La Coupe du Monde de rugby débute au Japon, avec le match Japon – Russie. La France entrera en lice ensuite contre l’Argentine. Mais la forte couverture médiatique qui s’annonce ne doit pas cacher l’essentiel : le rugby a beau se revendiquer « mondial », il en est encore loin. C’est le « monde à l'envers".

Les joueurs japonais à l'entrainement
Les joueurs japonais à l'entrainement © AFP / Koji Ito / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

La devanture est séduisante. Mais en magasin, les rayons ne sont pas très fournis.

Commençons par les apparences. La Fédération internationale a pris grand soin de se rebaptiser World Rugby, ça en jette. Pour la première fois, la compétition a lieu en Asie, le symbole est fort. Et c’est vrai, le rugby est en essor au Japon, désormais 9ème pays au monde par le nombre de licenciés. 

Qui plus est, il y a de grands projets de développement du rugby en Chine, à partir de l’an prochain, avec le soutien du géant du commerce en ligne, Alibaba. Et puis dans les 20 équipes qualifiées pour la compétition, il y a quelques petits pays comme la Namibie ou l’Uruguay. 

Si j’étais le chargé de communication de World Rugby, j’ajouterais que la pratique est en essor chez les femmes : le nombre de pratiquantes est estimé à plus de 2 millions dans le monde. Et le rugby à 7, plus facile à comprendre pour un néophyte, a fait son apparition aux Jeux Olympiques il y a 3 ans ; là aussi, ça a permis au ballon ovale de conquérir de nouvelles terres, comme les Pays-Bas ou la Suède.

Ajoutons l’engouement médiatique dans certains pays comme la France, et on peut avoir l’illusion d’un phénomène mondial. Quel essai magnifique. Mais ne tombons pas dans le panneau, c’est une illusion. Essai non transformé.

Une élite qui tourne en rond

Sans être un sport mineur, le rugby n'est en tous cas pas un sport majeur au niveau mondial. Vous vous souvenez peut-être de cette pub pour un soda : il a le goût de l’alcool, il a l’apparence de l’alcool, mais ce n’est pas de l’alcool. C’est un peu pareil.

Examinons quelques chiffres. Le premier, c’est le nombre de fédérations nationales membres de World Rugby : officiellement 105. Ça fait chic.

Sauf que, pour les autres grands sports de ballon, le football, le basket-ball, le volley-ball, c’est le double : 210 / 220.

En plus, ces dernières années, ça stagne : seulement deux nouveaux adhérents entre 2012 et 2018. Et puis surtout, derrière ce joli chiffre de 105 fédérations, beaucoup ne possèdent qu’une poignée de pratiquants.

En fait, si on met le Japon à part, il n’y a pas vraiment de nouveau venu dans l’élite. On tourne en rond. 

Si on grossit encore la loupe, seulement 4 nations ont remporté la Coupe du Monde : Nouvelle Zélande, Afrique du Sud, Australie, Angleterre. C’est comme si le Mondial de foot n’avait jamais été remporté que, mettons, par le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay.

En fait, le rugby reste une affaire britannique : une création britannique, diffusée dans le Commonwealth britannique, imaginé au départ comme un vecteur de diffusion des valeurs de l’Empire britannique.

Et ça n’a pas tellement changé. Même en Argentine, où les Anglais ne sont pourtant pas très appréciés, le rugby est arrivé, je vous le donne en mille, par les Britanniques.

Ajoutons que même dans les pays où il est pratiqué, le rugby ne l’est pas de façon homogène dans la population : 

-         En Angleterre, c’est plutôt un sport de l’élite universitaire.

-         En France c’est d’abord un sport du grand Sud-Ouest.

-         En Afrique du Sud c’est d’abord le sport des blancs (même si ça a évolué ces dernières années).

Les riches privilégiés

On assiste tout de même à une mondialisation économique du rugby: professionnalisation des joueurs, projet de grande ligue mondiale des clubs, bénéfices importants lors de la dernière Coupe du Monde il y a 4 ans.

Mais là encore, il y a des bémols, au moins deux.

Le premier, c’est qu’on est en présence d’une mondialisation libérale, qui profite d’abord aux riches.

Par exemple, il y a 4 ans, les bénéfices nets de l’épreuve ont été, pour plus de la moitié, automatiquement reversés aux 10 premiers du classement mondial. Tranquille.

D’ailleurs, le système de qualification pour la Coupe du Monde vaut son pesant de cacahuètes : les 12 meilleures nations mondiales sont automatiquement qualifiées.  Il ne reste que 8 places à se partager pour tout le reste de la planète. Aucun sport collectif majeur ne pratique ainsi.

La gestion de World Rugby n’est pas vraiment un modèle de démocratie et d’équité : dans la prise de décision, les petits pays comptent grosso modo pour des prunes.

Le second bémol, c’est là encore le volume global du business. On reste loin des sommes générées par le football ou le basket.

Prenons par exemple les recettes dérivées de la Coupe du Monde, droits télé, sponsoring. Un peu moins d’un milliard de dollars. 6 fois moins que le Mondial de foot. Et zéro patate en Chine ou en Inde.

En fait, pour donner une comparaison, le rugby, au niveau mondial, joue plutôt dans la même division que le cricket

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