La Catalogne est en train de s’enfoncer dans le chaos. Depuis 3 jours les affrontements sont violents, et la journée de demain sera tendue, avec grève générale sur fond de revendication indépendantiste. Les Espagnols comme les Catalans ont perdu tout bon sens. Ce n'est pas le monde, c'est la "démocratie à l'envers".

Affrontements dans les rues de Barcelone dans la nuit du 16 au 17 octobre entre forces de l'ordre et manifestants indépendantistes
Affrontements dans les rues de Barcelone dans la nuit du 16 au 17 octobre entre forces de l'ordre et manifestants indépendantistes © AFP / Miquel Llop / NurPhoto

Les scènes sont très violentes. Depuis trois nuits, Barcelone et plusieurs villes catalanes sont en proie à ce qui ressemble à de la guerre civile. A nos portes. Au cœur de l’Europe. Routes coupées, barricades, voitures brûlées, cocktails molotov. De véritables émeutes, de la guérilla urbaine. Et ça se dégrade de jour en jour.

En face, les forces de l’ordre répliquent parfois tout aussi violemment, avec tirs de balles en caoutchouc. Le bilan est difficile à établir : au moins 200 blessés du côté de la police. Et à partir de la nuit prochaine, c’est alerte rouge. Cinq cortèges sont partis de plusieurs villes de Catalogne pour rejoindre Barcelone demain matin. 

Ces cortèges, qui bloquent des routes, des autoroutes, des voies ferrées, sont pacifiques. Mais la jonction avec les groupes violents fait craindre le pire. Parce que c’est bien ça le fait nouveau. Dans cette Catalogne de près de 8 millions d’habitants, où un petit peu moins de la moitié de la population veut l’indépendance, la contestation était restée non violente jusqu’à présent. Souvent festive. Au début on appelait même ça « la Révolution des sourires ».

C’est du passé. Désormais, de nombreux manifestants, organisés via une application internet cryptée, Tsunami Democratic, revendiquent la violence. Ils y voient la seule solution. La radicalisation est en marche. Et les leaders politiques indépendantistes ne font pas grand-chose pour calmer l’affaire. Face aux affrontements, le président catalan Quim Torra a d’abord gardé le silence, avant de condamner du bout des lèvres la nuit dernière.

Un verdict sévère a mis le feu aux poudres

Mais les indépendantistes catalans ne sont pas les seuls irresponsables. Parce que de l’autre côté, ce n’est pas beaucoup mieux.

Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres et provoqué ce déchainement de violence ? La condamnation, lundi, par la justice espagnole, de 9 leaders indépendantistes à des peines de prison ferme. Entre 9 et 13 ans de prison pour « sédition et détournement de fonds publics ». La justice leur reproche en fait d’avoir proclamé, unilatéralement, l’indépendance après le référendum d’octobre 2017.

On peut comprendre que la justice espagnole souhaite préserver l’intégrité du pays. Mais ce verdict sévère (les personnes en question n’ont tué personne) jette de l’huile sur le feu. Il alimente le ressentiment de nombreux Catalans, et diminue les chances d’une réconciliation. Et il ne faut pas s’y tromper. Avec ce verdict, c’est l’Etat espagnol profond qui s’exprime, dans sa volonté d’éradiquer la contestation catalane. Parce que la justice espagnole n’est pas un modèle d’indépendance, elle est très liée au pouvoir et aux partis politiques à Madrid. Le Conseil de l’Europe l’a déjà souligné à plusieurs reprises. Ce verdict, c’est donc un refus politique de toute négociation.

D’ailleurs, à trois semaines des élections en Espagne, prévues le 10 novembre, la radicalisation est aussi à l’œuvre à Madrid. L’extrême droite et une partie de la droite demandent des sanctions encore plus sévères, une répression accrue, et une mise sous tutelle de la Catalogne. Là encore, ça s’appelle craquer des allumettes.

L'Europe ne veut pas s'en mêler

Les deux parties sont embarquées dans un cercle vicieux, où la radicalisation des uns provoque la radicalisation des autres. Et ainsi de suite. Et sur les réseaux sociaux, tout le monde se traite réciproquement de fascistes. D’ailleurs le seul fait de traiter le sujet dans cette chronique va à coup sûr m’attirer les foudres des uns comme des autres. La confiance a disparu, il n’y a plus que de l’agressivité. 

Qu’on en soit là à Hong Kong, c’est une chose. Qu’on en soit là à Barcelone, dans un pays de pluralisme démocratique, c’est inquiétant et un peu démoralisant. Alors qui peut faire quelque chose ? La sortie de crise ne se fera que par un compromis politique. Et comme les deux parties sont braquées, il faut peut-être imaginer un ou des médiateurs. Ça a fonctionné, par le passé, en Irlande du Nord ou au Pays Basque.

Et là on pense forcément à l’Union Européenne. Elle est la mieux placée. Sauf qu’il y a un hic : elle ne veut pas. Les chefs d’Etat européens estiment que c’est une affaire de politique intérieure espagnole. Tout simplement parce qu’ils ne veulent pas ouvrir une boite de Pandore : chacun veut rester maître chez lui, et ne pas voir l’Europe s’immiscer dans ses affaires. Ça peut s’entendre, mais c’est un peu court. Parce que si la Catalogne basculait vraiment dans la guerre civile, ce serait davantage qu’une affaire espagnole.

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