G20 en Argentine aujourd'hui, propositions européennes de taxation des géants du numérique demain, entrée en vigueur des nouvelles taxes douanières américaines possible vendredi, la tension commerciale va croissant. Dans le "Monde à l'envers", question: et si les Européens étaient de mauvaise foi dans ce dossier ?

Donald Trump a annoncé début Mars de nouvelles taxes douanières sur l'acier
Donald Trump a annoncé début Mars de nouvelles taxes douanières sur l'acier © AFP / MANDEL NGAN / AFP

Oh le méchant Donald !

C’est à peu près la position européenne depuis l’annonce par le président américain d’une taxation douanière des importations (25% de taxe pour l’acier, 10% pour l’aluminium).

C’est tout juste si le patron de la Maison Blanche ne mettrait pas en péril l’ensemble de l’économie mondiale… 

Donc je dis « pause », j’aime bien dire « pause »… Et si on arrêtait les effets de manche ? Et si on arrêtait de s’affoler (ou de faire mine de s’affoler) ?

D’abord, l’impact de ces mesures sera faible : l’acier et l’aluminium, ça ne concerne jamais que 2% du commerce mondial…

Impact encore plus faible pour les Européens : quelques centaines de millions d’euros pour la France, un peu plus pour l’Allemagne, mais rien qui modifie structurellement nos équilibres commerciaux.

En plus, l’Union Européenne essaie de négocier une exemption globale de cette taxe, comme l’ont déjà fait le Canada et le Mexique.

Bref, les seuls pays vraiment touchés devraient être… le Brésil et la Corée du Sud.

Et… les Etats-Unis eux-mêmes qui paieront les pots cassés : leurs importations d’acier vont leur coûter plus cher, avec des répercussions sur leurs industries, l’automobile ou l’aéronautique.

Et puis, vous savez quoi ? En fait, ça n’est pas très nouveau… Depuis 40 ans, c’est une vieille rengaine.

Presque tous les présidents américains se sont autorisés leur petit plaisir, leur petite taxation douanière : Reagan avec les machines-outils, Clinton avec les automobiles japonaises, Bush Jr avec, déjà, l’acier. Etc.

Est-ce que ça a déjà déclenché une guerre commerciale généralisée ? Jamais.

Donc, on joue à se faire peur. En tous cas à ce stade. Much ado about nothing, aurait dit Shakespeare. Beaucoup de bruit pour rien.

La curieuse méthode de taxation des GAFA 

En même temps, comme on ne peut pas non plus laisser Donald Trump changer tout seul les règles du commerce international, on fait quoi ? On fait comme lui !

D’abord, on menace les Etats-Unis de représailles du même acabit : si vous taxez notre acier et notre aluminium, nous allons taxer vos jeans, votre beurre de cacahuète, et comble de l’horreur pour vous ma chère Fabienne, vos Harley Davidson !

Et puis surtout, parallèlement, on s’apprête à taxer les géants américains du numérique, entre 3 et 5%. Vous allez me dire « Ça n’a rien à voir, ce n’est pas une taxe douanière, et en plus y’en a marre que les GAFA, Google, Apple, Facebook, Amazon ne paient pas d’impôts en Europe ! ».

Tout cela est vrai sauf qu’il s’agit quand même, là aussi, de protectionnisme.  Il n’est pas commercial, il est fiscal, voilà tout.

Par-dessus le marché, la méthode retenue par la Commission Européenne (elle donnera les détails demain), cette méthode est contestable : elle ne taxe pas les bénéfices, mais le chiffre d’affaires en tant que tel. « Vous avez un gros chiffre d’affaires, c’est que vous faites des gros bénéfices ! »

En l’occurrence, c’est vrai pour les GAFA. Mais ça ne vaut pas pour tout le monde : on peut avoir un gros chiffre d’affaires et ne pas faire de bénéfices.

En fait, les Européens font comme Trump. Leurs décisions sont motivées d’abord par l’électoralisme : satisfaire leur électorat.

Un déficit d'harmonisation fiscale européenne 

Il y a quand même un petit risque dans cet « œil pour œil, dent pour dent »: un risque de cercle vicieux de sanctions en série, qui finiraient par affecter la croissance et l’emploi.

Mais ces guéguerres nous détournent de la vraie question de fond : comment réguler une mondialisation qui est loin de profiter à tout le monde.

Qu’est-ce qu’il y a derrière ces effets de manche ? Il y a plusieurs échecs, en creux :

-         L’incapacité européenne à créer une politique fiscale commune avec une même assiette d’imposition pour les sociétés, les multinationales en particulier,

-         L’incapacité de l’OCDE à trouver un système de fiscalisation spécifique aux entreprises du numérique,

-         L’incapacité de l’Organisation Mondiale du Commerce à imposer des règles de production : dans le cas de l’acier, le problème vient exclusivement de la surproduction chinoise à prix subventionnés (la moitié de la production mondiale), mais personne ne dit rien aux Chinois.

Résultat : en l’absence de règles, le sentiment d’injustice s’accroit dans les électorats sur les inégalités de la répartition. Avec l’effet en chaine : des mesures protectionnistes par mélange de clientélisme et de nationalisme.

Ça continuera tant que la question de fond restera en friche.

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