Une nouvelle fois, Donald Trump secoue le cocotier géopolitique. Il a donc annoncé le retrait des troupes américaines de Syrie. Une annonce qui a déclenché une tempête de réactions de surprise et d’inquiétude en Occident. Mais on peut aussi soutenir que cette décision est cohérente. C'est "le monde à l'envers".

Donald Trump lors d'un déplacement cette semaine avant l'annonce du retrait de Syrie
Donald Trump lors d'un déplacement cette semaine avant l'annonce du retrait de Syrie © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Bien sûr qu’il est cohérent ! 

A chaque fois qu’il sort un tweet iconoclaste, tout le monde ou presque se dit stupéfait et pousse des cris d’orfraie.

Alors que franchement, il n’y a plus matière à s’étonner.

Ni de la forme, on sait qu’il annonce ses décisions politiques par des tweets le matin au saut du lit.

Ni du fond : Trump fait uniquement ce qu’il dit. En l’occurrence, il a toujours dit depuis deux ans qu’il allait retirer les soldats américains de Syrie (il en reste 2000).

C’est une promesse de campagne, et pour lui c’est un argument qui écrase tous les autres : il veut pouvoir dire à son électorat « j’ai tenu parole ». Même si tous ses conseillers poussent en sens inverse.

Il avait d’ailleurs failli annoncer ce retrait de Syrie en avril dernier, et à l’époque, Emmanuel Macron s’était même flatté publiquement de l’avoir fait renoncer.

Alors ne faisons pas semblant que ce soit une surprise.

Quant à son argumentaire pour justifier cette décision, il n’a jamais varié non plus.

Il tient en 3 points :

1.     Les Etats-Unis étaient en Syrie pour battre le groupe Etat Islamique, aujourd’hui mission accomplie, en tous cas c’est son avis et là aussi il l’a déjà dit en septembre devant l’ONU.

2.     Nos « gars » seront mieux à la maison, qu’ils rentrent.

3.     On économisera de l’argent qui sera réinvesti dans l’économie américaine, parce que cette guerre coûte un bras aux Etats-Unis. Et c’est vrai : 50 milliards de dollars en 5 ans, 15 milliards prévus l’an prochain.

Trump n’a pas modifié cet argumentaire d’un iota. Et d’ailleurs il en a fait une dizaine de tweets ce matin.

Donc zéro surprise : il est logique avec lui-même.

Une victoire partielle sur le groupe Etat Islamique 

La question suivante, plus importante, c’est : est-ce qu’il a raison ?

Il y a deux questions dans la question : a-t-il raison sur la défaite du groupe Etat Islamique ? Et a-t-il raison en termes de stratégie géopolitique pour la région ? Et dans les deux cas, la réponse est forcément un peu subjective.

D’abord, sur les Islamistes. Trump dit : nous avons gagné. C’est faux. Mais pas totalement faux.

Le groupe Etat Islamique contrôle encore des poches du territoire syrien, essentiellement près de la frontière irakienne. Et il conserve un pouvoir d’attraction idéologique avec un potentiel terroriste en Europe, pas besoin de faire un dessin.

Donc non « le boulot n’est pas fini ».

Mais le président américain n’a pas complètement tort non plus : le territoire contrôlé par les Islamistes s’est quand même réduit comme peau de chagrin. Et surtout, pour combattre leur pouvoir de nuisance en Occident, il n’est pas certain que des troupes en Syrie soient l’option la plus efficace. 

En tous cas, ça peut se discuter.

Le choix de la Turquie

Et sur la stratégie géopolitique, le verdict est encore plus subjectif.

A première vue, en se retirant de Syrie, les Etats-Unis laissent le champ libre à leurs rivaux, la Russie, l’Iran. 

Donc on se dit : mauvais calcul.

Sauf que ce calcul est assumé. Là encore, il suffit de lire Trump dans le texte, ses tweets de ce matin : « Que ces pays se débrouillent avec la Syrie, c’est loin de chez nous, ce n’est pas notre problème ».

Le président américain assume le désengagement : il ne veut plus être le « gendarme du monde », il l’écrit ça aussi ce matin, tel quel. « Ça ne nous rapporte rien », dit-il.

Enfin, il y a une dernière dimension à ce choix de Trump : aider la Turquie.  Ce n’est pas dit publiquement, mais là aussi c’est un choix.

En retirant ses troupes, il laisse le champ libre à une opération militaire turque contre les Kurdes. Pourquoi ?

Et bien peut-être en contrepartie d’un gros contrat de défense : l’achat par la Turquie de missiles américains Patriot pour 3 milliards et demi de dollars, au détriment du matériel russe.

La moralité n'a pas de place

On peut objecter que c’est quand même immoral, Washington lâche les Kurdes et aussi ses alliés Occidentaux présents en Syrie, la France, le Royaume-Uni.

Et oui, c’est immoral. Mais là encore, ne faisons pas mine de découvrir la Lune.

Les relations internationales, c’est immoral. Et Trump est immoral.

Mais on devrait avoir compris maintenant : il n’a que faire de ses alliés européens et ça ne le dérange pas de lâcher les Kurdes qui ont fait le sale boulot contre le groupe Etat Islamique.

Ça ne nous plait pas. Ça nous met dans la mouise en Syrie.

Mais Donald Trump se désintéresse de savoir ce qui nous plait.

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