C’est passé largement inaperçu ici : les dirigeants chinois sont réunis en grand conclave à l’occasion des 40 ans de l’ouverture économique du pays. Et le président chinois Xi Jinping y a prononcé ce matin un discours très solennel. S’y dévoile une Chine à la fois puissante et dans le doute. C'est "le monde à l'envers"

Le Président Xi Jinping lors de son discours au Palais du Peuple pour les 40 ans de réforme économique en Chine
Le Président Xi Jinping lors de son discours au Palais du Peuple pour les 40 ans de réforme économique en Chine © AFP / WHANG ZAO / AFP

Comme toujours, c’est d’abord la grande unité du parti qui s’affiche. Nous sommes tout de même en Chine !

Dans l’immense salle du Palais des Peuples, sous de gigantesques tentures rouges, Xi Jinping s’est donc livré ce matin à un exercice d’autosatisfaction.

1h et demi de discours, pour célébrer les gigantesques progrès de la Chine en 4 décennies.

Et c’est vrai, il s’agit d’un bond de géant : le revenu moyen a été multiplié par 20, le produit intérieur brut par 37, et la part de la Chine dans la richesse mondiale est passée de 2% à 16% !

Xi Jinping, sur un ton martial, a enchainé les formules. Un petit florilège :

-         « Personne ne peut donner de leçon au peuple chinois » ;

-         « Le grand drapeau du socialisme flotte sur notre terre » ;

-         « Notre résolution est inébranlable ».

Tonnerre d’applaudissements, évidemment, de la part de tous les délégués. 

Et pour faire bonne mesure, à la sortie de la salle du Palais des Peuples, une grande exposition célèbre ces 40 ans de réformes économiques, de Deng Xiao Ping à Xi Jinping. Bref, en apparence, la Chine est forte et ne doute de rien.

Le ralentissement économique interpelle 

En coulisses, c’est plus compliqué, d’abord parce que l’économie ralentit: de mois en mois, ça se dégrade !

6,5% de croissance lors de ce dernier trimestre, 6% envisagés pour l’an prochain. Et encore ce chiffre est sans doute gonflé artificiellement : plusieurs experts estiment que la réalité se situe plus près des 5%.

Ça reste très au-dessus des Etats-Unis et de l’Europe, mais le ralentissement est régulier. On est très loin des 14% de croissance de l’année 2007 !

La production industrielle tousse un peu, les ventes d’automobile reculent. Et le pouvoir censure la publication de certaines statistiques, par exemple le niveau des exportations évalué par les douanes.

Du coup, dans les milieux économiques chinois, certaines voix s’inquiètent et appellent à de nouvelles réformes.

Le pays souffre en effet de plusieurs problèmes structurels : 

-         La productivité est faible avec des coûts de production qui augmentent ; 

-         Le secteur bancaire est sous perfusion de l’Etat ;

-         Et l’endettement cumulé public privé est devenu colossal : près de 300% du Produit intérieur brut !

En fait la Chine est très dépendante de ses exportations, c’est son talon d’Achille dans la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump.

Ajoutons enfin la récente arrestation au Canada de la directrice financière de Huawei. Elle n’est pas anecdotique : d’une part, elle montre que la guerre est déclarée sur le VRAI sujet, la concurrence technologique et l’intelligence artificielle. D’autre part, cette interpellation met en pièces l’idée que la Chine serait invulnérable.

Donc oui, derrière l’unité de façade, il y a des doutes à Pékin.

Le contrôle politique passe d'abord 

Où tout cela peut-il conduire ?  Mystère: le pouvoir chinois est opaque.

Mais on peut résumer l’enjeu : le « modèle » chinois (je mets « modèle » entre guillemets), c’est le libéralisme économique combiné à l’autoritarisme politique.

Tout cela marche tant que l’économie « carbure » et que la croissance est au rendez-vous. Parce que les Chinois y trouvent leur compte. Si la croissance tousse, ça se complique.

Après ce discours de Xi Jinping va se tenir en fin de semaine, la « conférence centrale sur le travail économique ».

Et c’est là, à huis clos, que la suite va se jouer.

La question c’est de savoir si la Chine va engager de nouvelles réformes pour relancer la croissance.  Ce matin, Xi Jinping l’a promis, mais il n’a pas précisé quelles réformes, il est resté flou. Sur le tapis, il y a plusieurs hypothèses :

-         Une plus grande ouverture du marché chinois aux entreprises étrangères ;

-         Un plus grand respect des règles de la propriété intellectuelle ;

-         Une liberté accrue pour les entreprises privées ;

Et de telles évolutions auraient des effets en chaine pour l’économie mondiale.

Mais, il y a un gros « Mais ». Xi Jinping n’engagera pas des réformes économiques qui pourraient entrainer des revendications en termes de liberté publique. Voilà la question centrale posée au pouvoir chinois: évaluer le risque politique de nouvelles réformes économiques.

Parce qu’à Pékin, le contrôle politique passe avant toute autre considération !

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