Ce soir, c'est Cyril Sauvageot qui assurera la chronique. Angela Merkel a réussi cette semaine à désamorcer une nouvelle crise politique en Allemagne en acceptant le limogeage du chef des renseignements intérieurs, accusé de collusion avec l’extrême-droite. Mais la Chancelière n’est pas tirée d’affaire pour autant !

Chronique présentée ce soir par Cyril Sauvageot

Cette affaire n’a pas fini d’empoisonner la Grande Coalition. D’ailleurs, au moment où l’on se parle, la guéguerre a déjà repris de plus belle à Berlin ! Ce qui pose problème cette fois, c’est le recasage de Hans-Georg Maaßen. Le chef des renseignements a certes été écarté de son poste – c’était devenu inévitable après les révélations en cascade sur ses liens troubles avec l’extrême-droite – mais le puissant ministre de l’intérieur, le bavarois Horst Seehofer (qui l’a toujours soutenu) lui a trouvé une porte de sortie : un poste de secrétaire d’Etat à ses côtés, avec promotion salariale à la clé. Vous conviendrez qu’on a vu pire, comme sanction disciplinaire ! Résultat : les alliés sociaux-démocrates du SPD hurlent au scandale. Ils s’estiment floués, trahis et montrent du doigt devinez qui : Angela Merkel ! La Chancelière a voulu contenter tout le monde, ménager la chèvre et le chou, en prenant l’une de ces demi-décisions dont elle a le secret. Mais il faut se rendre à l’évidence : la « méthode Merkel », ce sens du compromis et de la mesure qui a fait sa force depuis 12 ans, cette méthode ne fait plus guère illusion dans l’Allemagne de 2018. 

Le quatrième mandat d’Angela Merkel ressemble à un interminable calvaire.

Comme disait Woody Allen, « l’éternité c’est long, surtout vers la fin »... C’est un peu le problème avec Angela Merkel, indéboulonnable Chancelière, reconduite pour un quatrième mandat l’an passé, mais qui n’est plus que l’ombre d’elle-même (un peu comme son ancien mentor Helmut Kohl au crépuscule de son règne). Lundi, cela fera un an jour pour jour que la CDU a gagné les législatives. Un an pour quoi faire ? Il a d’abord fallu six mois de tractations pour accoucher aux forceps d’une fragile coalition (avec pendant ce temps une Allemagne aux abonnés absents sur la scène européenne). Et depuis, des crises gouvernementales à répétition, avec toujours comme sujet de discorde la politique migratoire de l’Allemagne. Angela Merkel n’en finit pas de payer sa décision en 2015 de ne pas avoir fermé les portes du pays aux réfugiés. Pendant longtemps, le poids politique, l’autorité naturelle de la Chancelière suffisaient à maintenir la discipline dans son propre camp. Mais les temps ont changé, l’actualité allemande charrie son lot de faits divers et d’affaires criminelles impliquant des demandeurs d’asile. Et face aux critiques, Angela Merkel ne semble plus en mesure de peser, d’arbitrer, de donner le tempo. Réduite à subir, à prendre les coups, elle fait le dos rond, et se fait surtout la plus discrète possible : ce qui n’est jamais bon signe pour un dirigeant !

L’exemple le plus frappant, c’est ce qui s’est passé dernièrement à Chemnitz en ex-Allemagne de l’Est. 

C’était à la fin de l’été… Une flambée de violence raciste dans cette ville du sud Est du pays, après le meurtre d’un Allemand et l’arrestation de suspects immigrés. Défilés néo-nazis, expéditions punitives contre des étrangers… Les images de Chemnitz donnaient froid dans le dos, rappelant les pires heures de l’histoire allemande. Et Angela Merkel dans tout ça ? Certes, la Chancelière a condamné publiquement les violences. Mais pourquoi n’est-elle pas intervenue davantage ? Un déplacement sur place à Chemnitz était prévu, il n’a jamais eu lieu. Un nouvel exemple de l’incapacité de la Chancelière à retrouver le bon tempo. Alors certes, Angela Merkel n’a jamais aimé gouverner sous le coup de l’émotion. Elle n’est pas du genre à se précipiter sur le premier fait divers sous l’œil des caméras. Mais cette distance qui a longtemps fait sa force est aujourd’hui sa faiblesse. Car même en Allemagne – longtemps considérée comme un îlot de stabilité politique en Europe – même en Allemagne le populisme gagne du terrain, le climat se durcit, et c’est à celui qui parle le plus fort. Bref, tout le contraire d’Angela Merkel dont le style et la façon de gouverner semble appartenir à une autre époque ! 

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