En Israël, après les élections, la situation politique est incertaine, et Benjamin Netanyahu est en situation périlleuse. Mais pendant qu’on regarde ce paysage complexe, on en oublie totalement les Territoires Palestiniens. D'où cette question simple: ils ne votent pas les Palestiniens ? C'est le "monde à l'envers".

Incidents le 13 septembre dernier près de Ramallah entre civils palestiniens et soldats israéliens
Incidents le 13 septembre dernier près de Ramallah entre civils palestiniens et soldats israéliens © AFP / ABBAS MOMANI / AFP

Cette question, c’est un peu le fantôme dans le placard. Le sujet palestinien : oublié, devenu invisible tellement il a été relégué à l’arrière-plan.

Et pourtant, si on réfléchit deux secondes, quel contraste, ça saute aux yeux. Depuis 2006, Israël a connu 6 élections : avec une offre politique dont chacun pense ce qu’il veut, mais le moins qu’on puisse dire est qu’elle est variée… 9 partis représentés au Parlement à l’issue du scrutin d’hier.

Et pendant ces mêmes 13 années, depuis 2006, les territoires Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, juste à côté, ont connu… zéro élection ! Vu la pyramide des âges chez les 5 millions de Palestiniens, ça veut dire que plus du tiers du corps électoral en âge de voter n’a jamais voté. Tous ceux qui ont entre 18 et 30 ans.

Alors évidemment, on peut rétorquer que ce sont les deux faces d’une même pièce, que la Palestine est à l’arrêt parce qu’Israël l’a décidé. 

C’est en partie vrai. Je m’explique.

-         D’une part, les coalitions de droite dirigées ces dernières années par Netanyahu refusent obstinément que les Palestiniens de Jérusalem Est puissent voter, et c’est un facteur bloquant pour le scrutin.

-         D’autre part, l’impasse politique palestinienne arrange Netanyahu qui peut ainsi invoquer l’absence d’interlocuteur légitime pour toute discussion de paix.

Ajoutons que la position américaine d’arrêt de l’aide financière aux Palestiniens ne facilite pas l’organisation du vote.

Corruption et chasse gardée

Tout cela est vrai, mais ça n’explique pas tout. Il y a aussi une responsabilité palestinienne et elle est forte.

Il y a d’abord cette incapacité des frères ennemis du Hamas et du Fatah à trouver un terrain d’entente. Les premiers contrôlent Gaza, les seconds la Cisjordanie. Et ils se renvoient, comme une patate chaude, la responsabilité mutuelle de l’absence d’élections. Résultat : des législatives ont régulièrement été promises ces dernières années, en 2014, en 2018, cette année encore. Mais rien ne vient.

Et dans chaque camp, la répression s’accentue contre les opposants de l’autre camp : arrestations, tortures, selon un rapport de Human Rights Watch de l’an dernier. La scission entre Gaza et la Cisjordanie est devenu l’alibi pour ne pas organiser d’élections.

Ça va plus loin. De chaque côté, le pouvoir s’est désormais concentré dans les mains de quelques-uns.

Prenons la Cisjordanie : le Parlement ne siège plus, c’est donc le gouvernement qui décide de tout, par décrets. Et pendant que la crise économique s’accentue (la banqueroute n’est pas loin), les dirigeants palestiniens n’oublient pas de se servir. Voitures de luxe, évasion fiscale, emplois fictifs, augmentation de salaire pour les ministres (il y a 2 ans). Les caisses sont vides mais pas pour tout le monde.

On comprend que les caciques du régime n’aient pas envie d’élections. Vu l’âge du corps électoral palestinien, le risque serait réel de voir un coup de balai, avec l’émergence de nouvelles figures inattendues.

Donc le Hamas comme le Fatah préfèrent de beaucoup s’organiser sans élections.

La poussée des Arabes israéliens 

Ça alimente aussi cette idée récurrente sur les difficultés de la démocratie à s’imposer dans le monde arabe et c’est assez paradoxal.

Pourquoi ? N’ayons pas la mémoire courte. En fait, on pourrait presque dire que les Palestiniens ont été les précurseurs de la démocratie dans le monde arabe.

En 2005 et 2006, bien avant les soulèvements que l’on sait, ils ont voté. Plutôt librement. Présidentielle, municipales, législatives. Un laboratoire, avant tout le monde. Et puis tout s’est enlisé. Ça fait donc 13 ans.

Il n’y a donc rien d’incompatible entre la démocratie et les aspirations de ces populations arabes. 

Vous voulez une autre preuve ? Alors j’en reviens aux résultats des élections israéliennes. Regardons quel est le parti à avoir le plus progressé lors du scrutin d’hier ? Et bien c’est le bloc arabe, désormais 3ème force politique d’Israël avec 13 députés.

Et de qui parlons-nous ? Des électeurs Palestiniens ! D’une mobilisation électorale des Palestiniens. Ces électeurs sont les populations arabes qui sont restés en Israël en 1948, ou les habitants arabes de Jérusalem Est qui ont, discrètement, choisi la nationalité israélienne. Aujourd’hui, ces Palestiniens d’origine constituent 1/5ème de la population israélienne.

Et parfois, ils ne sont distants que d’une dizaine de mètres de leurs voisins palestiniens de Cisjordanie. Parfois, ce sont les membres d’une même famille. Les uns votent dans l’effervescence démocratique. Les autres, la porte à côté, n’ont pas voix au chapitre.

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