mais les électeurs s’y désintéressent de l’État de droit. Donc les dirigeants auraient tort de se priver.

Le rempart du pouvoir judiciaire

Il y a encore des recours. Première option : que les partis politiques se réveillent et réalisent que leurs petits calculs pour sauver leurs sièges, menacent les fondations mêmes de la démocratie. Ça n’en prend pas le chemin aux États-Unis, un peu plus en Israël, où le Likoud s’interroge sur l’avenir de Netanyahou.

Deuxième option : que le pouvoir judiciaire se dresse en rempart. Il est en train de le faire en Israël. Il l’a déjà fait à Londres. Il l’a déjà fait aussi en Inde, où la Cour Suprême a manifesté régulièrement son indépendance ces derniers mois, en particulier sur les droits des femmes. Pas sûr qu’il le fasse aux États-Unis, où la Cour Suprême est désormais composée de magistrats favorables au pouvoir en place. Cela dit, il y a quelques jours, une juge fédérale a quand même réaffirmé à l’intention de la Maison Blanche : 

« les présidents ne sont pas des rois »

. Il y a donc encore des garde-fous, mais ils sont fragiles face à des électorats qui ne voient plus l’utilité de la séparation des pouvoirs.

Pour finir, soulignons un paradoxe : cette érosion de l’État de droit dans nos démocraties se produit au moment précis où, dans le monde arabo-musulman, au Liban, en Algérie, en Irak, les sociétés civiles, dans les rues, réclament précisément plus d’État de droit, et la fin de la collusion des pouvoirs. On peut y voir, en miroir, un rappel salutaire sur l’importance des libertés, un rappel aux enfants gâtés que nous sommes.

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