Les favelas de Rio de Janeiro redoutent une flambée de violence à l'approche des opérations de maintien de l’ordre annoncées par le président brésilien Michel Temer. Par décret, le chef de l'Etat a placé la sécurité de l'agglomération de Rio sous le contrôle de l'armée.

Cette décision, prise vendredi dernier, est une première depuis la fin de la dictature militaire et le retour à la démocratie en 1988. Le gouvernement justifie l'intervention de l'armée par les agressions qui ont émaillé le carnaval de Rio et plus généralement par la lutte contre le crime organisé. Mais la population des favelas craint des exactions de la part des forces de l'ordre.

Cette peur des bavures policières s'exprime dans une vidéo de 3 minutes et demie qui se répand depuis quelques heures sur les réseaux sociaux. Un enregistrement dans lequel 3 jeunes noirs se succèdent face à la caméra pour expliquer à leur communauté la conduite à tenir. Une sorte de guide de survie à l'attention de ceux qui paraîtraient les plus suspects aux yeux des forces de l'ordre.

Au début de cette décennie, à partir de 2011, un cercle vertueux s'est esquissé dans certaines favelas, notamment dans le plus grand bidonville de Rio, celui de Rocinha où vivent plus de 100 000 personnes.

La police a mené des opérations spectaculaires et meurtrières pour en expulser les trafiquants de drogue et reprendre le contrôle du quartier.

Des touristes ont même été incités à s'y rendre. Les autorités de Rio voulaient en faire un modèle de reconquête des zones de non-droit. L'expérience qui semblait bien engagée a finalement tourné court.

La guerre des gangs et le trafic de drogue ont repris le dessus. Ces favelas sont aussi redevenues les bases-arrière des voyous qui ont perturbé le carnaval de Rio.

Pourquoi les autorités brésiliennes en appellent-t-elles à l'armée pour tenter de pacifier la ville ?

Les violences en marge du carnaval n'expliquent pas tout, elles servent même de prétexte pour intervenir.

Car beaucoup d'écoles de samba, la semaine dernière, ont défilé sur des thèmes très politiques pour dénoncer la violence et la corruption, deux fléaux qui exaspèrent les Brésiliens. 

Et la population réclame des résultats

Mais au Brésil, chacun des 26 Etats qui composent le pays est censé assurer sa propre sécurité, souvent sans en avoir les moyens. D'où la demande faite par le gouverneur de Rio d'un recours aux militaires, requête aussitôt acceptée par le président brésilien, Michel Temer. 

Englué dans des soupçons de corruption, le chef de l'Etat tente de satisfaire une opinion à bout de patience.

Quel est l'enjeu de cette carte blanche donnée aux militaires ?

En toile de fond, il y a bien sûr la présidentielle d'octobre prochain. L'actuel président dont la popularité atteint péniblement 5 % espère redresser un peu son image et faire passer ses réformes libérales. Il doit faire face à la poussée de l'extrême-droite mais aussi à gauche au grand retour de l'ancien président Lula, choisi le mois dernier malgré ses ennuis judiciaires comme candidat du parti des travailleurs. 

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