On en parle peu dans les médias français, mais la tension est très forte depuis jeudi dernier au Cachemire, cette région de l’Inde revendiquée par le Pakistan. On peut se dire que ça fait 70 ans que ça dure sauf que cette fois-ci, c’est peut-être plus inquiétant que d’habitude. C'est "le monde à l'envers".

Un soldat indien fait respecter le couvre-feu au Cachemire après l'attentat
Un soldat indien fait respecter le couvre-feu au Cachemire après l'attentat © AFP / Rakesh BAKSHI / AFP

Cette affaire sent l’escalade à plein nez.

Tout a donc commencé jeudi dernier 14 février : un attentat à la voiture piégée vise un convoi de 78 camions de réservistes paramilitaires indiens à Puwalma, au Cachemire, à l’extrême Nord de l’Inde.

Les explosifs sont puissants. 41 morts. Dans cette région de 13 millions d’habitants, la seule à majorité musulmane dans tout le pays, et qui a déjà connu deux guerres, c’est l’attentat de ce type le plus meurtrier depuis 30 ans.

Dès le lendemain, les rassemblements se multiplient en Inde.

A New Delhi, la capitale, les manifestants brûlent des effigies des dirigeants pakistanais. Dans les clubs de cricket, on retire les photos du premier ministre pakistanais, ancienne star de ce sport majeur dans les deux pays.

Il faut dire qu’entre temps, l’attentat a été revendiqué par le groupe islamiste Jaish e Mohammad (L’armée de Mahomet), dont le chef Masood Azhar circule librement au Pakistan.

Et le premier ministre indien annonce : « Nous allons faire payer le prix fort, nos forces armées ont toute latitude pour définir la riposte ».

La presse indienne ne parle que de ça, les appels à la vengeance se multiplient.

Et ce lundi 18 février au matin, première opération militaire indienne : 9 morts lors d’un raid antiterroriste à l’issue d’une chasse à l’homme non loin du lieu de l’attentat.

Des mesures de rétorsion économiques sont annoncées, mais il faut s’attendre à bien davantage.

La région la plus militarisée au monde

Evidemment, on est en droit de se demander pourquoi ce serait plus dangereux cette fois-ci que les dizaines de fois précédentes où la tension est montée au Cachemire.

Il y a des tas de raisons. La première, c’est le bilan très élevé de l’attentat. Et le fait que depuis deux ans, les escarmouches se multiplient avec des centaines de violation du cessez-le-feu à la frontière. L’an dernier, les accrochages ont fait plus de 500 morts, un record depuis 10 ans.

La deuxième raison, c’est le contexte électoral. L’Inde s’apprête à voter. Ce sera en avril-mai.

Et le parti au pouvoir, le BJP de Narendra Modi, a besoin d’apparaître fort, d’autant que son grand rival, le Parti du Congrès de la famille Gandhi, semble en plein renouveau.

Troisième raison : le nationalisme hindou va croissant ces derniers mois, alimenté par le pouvoir.

Ajoutons, pour faire bonne mesure, que les deux armées totalisent près de 700.000 soldats, oui j’ai bien dit 700.000, le long de cette frontière de 800 kms. C’est la zone la plus militarisée au monde. 

Et par-dessus le marché, rappelons que les deux pays possèdent l’arme nucléaire et que le Pakistan s’est régulièrement déclaré prêt à l’utiliser.

Enfin, il y a le contexte international avec son climat de guerre froide. Un conflit par procuration entre Washington et Pékin ne peut être exclu. Et pour faire vite, Pékin soutient le Pakistan tandis que Washington soutient l’Inde.

Répétons-le : il y a un vrai risque d’engrenage et ça ne sent pas bon.

Un intermédiaire de paix nommé MBS

Et au milieu de tout ça, il y a un émissaire de paix assez inattendu, c'est le moins qu'on puisse dire: le prince saoudien MBS !

On parle bien du MBS fortement soupçonné d’avoir fait assassiner le journaliste Jamal Khashoggi, le MBS en grande partie discrédité en Occident.

Et bien le prince saoudien, hasard du calendrier, est au Pakistan depuis hier. Et il sera en Inde demain. 

Dans les deux cas, il arrive avec un carnet de chèques bien rempli : signature de contrats à gogo, accords pétroliers, construction d’infrastructures. Il y en aura pour 20 milliards de dollars au Pakistan. Et en Inde, l’Arabie Saoudite est déjà le 4ème partenaire commercial du pays.

L’occasion est belle pour MBS de redorer son blason en jouant les intermédiaires. L’Arabie Saoudite a d’ailleurs appelé ce matin à la désescalade entre les deux pays. 

En plus, après sa visite en Inde demain et après-demain, le prince saoudien se rendra ensuite en Chine, dont le rôle est crucial dans ce dossier.

MBS est donc peut-être en train d’endosser un rôle improbable de courtier de la paix dans cette affaire.

Mais ce n’est pas pour autant qu’il va obtenir des résultats.

Il ne se passera sans doute rien tant qu’il sera dans la région, ni l’Inde ni le Pakistan ne veulent se brouiller avec lui.

Mais une fois qu’il aura tourné le dos, on pourrait entrer en terre inconnue.

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