A un mois de la date officielle du Brexit, à trois mois d’élections européennes qui pourraient créer un Parlement politiquement éclaté, l’Europe s’interroge sur ses divisions. Et de l'autre côté du miroir, plusieurs leaders étrangers se frottent les mains devant ces divisions. C'est "le monde à l'envers".

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu recevant ce 19 février lson homologue hongrois Viktor Orban
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu recevant ce 19 février lson homologue hongrois Viktor Orban © AFP / Ariel Schalit / POOL / AFP

On peut y voir un simple hasard du calendrier, mais c’est bien davantage. 

En l’espace de 48h entre aujourd’hui et demain, plusieurs dirigeants étrangers (Trump, Netanyahu, Poutine) essaient de gratter là où ça fait mal, là où les Européens ne s’entendent plus entre eux.

Commençons par Donald Trump. Demain à Washington, il accueillera Sebastian Kurz. 

Le jeune chancelier autrichien arrive aux Etats-Unis dès ce soir et il commencera par un entretien avec le patron de la diplomatie Mike Pompeo.

Kurz est bien reçu parce qu’il a beaucoup pour plaire à Trump :

-         Son gouvernement d’alliance droite / extrême droite ;

-         Sa politique anti immigration ;

-         Et ses prises de position relativement favorables à la diplomatie américaine, sur la Corée du Nord ou sur l’OTAN.

Trump voit en Kurz une préfiguration de l’Europe de demain. Par opposition à celle d’hier, celle de l’axe franco-allemand qui refuse de l’écouter sur l’Iran ou sur la défense.

Le président américain a déjà tâté le terrain : son ancien conseiller Steve Bannon, on le sait, a joué les éclaireurs ces derniers mois pour essayer de coordonner les forces de droite radicale populiste en Europe.

Trump mise sur des hommes comme Kurz. Il y voit un placement d’avenir.

Le pari osé de Netanyahu

Le deuxième exemple, c’est Netanyahu, avec une tentative en partie avortée, mais révélatrice.

Le premier ministre israélien espérait réunir aujourd’hui à Jérusalem tous les membres du groupe de Visegrad, autrement dit la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie. Tous membres de l’Union Européenne.

Le projet a déraillé sur la fin, parce que la Pologne a claqué la porte, après des propos du nouveau ministre israélien des affaires étrangères sur l’antisémitisme des Polonais. Mais les trois autres dirigeants sont quand même venus pour des entretiens bilatéraux.

Et ce qui compte dans cette histoire, c’est le fait même que Benjamin Netanyahu ait pris cette initiative.

De nombreux Israéliens ne comprennent pas cette main tendue aux droites nationalistes européennes, qui dans certains cas comme la Hongrie ont de forts penchants antisémites.

Mais ça n’arrête pas Netanyahu, pour trois raisons.

La première c’est que le premier ministre israélien est en campagne. Les élections en Israël sont prévues le 9 avril et il cherche des coups diplomatiques.

La deuxième c’est sa proximité idéologique avec les gouvernements de ces pays sur les questions d’identité nationale et d’immigration.

Enfin la troisième, c’est qu’il essaie méthodiquement de créer des divisions en Europe sur le conflit israélo-palestinien. Pour mettre fin au soutien traditionnel de l’Union à la solution des « deux Etats ». 

Comme Trump, Netanyahu fait donc un placement sur l’avenir, il mise sur ces pays de Visegrad comme sur un cheval de Troie.

Poutine mise sur Salvini

Enfin il y a Poutine. Là aussi, coïncidence du calendrier : il s’exprimera demain. C’est son grand discours annuel.

Et il faudra, là aussi, surveiller les appels du pied à certains dirigeants européens.

Les Russes sont ravis de la brouille entre Washington et les Européens, en particulier sur la question de l’OTAN !

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov ne s’en est même pas caché lors de la conférence sur la sécurité à Munich le week-end dernier. 

Il est enchanté de l’état de la relation transatlantique, je cite : « Nous voyons de nouvelles fissures apparaître et d’anciennes fissures se creuser ». Joie et bonheur à Moscou.

La Russie vise une levée des sanctions européennes sur l’Ukraine et elle mise en particulier sur Matteo Salvini.

L’actuel ministre de l’Intérieur italien espère sortir des élections européennes avec un rôle pivot après la poussée annoncée de la droite radicale. Pour Moscou, c’est donc le bon cheval.

On se résume : Trump, Netanyahu, Poutine, voilà au moins trois fées penchées sur les divisions européennes avec convoitise. On pourrait ajouter le chinois Xi Jinping qui voit dans l’Europe du Sud (la Grèce, le Portugal) une porte d’entrée commerciale.

Bref autant de « génies » qui ne sont pas animés des meilleures intentions : ils parient sur une Europe divisée et recomposée après les élections de fin mai.

L’Union Européenne pourra-t-elle résister ? Ce n’est pas gagné !

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