Retour sur le drame de la Ghouta, en Syrie. Le pilonnage de cette poche rebelle, près de Damas qui a fait près de 300 morts en trois jours. Le chef de l'ONU appelle à l'arrêt des combats.

Ce qui se passe dans la Ghouta est un drame humain et un désastre moral qui dépasse, et de loin, les frontières de la Syrie.

Depuis sept ans, ce conflit syrien aura entraîné le monde au-delà des ténèbres. Au point qu'on en a aujourd'hui oublié l'origine. Ces gamins de Deraa, emportés par le souffle des printemps arabes, en Tunisie, ou en Egypte, et qui en 2011, écrivent sur un mur, à la sortie de l'école "mort au dictateur". 

Leur corps supplicié, torturé sera rendu à leur parents. C'est cette horreur qui va cristalliser les colères et faire peu à peu entrer la Syrie dans la spirale de la folie meurtrière, la torture, les gaz, les meurtres, la terreur, le djihadisme, la barbarie. 

Nous avons ce sentiment tragique, de révolte mais surtout d'impuissance, d'acceptation devant la répétition des faits, peut-être de la lâcheté.

Comment aurait-on pu empêcher cela ?

On s'est posé la question à chaque fois qu'il y a eu un Verdun, un Auschwitz, Srebenica, Alep, un petit Aylan mort sur une plage. On dit plus jamais cela. On l'a dit après la Première guerre mondiale dont on commémore la fin cette année. Plus de 18 millions de morts.

Pour éviter que cet enfer ne recommence, on a crée la société des Nations. Un espace de résolution de conflit.  Mais faute de mécanisme contraignant, il a été anéanti par la folie provocatrice d'Hitler et mussolini.

A la fin de la Seconde guerre mondiale, on a donc crée les Nations Unies, avec cette fois, des outils, comme le conseil de sécurité, les casques bleus etc, censés aider à faire respecter le droit international.

Puis les guerres d'indépendances, et la multiplication des guerres asymétriques, on a aussi précisé les règles de la guerre. Des protocoles ont été ajoutés aux conventions de Genève pour indiquer les lignes rouges : ne pas cibler les populations civiles, ni les infrastructures qui permettent sa survie.

Or, avec la guerre en Syrie, tout cela est réduit à néant

On cible les marchés, les boulangeries, les hôpitaux. On coupe l'eau, les routes d'approvisionnement, on affame... On terrorise, on instrumentalise les peurs. Avec l'entrée en scène des djihadistes, l'abandon de la communauté internationale, l'implication des puissances régionales, toutes les lignes sont brouillées. Il n'y a plus de gentils ou de méchants. La complexité est telle qu'on ne veut plus regarder. Les jeux d'alliances sont devenus fous. Il n'y a qu'à regarder ce qui se produit avec les kurdes, qui se battent contre le régime syrien à Deir Ezzor mais s'allient avec lui contre les Turcs à Afrin.

En Syrie, aujourdhui, on assiste à la faillite des institutions internationales. L'invasion de l'Irak en 2003 par les Etats Unis l'avait déjà montré, la Syrie confirme. L'inutilité totale des Nations Unies des lors qu'un pays doté du droit de veto est impliqué dans un conflit, comme ici la Russie.

C'est aussi le désastre de la realpolitique, un concept selon lequel on peut accepter de sacrifier des considérations éthiques si cela sert des intérêts à court, moyen ou long terme. Mais, en Syrie les concessions faites à la morale et la dignité, n'ont produit aucun effet positif. Elles n'ont rien empêché, ni la barbarie, ni les millions de réfugiés qui ne rentreront pas chez eux, ni l'horreur. Cela, il faudra, un jour, s'en souvenir.

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