Décidément, les choses s’accélèrent en Corée du Nord. La confirmation aujourd’hui de la récente visite du patron de la CIA à Pyongyang rend désormais probable le sommet Trump / Kim Jong Un début juin. La guerre s'éloigne, bonne nouvelle, mais dans le "monde à l'envers", on se demande si ça ne va pas trop vite...

La confirmation de Donald Trump sur la rencontre Kim - Pompeo
La confirmation de Donald Trump sur la rencontre Kim - Pompeo © Twitter

Mesdames, messieurs, voici le tweet du jour de Donald Trump.

Horaire 12h42 heure de Paris : "Mike Pompeo met with Kim Jong Un in North Korea last week. Meeting went very smoothly". 

Le patron de la CIA, Mike Pompeo, par ailleurs en passe de devenir Secrétaire d’Etat, chef de la diplomatie américaine, est donc allé en Corée du Nord, lors du week-end de Pâques, pour rencontrer le leader Nord-Coréen. Et tout s’est bien passé !

Là on fait pause, et on se dit "Waouw" !

Nous sommes dans un accélérateur de particules, où tout d’un coup, sur ce dossier, tout avance désormais à la vitesse de l’éclair !!

Parce que, souvenons-nous, il y a 6 mois, on était au bord de la guerre et les deux pays étaient à couteaux tirés. Kim tirait des missiles nucléaires à longueur de semaine, et Trump le menaçait en retour d’un déluge de feu.

Donc là, Pompeo qui rencontre Kim Jong Un, c’est un peu comme les Jedi qui négocieraient avec les Sith ou une réconciliation générale dans la famille Halliday. Le truc improbable.

Et c’est parti pour continuer !

Dans 10 jours, le 27 avril, sommet intercoréen à la frontière entre les deux pays, dans la zone démilitarisée de Panmunjon : il est même question d’un traité de paix, celui que l’on attend depuis 65 ans, depuis le simple "armistice" de la fin de la guerre de Corée.

Et tout indique désormais qu’il y aura bien, sans doute début juin, une rencontre Kim - Trump, dans un lieu neutre : peut-être Panmunjon à nouveau, à moins que ce ne soit Genève ou Stockholm.

C’est sans précédent. Donc la guerre s’éloigne : tant mieux.

Mais ça va tellement vite que ça comporte des risques.

Poker et jeu de go

On va prendre une image : Trump joue au poker, il veut faire des coups et aller vite.

En face Kim joue une partie de go, sur le temps long, une partie préparée par sa famille au pouvoir depuis des décennies.

Le risque c’est donc d’abord de se retrouver début juin avec un sommet insuffisamment préparé côté américain. 

Ça peut conduire, soit à céder trop rapidement aux demandes de la Corée du Nord, soit inversement à exiger de façon trop radicale une dénucléarisation immédiate du régime.

Dans ce cas, mauvais engrenage : Kim refuserait évidemment, parce que le nucléaire est devenu son assurance-vie.

Et les durs de l’administration Trump, en particulier le conseiller à la Sécurité nationale John Bolton, reprendraient aussitôt la main pour dire "on ne peut pas négocier avec ces gens-là".

Hop, marche arrière toute : droit au conflit.

L’autre risque d’un sommet Trump – Kim précipité, c’est de négliger deux autres acteurs sans qui rien ne se fera :

  • La Chine qui tient l’économie nord-coréenne à bout de bras et peut donc aussi la pousser à se réformer, 
  • Et le Japon qui s’inquiète d’un désarmement nord-coréen partiel, ce qui maintiendrait Tokyo sous la menace des missiles de moyenne portée.

Un vrai calendrier de négociations 

Au contraire il faudrait aller lentement, parce que les sujets nécessitent une négociation approfondie.

D’abord la dénucléarisation nord-coréenne. Mais de quelle ampleur ? Avec quel calendrier : d’abord un gel des tirs, mais après ? Et avec quel système de vérification et de contrôle ?

Ensuite, plus largement, la démilitarisation de la péninsule coréenne pour tourner définitivement la page de la guerre. Aujourd’hui, plus de 25.000 soldats américains stationnent encore en Corée du Sud.

Et n’oublions pas quelques symboles : 

  • Le sort de 3 prisonniers américains retenus à Pyong Yang,
  • La restitution de dépouilles de GI de la guerre de Corée,
  • Ou le sort de dizaines de Japonais enlevés par les Nord-Coréens dans les années 70.

Tout ça ne se règlera pas en un tweet ou un photo call.

Si Washington et Pyong Yang veulent vraiment la paix, le meilleur gage sera paradoxalement une forme de lenteur, un calendrier précis de négociations. 

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