C’est l'image du jour : Emmanuel Macron a donc dévoilé ce matin au salon du Bourget la maquette du futur avion de chasse franco-allemand. C’est une étape importante pour l’Europe de la Défense. Mais cette avancée cache mal tous les écueils encore à franchir pour cet avion de chasse. C’est le « Monde à l’envers".

Emmanuel Macron devant la maquette du futur avion de chasse franco-allemand dévoilée au Salon du Bourget
Emmanuel Macron devant la maquette du futur avion de chasse franco-allemand dévoilée au Salon du Bourget © AFP / BENOIT TESSIER / POOL / AFP

Il est beau mon avion, il est beau !

Impossible ce lundi 17 juin d’échapper à cette image : l’immense bâche a donc été levée. Et le prototype gris, profilé avec son aile Delta, est apparu. Dans la foulée, un accord-cadre de coopération a été signé par la France, l’Allemagne, et aussi l’Espagne, pour développer ce projet. Premiers essais en vol en 2026, commercialisation à l’horizon 2040.

Le symbole est fort. C’est celui d’une volonté politique. L’emblème, avec l’autre projet clé (celui du char franco-allemand), d’une Europe de la Défense qui commence à prendre corps.

Mais, il y a une ribambelle de « mais ». Sous le vernis de la belle image de ce matin, les incertitudes sont multiples, qui peuvent toutes faire capoter ce projet.

La première interrogation porte sur la capacité des différents industriels impliqués dans l’opération, à travailler ensemble. 

En fait, il y a cinq volets d’étude dans ce projet dit SCAF qui intègre non seulement l’avion de chasse, mais aussi les drones, les missiles, bref tout un système de combat aérien intégré. Et la répartition des tâches dans ces cinq volets a déjà fait l’objet de négociations âpres ces dernières semaines.

Sur l’avion en lui-même, Dassault va travailler avec Airbus. Ça ne coule pas de source. Sur le système de motorisation, le français Safran va coopérer avec l’allemand MTU : pas gagné non plus. Il faudra surmonter des habitudes de travail, des préjugés. Et chaque entreprise aura tendance à ne privilégier que son intérêt propre.

Paris et Berlin en désaccord sur les exportations d'armes

C’est là, justement, où la volonté politique est censée intervenir pour contraindre tout le monde à travailler ensemble !

Sauf que là on touche à la 2ème incertitude : la volonté politique, côté allemand, est-elle si évidente ?

Autant l’engagement financier de l’Etat français est clair (2 milliards et demi sur 6 ans), autant celui de l’Etat allemand reste flou. A fortiori celui de l’Etat espagnol. En plus, à l’horizon 2040, le besoin sera en fait de plusieurs dizaines de milliards.

L’engagement est donc flou. Parce que la coalition au pouvoir à Berlin hésite :  les sociaux-démocrates rechignent à une hausse des dépenses d’armement. L’hésitation est encore plus forte chez les Verts, qui ont le vent en poupe en Allemagne. Autant dire que l’après Merkel va ouvrir une zone de doute sur le financement du projet.

En plus, il y a des différences profondes entre Paris et Berlin, sur le fond.

L’Allemagne persiste, plus que la France, à faire confiance aux Etats-Unis pour protéger l’Europe en termes de défense.

Et surtout, il y a un désaccord sur les règles d’exportation des armes. Paris fait du business, Berlin fait de la morale : on ne commerce pas avec n’importe qui. Et ça a conduit ces derniers mois à geler plusieurs exportations vers le Golfe Persique : des missiles, des blindés, des hélicoptères.

Problème : ce fameux avion de chasse du futur ne sera rentable que s’il s’exporte. Il faut donc que les deux capitales s’entendent sur les règles d’exportation.  Elles y travaillent mais ce n’est pas réglé.

Un projet concurrent anglo-italien

Et pendant ce temps la concurrence fourbit ses armes. Là où c’est troublant, c’est que la concurrence est aussi interne à l’Europe. C’est le troisième écueil.

Que les Etats-Unis exercent une grosse pression commerciale pour vendre leur propre avion, le F35, rien d’étonnant. C’est même tout à fait logique. Là où se complique pour le projet franco-allemand, c’est que plusieurs pays européens ont déjà pris langue avec Washington : la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne.

Et ça va plus loin : voilà que les Britanniques, sur fond de Brexit, ont eux aussi leur propre projet d’avion de chasse. Nom de code : Tempest. Créneau visé : le même que l’avion franco-allemand. Calendrier : le même aussi !

Ils ont déjà embarqué l’entreprise italienne Leonardo, et semblent pouvoir convaincre aussi la Suède.

Emmanuel Macron a beau évoquer, je cite, « une concurrence ridicule », le fait est là : l’avion franco-allemand n’est pas le seul projet européen sur la table.

En Europe, aujourd’hui, on ne compte pas moins de 20 avions de chasse différents : américains, britanniques, français, suédois, et même russes. Rien ne dit qu’il en ira différemment demain. Et rappelons que le dernier modèle de Dassault, le Rafale, ne s’est jamais vendu au sein de l’Union Européenne, en dehors de la France.

On se résume : l’avenir de l’avion de chasse franco-allemand s’est un tout petit peu éclairci ce matin, mais ça reste un parcours d’obstacles.

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