Nouveau coup de théâtre dans le dossier nord-coréen avec plusieurs annonces de Kim Jong Un lors de la visite de son homologue sud-coréen Moon Jae In. En quelques mois, c’est à peine si la Corée du Nord n’est pas devenue la gentille dans cette histoire… Incroyable renversement des rôles, c’est "le monde à l'envers".

Les deux leaders coréens saluant la foule à Pyong Yang
Les deux leaders coréens saluant la foule à Pyong Yang © AFP / PYONG YANG PRESS CORPS / AFP

Regardez cette photo, prise hier à Pyong Yang, la capitale nord-coréenne.

Elle est à peine croyable : les deux présidents coréens en voiture toit ouvert, saluant la foule, heureux, presque hilares. Et le plus jovial des deux, sur l’image, c’est sans doute le Nord-Coréen Kim Jong Un. Il est mort de rire !

Mais oui nous parlons bien de Kim Jong Un.

Vous savez le gars considéré il y a quelques mois comme LA menace, presque l’ennemi public numéro 1, le tyran qui a fait éliminer une partie de sa famille, qui dirige le pays le plus fermé de la planète, et qui fait des essais de missiles nucléaires à tire larigot !

C’est bien le même : aujourd’hui, c’est tout juste s’il n’est pas en train de devenir un chic type à la mode, avec ses cheveux lissés en arrière, son costume improbable, et surtout ses coups politiques.

Kim Jong Un donc vient de multiplier les gestes d’ouverture à l’occasion de la venue du voisin sud-coréen, la première depuis 11 ans :

-          Promesse d’une visite à Séoul, sans précédent ;

-          Hypothèse d’une candidature commune des deux Corées pour les JO de 2032 ;

-          Et surtout : annonce de l’arrêt du site de missiles de Tonchang Ni, proposition du contrôle de son démantèlement par des inspecteurs internationaux, voire fermeture du site nucléaire d’enrichissement de l’uranium à Yong Byon.

On en oublierait presque que Kim Jong Un est assis sur un arsenal nucléaire estimé à plusieurs dizaines d’ogives de 20 kilotonnes chacune… Dans cette partie d’échecs géopolitique, il manœuvre avec habileté. Du coup il est quasiment devenu « le gentil ».

Washington a le mauvais rôle

Et en face, Washington est pris au piège. 

Les Etats-Unis sont presque en train de passer pour les méchants : ceux qui ralentissent le processus de paix entre les deux Corées.

Reprenons le fil des derniers mois : en juin, il y a donc cette rencontre Kim-Trump à Singapour, qui contribue à fortement légitimer le dirigeant nord-coréen.

Et ensuite rien ne suit. La CIA, le Pentagone, le Département d’Etat bloquent les négociations au motif que la Corée du Nord n’offre rien en termes de dénucléarisation, même pas la liste détaillée de ses stocks d’ogives et de missiles.

La visite à Pyong Yang du chef de la diplomatie Mike Pompeo est annulée fin août. C’est l’impasse.

C’est en réalité la conséquence d’une erreur de Trump. 

A Singapour il accepté que la dénucléarisation soit uniquement le 3ème point de l’agenda, derrière la normalisation des relations bilatérales et l’établissement de la paix.

Entendons-nous bien : la diplomatie américaine a raison de réclamer l’inventaire complet des capacités nucléaires de la Corée du Nord. Parce que la menace est là et que Kim Jong Un est soupçonné d’en dissimuler l’ampleur.

Mais désormais, si les Etats-Unis se fâchent, ils apparaîtront comme les empêcheurs de paix, cette paix attendue depuis plus de 60 ans dans la région.

Donc oui, ils ont été pris de vitesse par Kim, et ils ont perdu la première partie.

Des incertitudes en pagaille

Cela dit, le match ne fait que commencer. Et il y a beaucoup d’incertitudes sur la suite.

Côté américain d’abord : 

-          Les humeurs de Trump sont imprévisibles ;

-          Son impatience risque d’être incompatible avec la lenteur d’une négociation sur un processus de désarmement ;

-          Et ses divergences avec sa propre administration sont importantes.

Côté nord-coréen ensuite :

-          Le pouvoir de Pyong Yang est expert dans l’art d’alterner le chaud et le froid ;

-          Les soucis de traduction du nord-coréen dans la négociation ne sont pas un obstacle anecdotique ;

-          Et surtout, ne perdons pas de vue le sujet de fond : la taille du baril de poudre dans la péninsule. C’est dangereux par définition.

Ajoutons les autres acteurs :

-          La Corée du Sud, qui va tout faire pour décrocher un traité de paix ;

-          Et la Chine qui, à l’inverse, se méfie d’une Corée un jour réunie.

En tous cas il n’y a aucune date officielle de reprise de discussion entre Washington et Pyong Yang, et encore moins un menu précis de négociations.

Ca bougera la semaine prochaine peut-être au moment de l’Assemblée générale de l’ONU. Mais jusqu’à présent, la « gentille » Corée du Nord mène aux points.

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