Ce soir, la chronique est réalisée par Anthony Bellanger qui nous parlera de 200 athlètes qui ont demandé l'asile politique à l'Australie.

Il faut tout d'abord expliquer pourquoi : le mois dernier, l'Australie organisait les Jeux du Commonwealth. Grosse organisation que ces Jeux olympiques de l'ancien empire britannique : 71 nations et territoires y participent ainsi que près de 4 500 athlètes. On le sait : à chaque fois qu'une compétition internationale a lieu dans un pays occidental, une petite partie des délégations officielles disparaît dans la nature et réapparaît quelques jours plus tard pour demander l'asile politique. Généralement, le taux de défection tourne autour de 0,5% des athlètes, officiels des délégation ou même journalistes. Par exemple, après les Jeux du Commonwealth de 2014 à Glasgow, 21 athlètes ont demandé l'aide de la Grande-Bretagne. En 2006, à Melbourne, 45 personnes en ont fait de même. Au Jeux olympiques de Londres, en 2012, alors que 70 000 visas avaient été distribués, seuls 54 athlètes ou officiels avaient demandé l'asile. Autrement dit, les 200 de cette fois-ci, c'est énorme.

Mais comment expliquer cet afflux?

En proportion, c'est 6 fois plus de demandes qu'habituellement. De plus l'essentiel de ces demandes d'asiles proviennent de délégation, d'athlètes, de journalistes africains, comme le Rwanda, l'Ouganda, la Sierra Leone ou le Cameroun. Première raison évidente : ce sont des ressortissants de pays anglophones qui demandent l'asile à un pays anglophones avec lequel ils partagent une histoire coloniale commune. Il y a donc une certaine logique. Mais ça n'explique pas l'augmentation. Deuxième élément d'explication : Dans la plupart des 54 pays d'Afrique, la population est majoritairement jeune, souvent bien éduquée et souvent sans perspective d'avenir. Ajoutez à cela le manque de liberté et vous obtenez un cocktail migratoire détonnant. Or, il se trouve que l'Australie est une terre de richesse, d'abondance avec peu d'équivalent dans le monde. Le pays en est à sa 27 année consécutive de croissance !

L'Australie est par ailleurs une terre de migrants...

En effet, un Australien sur deux est un migrants ou un fils de migrants, un quart des habitants d'Australie sont nés à l'étranger. C'est deux fois la proportion américaine et deux fois et demi celle de la France, où 11,6% de la population est née à l'étranger. Et ce, une fois de plus, dans un contexte économique particulièrement favorable : l'Australie a besoin de tout : de main d'oeuvre peu qualifiée pour exploiter ses énormes ressources minières et agricoles, mais aussi d'ingénieurs, de médecins... de tout ! Pourtant, il n'y a pas de sujets plus toxique là-bas que l'immigration. L'actuel premier ministre australien Turnbull se traine dans les sondages parce que, précisément, il est perçu comme un modéré sur la question migratoire. Enfin, des centaines de réfugiés sont maintenus loin des côtes australiennes, dans l'île de Papouasie Nouvelle Guinée de Manus par exemple, plutôt que de les voir poser le pied sur l'île continent. Une situation ubuesque et inextricable du point de vue juridique.

On pourrait presque parler de paranoïa...

Une paranoïa qui plonge très profondément dans la psyché australienne : l'Australie se vit comme une forteresse assiégée. Vingt-quatre millions d'Australiens face à ces mastodontes démographiques que sont l'Indonésie, les Philippines ou même la Chine. Pour les Australiens anglo-saxons qui, paradoxalement, descendent de bagnards et de réprouvés venus de tout l'ancienne empire britannique, le danger est asiatique et aussi musulman. Un cocktail délétère de peur et de paranoïa qui polluent le débat politique. Au point que la réalité – à savoir l'immense richesse que l'immigration a apporté au pays – est oublié, oblitéré au profit des fantasmes délirants d'invasion. Des fantasmes que les 200 athlètes réfugiés risquent d'alimenter à leur corps défendant.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.