Paris et Berlin ont donc décidé de se mettre d’accord. A 8 jours du sommet européen de fin juin, Emmanuel Macron et Angela Merkel, réunis à Meseberg en Allemagne, ont déjà fait plusieurs annonces sur les migrants et la zone euro. Mais le vrai sujet est peut-être ailleurs: la Défense. C'est le "monde à l'envers".

Le char allemand Leopard 2 A7 lors du dernier salon de l'armement Eurosatory
Le char allemand Leopard 2 A7 lors du dernier salon de l'armement Eurosatory © AFP / ERIC PIERMONT / AFP

Et si pour une fois on prenait ce que nous disent les politiques au 1er degré ?!! Par quel sujet Emmanuel Macron et Angela Merkel ont-ils débuté leur conférence de presse il y a 2 h ?

Par l’annonce sur le budget de la zone Euro ? Par le contrôle aux frontières pour lutter contre l’immigration illégale ? Pas du tout !!

L’un comme l’autre ont donné la priorité aux questions de sécurité et de Défense. D’abord en confirmant le lancement de deux projets opérationnels majeurs. Deux projets franco-allemands.

Primo, le « char du futur ». Nom de code : Main Ground Combat System.

Et là, on marque une pause : nous parlons bien d’un « char franco-allemand » !

Mesurons bien le poids symbolique d’une telle initiative entre deux pays qui se sont tant faits la guerre…

Cette idée, plusieurs fois évoquée mais jamais mise en œuvre, va enfin voir le jour. 

Le pilotage du projet est confié à l’Allemagne, Objectif 2035 pour trouver le successeur des Leclerc et des Leopard.

Deuxième projet : les avions. Nom de code SCAF, pour Système de combat aérien du futur. 

Il s’agit de développer aussi bien des drones (en particulier de longue endurance) que des avions avec pilote, héritiers des Rafale et des Eurofighter.

Le projet sera coordonné par la France, à la fois par Dassault et Airbus. Là encore objectif 2035.

Paris et Berlin prennent donc l’initiative pour garantir l’autonomie en matériel de leurs armées et aussi d’autres armées européennes, par le biais de financements Bruxellois.

C’est tout sauf anecdotique.

Une initiative en dehors de l'Union Européenne

La Défense, ce n’est pas seulement du matériel, c’est aussi une capacité opérationnelle sur le terrain, et là aussi il se passe quelque chose.

Là encore, confirmation cet après-midi par la voix des deux dirigeants : la semaine prochaine sera officiellement lancée l’IEI. Ça veut dire « Initiative Européenne d’intervention ».

L’idée avait été lancée par le président français en septembre dernier.  Angela Merkel embraye.

De quoi s’agit-il ?

De coordonner l’action de 10 armées de 10 pays européens : outre la France et l’Allemagne, la Grande-Bretagne a déjà donné son accord. C’est majeur, vu la capacité britannique en matière de défense.

L’Espagne, le Portugal, la Belgique ou le Danemark devraient également en être.

Coordination des entrainements, planification commune des opérations, capacité à intervenir ensemble rapidement sur un même théâtre extérieur, par exemple le Sahel… C’est une petite révolution.

D’autant plus que cette initiative se fait en dehors de l’Union Européenne ! C’est d’ailleurs ce qui permet l’adhésion de Londres, malgré le Brexit.

En d’autres termes, ça s’appelle une initiative politique pour dépasser les lourdeurs de l’Union Européenne et aller plus vite !

Une question vitale face au désengagement américain

Problème: ce réveil d’une sorte d’Europe de la Défense arrive peut-être un peu tard.

Car il y a le feu au lac !

Pourquoi ? Parce que le « grand protecteur américain » menace de plier bagages.

Donald Trump le répète à longueur de tweets : la contribution américaine à l’OTAN est trop élevée, et la contribution européenne trop faible.

A l’Elysée, on reconnait être préoccupé par cette petite musique qui monte à Washington.

Il suffit de regarder les précédents : sur le climat, sur l’Iran, sur le commerce, à chaque fois Trump a commencé par menacer et ensuite boum, action !

Donc, de là à voir les Etats-Unis se désengager partiellement de l’OTAN, il n’y a pas des kilomètres !

Conclusion : il y a urgence pour l’Europe à assurer sa sécurité de façon autonome. 

Parce que si Washington se désengage, cela laissera le champ libre à d’autres acteurs, suivez mon regard : Moscou, Pékin.

C’est donc une question vitale de sécurité. 

C’est aussi une question stratégique pour exister sur l’échiquier international en pleine recomposition.

Angela Merkel l’avait dit après le fiasco du G7, elle l’a répété cet après-midi : « L’Europe doit devenir une puissance avec une culture stratégique ».

Là encore, ne sous estimons pas ce qui se passe : pour l’Allemagne, et donc pour l’Europe, c’est un grand bouleversement idéologique 

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