Penchons nous sur les conclusions de l’Indice Global du Terrorisme, une enquête annuelle très respectée d’un Institut basé à Sydney. Elle a été publiée ce matin, et elle combat quelques idées reçues sur le sujet. C’est le « Monde à l’envers ».

Reddition de militants du groupe Etat Islamique ces derniers jours à Jalalabad en Afghanistan
Reddition de militants du groupe Etat Islamique ces derniers jours à Jalalabad en Afghanistan © AFP / Wali Sabawoon / Nur Photo

Première conclusion de cette étude : le terrorisme est en reflux. Et pas qu’un peu. Beaucoup. Moins 15% en un an si l’on décompte le nombre de morts provoqués par le terrorisme l’an dernier.

15952 morts au total dans le monde. Dit comme ça, ça reste évidemment un chiffre très élevé. D’autant que le nombre de pays touchés est important : 71 pays avec au moins un mort dans l’année. 170.000 actes terroristes recensés sur la planète, de l’attentat massif au petit incident.

Mais la baisse (moins 15%) n’en est pas moins spectaculaire. Et c’est la 4ème année de baisse consécutive. Cette amélioration s’explique d’abord par les défaites infligées aux Shebab en Somalie et plus encore évidemment au groupe Etat Islamique en Syrie.

Il faut aussi relativiser ce volume global de l’impact du terrorisme, en le comparant à d’autres chiffres.15.900 morts dans le monde, c’est presque deux fois moins que le nombre de morts sur la route rien qu’en Europe.

Et quant à l’impact économique du terrorisme, 33 milliards de dollars, il est dérisoire (moins de 0,01%) comparé au coût de la violence en général (la délinquance, les homicides, les guerres). De ce point de vue et dire cela n’ôte rien au drame vécu par les victimes, de ce point de vue, le terrorisme c’est petit.

L'Europe moins touchée

Vu de France, le terrorisme, c’est Nice, Charlie Hebdo ou le Bataclan, et c’est le groupe Etat Islamique. Et là aussi, c’est une question de point de vue parce que nous ne sommes pas, et de loin, les premières cibles.

95% des actes terroristes se produisent dans des pays en guerre. Au Proche et au Moyen Orient, en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud. Il faut le rappeler : les musulmans sont les premières victimes, et de loin, des radicaux islamistes.

Le pays le plus touché désormais, c’est l’Afghanistan. 7300 morts l’an dernier. 40% du total mondial des victimes Et ça ne cesse d’augmenter. 466 morts rien que lors de l’attaque de la ville de Ghazni. C’est l’incarnation par excellence de l’échec de la politique américaine dans la région, 18 ans après l’intervention contre Al Qasida qui a suivi les attentats du 11 septembre.

Qui arrive ensuite dans ce palmarès de l’horreur ? L’Irak (même si c’est un peu moins pire que l’an dernier), le Nigeria, la Syrie, le Pakistan. Et la dégradation la plus forte en un an ? C’est le Mali, désormais 13ème de cet indice de la terreur. C’est le symbole de l’implantation durable du terrorisme dans la zone SaheL

A l’inverse, la situation en Europe s’améliore. Nettement. Le risque demeure élevé, mais le nombre de victimes de la terreur a baissé de 70% en un an. Le nombre d’attaques ou d’incidents terroristes est au plus bas depuis 2012. Si on met à part le cas de la Turquie, c’est le Royaume-Uni qui est le plus mal classé (28ème, en particulier en raison de l’émergence de la nouvelle IRA en Irlande du Nord). La France est 36ème. 

La forte poussée du terrorisme d'extrême droite

Quant à la nature et à l'identité des terroristes, là aussi, c’est en train d’évoluer. Regardons d’abord les groupes radicaux islamistes les plus significatifs : L’Etat islamique est en recul (4 fois moins de combattants qu’il y a 5 ans).  En revanche, les Talibans n’ont quasiment jamais été aussi meurtriers en Afghanistan. Et en Afrique, en particulier au Nigeria, le groupe Boko Haram demeure puissant.

Ce qui nous conduit à un autre constat : de plus en plus, le terroriste est une terroriste. Le nombre d’attaques imputables à des femmes, même s’il reste minoritaire dans le total, a augmenté de 450% en 5 ans ! Et c’est particulièrement vrai pour Boko Haram, qui radicalise les femmes parce qu’elles sont plus susceptibles d’échapper aux contrôles des forces de sécurité.

Enfin dernier constat : le terrorisme en essor, c’est le terrorisme d’extrême droite. Par rapport au djihadisme islamiste, il demeure marginal : il a tué 79 personnes depuis le début de l’année. Mais c’est lui qui progresse le plus fortement, en particulier dans les démocraties occidentales : on l’a vu à Christchurch en Nouvelle Zélande, ou à Halle en Allemagne. Il vise soit les migrants de confession musulmane, soit la communauté juive.

Et il touche encore plus les Etats-Unis, comme l’a montré la tuerie d’El Paso cet été, 22 morts : selon le rapport, ce terrorisme d’extrême droite est aujourd’hui la principale menace sur le sol américain.

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