Le Parti populaire européen, le principal groupe de droite au Parlement, vient de sanctionner la Hongrie et de « suspendre » le Fidesz, le parti de Viktor Orban, après ses dérives extrémistes. Mais cette demi-sanction est une victoire pour Orban. C'est "le monde à l'envers".

Le premier ministre hongrois Viktor Orban à son arrivée à Bruxelles pour la réunion du PPE
Le premier ministre hongrois Viktor Orban à son arrivée à Bruxelles pour la réunion du PPE © AFP / EMMANUEL DUNAND / AFP

C'est une décision mi chèvre mi- chou. Ni oui ni non.

Et elle en dit beaucoup sur l’état de l’Europe, encore plus que la cacophonie consternante du Brexit.

De qui parlons-nous ?

D’un homme qui, comme un enfant, teste chaque jour un peu plus l’autorité de ses parents. Depuis qu’il est au pouvoir, le premier ministre hongrois ne cesse de repousser les limites de la provocation vis-à-vis des Européens. 

Et il y a belle lurette qu’il a dépassé les lignes rouges fondatrices de l’état de droit dans l’Union Européenne.

Il considère que la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire est inefficace. Dans son esprit, le pouvoir décide et tout le monde obtempère. 

La justice est donc mise au pas, la presse est muselée, les ONG sont poursuivies, la corruption règne sur les marchés publics, le népotisme favorise les proches, le tout avec discours anti immigration aux forts relents d’antisémitisme.

Sauf que pendant des mois et des mois, personne n’a rien dit.

Non, ce qui a fait déborder le vase, ce sont des affiches en Hongrie dénonçant la politique européenne sur les migrants, des affichants montrant à la fois le milliardaire américain George Soros et le président de la commission Jean-Claude Juncker, pourtant du même parti qu’Orban. Un comble.

Là, c’en était trop : on ferme les yeux sur l’atteinte aux valeurs démocratiques, mais on ne supporte pas une attaque personnelle. « C’est déloyal ».

Et au bout du compte, ça conduit donc, enfin, à cette demi-sanction, cette suspension du Fidesz pour quelques mois.

Un calcul d'apothicaire 

Alors, c'est vrai, c’est quand même une sanction, et c’est une première ! 190 voix contre 3. C'est net. Et on se dit enfin du courage.

Mais le parti populaire européen ne va pas au bout de sa logique, exclure le Fidesz. Il se donne jusqu'à l'automne pour trancher.

Parce qu’en réalité, le parti de Viktor Orban continue de défier son groupe de rattachement :

-         Le PPE demandait des excuses, Orban les a faites du bout des lèvres, sans prononcer le mot « sorry ». 

-         Le PPE demandait de retirer les affiches avec Juncker, mais elles sont toujours là dans certaines villes hongroises et parfaitement disponibles sur Internet. 

-         Enfin le PPE exigeait le maintien à Budapest de l’Université d’Europe centrale et Orban refuse catégoriquement.

Donc le bras d’honneur du premier ministre hongrois continue. Et en face, le PPE se contente de le « suspendre ».

Pourquoi ? Parce que les dirigeants de la droite européenne font un double calcul tactique.

1.     Le PPE a besoin des voix du Fidesz pour espérer conserver la présidence du Parlement européen après les élections de fin mai : les autres grands partis de centre droit (la CDU en Allemagne, LR en France, Forza Italia en Italie) vont sans doute reculer, il faudra donc compter sur les alliés plus petits. C’est un calcul d’apothicaire cynique et arithmétique.

2.     Plus noble, le calcul stratégique : ne pas exclure le parti hongrois, pour conserver la brebis dans le troupeau, éviter son glissement vers l’extrême droite. Et ne pas risquer une scission entre l’Est et l’Ouest de l’Europe.

La cohérence a disparu 

Le problème c’est que ce double pari de la droite européenne est très hasardeux pour plusieurs raisons. Reprenons.

Sur le calcul d’apothicaire d’abord : rien n’assure qu’après le scrutin de fin mai, le Fidesz restera au sein du PPE. Beaucoup prêtent à Viktor Orban l’intention de claquer la porte après le vote, pour créer un groupe plus radical, autonome, avec la Ligue italienne, le PIS polonais et le FPö autrichien.

Dans ce cas, la droite européenne traditionnelle aurait tout perdu dans l’affaire.

Sur le calcul stratégique ensuite : le PPE n’est pas en train de garder le Fidesz dans son giron idéologique, comme il l’espère. C’est l’inverse qui se produit : un glissement idéologique du PPE vers le Fidesz, ses positions nationalistes et anti-migrants. C’est d’ailleurs le but assumé de Viktor Orban : devenir le nouveau centre de gravité de la droite en Europe.

Enfin, dernier paramètre : en prenant cette demi-décision, entre deux chaises ; le PPE renvoie l’image d’un non choix, d’une absence de cohérence politique, entre ses deux grands courants, la démocratie chrétienne d’un côté, la droite conservatrice et nationaliste de l’autre.

Comme son pendant de gauche, le groupe social-démocrate, le PPE n’a plus de cohérence. Et c’est pour ça que les électeurs boudent de plus en plus ces partis traditionnels de gouvernement.

Donc Viktor Orban aurait tort de se priver. Fort de ses performances électorales dans son pays, il va continuer à défier Bruxelles.

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