Le thème du climat s’est imposé comme l’un des sujets majeurs des élections européennes. Mais à cinq jours du scrutin, attention : à l’inverse, le climatoscepticisme (la négation de l’urgence climatique) progresse tout autant et devient même un argument de campagne. C'est "le monde à l'envers".

Une affiche "Sauver le diesel" de l'AfD, l'extrême droite allemande, pour les élections européennes
Une affiche "Sauver le diesel" de l'AfD, l'extrême droite allemande, pour les élections européennes © AFP / John MACDOUGALL / AFP

Sur la route de l’Europe, commençons par un petit détour à l’autre bout du monde. En Australie.  Pourquoi ? Parce que l’Australie votait ce week-end et elle a vécu une première mondiale.

D’abord, la campagne électorale a eu pour thème principal la question climatique. Avant l’économie, avant l’immigration, avant la sécurité. C’est sans précédent. 90% des jeunes Australiens réclament des mesures d’urgence pour le climat.

Il faut dire que le pays est aux premières loges : pour la 6ème année consécutive, il vient de vivre un été austral caniculaire où se sont succédés les vagues de sécheresse, les feux de forêt et les inondations brutales.

L'Australie maison témoin de l'urgence climatique et du climatoscepticisme

L’opposition de centre gauche avait donc fait de ce sujet son étendard en proposant un plan massif de développement des énergies renouvelables et une conversion rapide vers la voiture électrique. Tous les sondages donnaient l’opposition favorite.

Sauf qu’ils se sont tous trompés. C’est le premier ministre conservateur sortant Scott Morrison qui s’est imposé. Particularité : c’est un climatosceptique assumé. 

Il est proche des industriels du charbon, il vient d’autoriser l’ouverture de la plus grande mine jamais exploitée. Il n’a aucun problème avec le fait que l’Australie est l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre par nombre d’habitants. Et il a gagné en dénonçant les suppressions d’emplois qu’engendrerait la conversion aux renouvelables.

C’est en cela aussi que c’est une première mondiale : le climatoscepticisme revendiqué peut être un argument électoral payant.

Les affiches "sauvons le diesel" de l'extrême droite allemande

Et il y a un lien avec les élections européennes parce que le même phénomène peut s’y reproduire partiellement. 

Vous allez me dire, mais en Europe, ce qu’on repère sur ce sujet, c’est plutôt la poussée écologiste. Avec le mouvement des Jeunes pour le climat, initié par Greta Thunberg avec une nouvelle manifestation prévue vendredi 24 mai, et les bons scores attendus pour les Verts dans certains pays comme l’Allemagne ou la Belgique.

Sauf que dans le même temps, les climatosceptiques poussent aussi. Et le fait nouveau, comme en Australie, c’est que ce climatoscepticisme est revendiqué. 

Je ne parle pas là d’un vote discret contre les émissions de CO2, comme celui des députés français du Rassemblement National au Parlement européen. Non, je parle d’un climatoscepticisme brandi ostensiblement comme un thème électoral.  Et c’est désormais le cas de plusieurs partis populistes de droite nationaliste.

Par exemple le UKIP au Royaume-Uni, le Forum pour la démocratie de Thierry Baudet aux Pays-Bas, qui pourrait déboucher en tête là-bas dimanche soir.

Et plus encore l’AfD en Allemagne, qui a carrément diffusé des affiches en faveur du diesel et de la poursuite de l’exploitation du charbon. L’extrême droite allemande y voit un très bon argument de campagne, presque aussi efficace que la question de l’immigration et elle qualifie l’urgence climatique, « d’hystérie ». 

Quitte à nier l’évidence scientifique, mais peu importe : ça paye électoralement.

Les petites gens contre les élites bobos

Ca paye ou ça peut payer électoralement parce que derrière il y a un raisonnement séduisant, un concept simple, en adéquation avec le logiciel des partis qui se revendiquent du populisme.

Quel est ce raisonnement ? C’est que l’écologie est une affaire des élites bobos qui font payer la facture aux petites gens. Exemple type : la hausse du diesel.  

C’est exactement le type de raisonnement déjà conduit par Donald Trump pour dénoncer l’accord de Paris sur le climat ou pour commenter la crise des gilets jaunes en France. 

Même logiciel chez Steve Bannon (dont d’ailleurs soit dit en passant on se demande pourquoi on lui accorde tant d’importance vu qu’il ne représente rien ni personne, mais je m’égare).

Or donc dans ce raisonnement, la lutte contre l’urgence climatique a tous les défauts. Son coût économique est trop élevé, avec le risque de suppressions d’emplois dans toute l’industrie lié aux énergies fossiles. C’est une atteinte aux libertés individuelles : « je veux pouvoir rouler au diesel ou me chauffer au gaz si j’ai envie ». C’est une capitulation géopolitique face au plus gros pollueur, la Chine.

Pour détricoter cet argumentaire, l’écologie se doit encore de faire la démonstration qu’elle fait payer les gros pollueurs plutôt que les petits, le haut de l’échelle plus que le bas. Sinon le climatoscepticisme aura de beaux jours électoraux devant lui.

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