Depuis deux mois, Huawei, est sur la sellette, soupçonné d’espionnage au profit de Pékin. Washington cherche à déstabiliser le géant chinois. Mais il est peut-être déjà trop tard : Huawei a déjà gagné la bataille technologique, comme en témoigne l'ouverture du marché 5G en Allemagne. C’est "le monde à l'envers".

Au récent salon de la téléphonie mobile à Barcelone, une affiche vantant la 5G
Au récent salon de la téléphonie mobile à Barcelone, une affiche vantant la 5G © AFP / Josep LAGO / AFP

La première scène est passée relativement inaperçue. C’était ce 19 mars au matin en Allemagne : nos voisins ont officiellement ouvert les enchères pour l’attribution des chantiers du futur réseau numérique ultra rapide 5G.

Et les équipementiers chinois, ZTE et Huawei, n’ont fait l’objet d’aucun veto de principe : les opérateurs téléphoniques en lice, comme Vodafone ou Deutsche Telekom, pourront faire appel à eux.

Vous allez me dire : et alors ? Et bien c’est en soi une victoire de taille pour Huawei.

Pourquoi ? Parce que les Etats-Unis ont exercé une pression considérable sur Berlin afin de barrer les entreprises chinoises. Au motif que Huawei en particulier est soupçonné par Washington de pouvoir utiliser le réseau 5G à des fins d’espionnage pour le pouvoir chinois.

Washington menace même de cesser tout échange d’informations militaires avec l’armée allemande.

Et bien ça n’a pas changé grand-chose : Huawei reste en course. C’est révélateur : l’entreprise chinoise est devenue incontournable.

Un essor économique inexorable

C’est une question de taille, de puissance économique. Malgré les mesures de rétorsion qui affectent les ventes aux Etats-Unis et en Australie, l’entreprise se porte comme un charme : en janvier et février, elle affiche des ventes en hausse de 36% par rapport à la même période l’an passé.

Prévisions pour l’année 2019 : + 15%. Avec près de 110 milliards de chiffre d’affaires et 190.000 salariés.

Sur le marché de la téléphonie, Huawei est en passe de doubler Apple pour devenir le numéro 2 mondial derrière Samsung. Sur le marché des infrastructures (les antennes, les équipements réseaux), le géant chinois est déjà le leader mondial.

Présent dans 170 pays. En plein essor en Europe, où la firme s’apprête à ouvrir 15 boutiques et 23 centres de service.

Déjà maître du jeu dans une grande partie de l’Asie et plus encore en Afrique, où Huawei a déployé 70% du réseau 4G.

En moins de 30 ans, le modeste sous-traitant chinois est devenu un leader mondial.  Et il regarde encore plus loin.

Les maîtres de l'infrastructure 5G

Ils ont plusieurs coups d’avance !

C’est l’autre information de ce 19 mars, passée elle aussi relativement inaperçue. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle a publié son rapport annuel sur le nombre de brevets technologiques déposés dans le monde.

La Chine talonne désormais les Etats-Unis. Et surtout quelle est l’entreprise, au monde, qui dépose le plus de brevets ?

Bingo ! Huawei ! Dans les grandes largeurs : 5300 licences requises l’an dernier, c’est 2 fois plus que l’entreprise suivante au classement, le japonais Mitsubishi.

Autrement dit, le laboratoire mondial de l’innovation, c’est Huawei. Budget de recherche pour les cinq années à venir : 100 milliards de dollars, colossal !

Concrètement, ça veut dire plusieurs choses :

1.     Huawei a déjà déployé une grande partie du réseau d’antennes pour la 5G en Europe. Y renoncer couterait  une fortune aux opérateurs téléphoniques.

2.     Le géant chinois vient de dévoiler, la semaine dernière, avoir développé son propre système d’exploitation au cas où Washington l’empêcherait d’utiliser les licences américaines comme Android.

3.     La firme installe ses propres câbles sous-marins pour déployer son réseau : 90 projets au total un peu partout sur la planète.

Donc oui c’est déjà trop tard, Huawei c’est déjà plus fort que toi !

Des garde-fous indispensables

Il ne faut pas pour autant se résigner et baisser les bras. 

Il ne faut évidemment pas être naïf sur l’existence, derrière cette entreprise, d’arrière-pensées du pouvoir chinois sur un éventuel contrôle de nos communications.

Pour autant il ne faut pas être naïf non plus sur les arrière-pensées de Washington de l’autre côté, qui ne se prive pas non plus d’espionner nos communications quand bon lui semble.

Alors que reste-t-il à l’Europe ? Il est trop tard pour concurrencer Huawei. 

Mais pas trop tard pour installer des garde-fous : imposer des tests pour vérifier le matériel, ratifier des clauses de non espionnage, faire changer certaines installations, exiger les codes sources numériques, etc.

L’Europe peut l’obtenir, à condition d’être unie sur le sujet. Le problème c’est qu l’unité en ce moment en Europe, c’est pas gagné !

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.