La reprise du traitement de Vincent Lambert, 24h après son interruption et suite à une nouvelle décision de justice, fait parler aussi à l’étranger. Et ce dossier à rebondissements est une sorte de miroir qui renvoie à l'image de la France chez nos voisins. C’est le « Monde à l’envers ».

Une manifestation d'Italiens devant le parlement à Rome en soutien à la poursuite du traitement de Vincent Lambert
Une manifestation d'Italiens devant le parlement à Rome en soutien à la poursuite du traitement de Vincent Lambert © AFP / Andreas SOLARO / AFP

Commençons par prendre une précaution : il ne s’agit aucunement de formuler un avis sur le sujet. Simplement de comprendre ce que cette affaire inspire à nos confrères étrangers, juristes ou journalistes.

Premier constat : tous insistent sur la grande confusion juridique française. Après six ans de bataille judiciaire, c’est le moins qu’on puisse dire.

D’abord, de nombreux étrangers ne comprennent pas ce méandre français entre juges administratifs et juges judiciaires.

Entre tribunal administratif, Conseil d’Etat, cour d’appel, Cour de cassation, bon nombre de nos confrères étrangers sont perdus. Pour mémoire, cette fois-ci, c’est donc le juge judiciaire, la cour d’appel, qui a ordonné la reprise du traitement là où le juge administratif, le Conseil d’Etat, avait décidé de l’arrêter.

Dans de nombreux pays, l’affaire serait d’ailleurs traitée par une toute autre instance, un juge de paix appartenant à la société civile, un médiateur familial. 

En plus, cette fois-ci, ça se complique encore avec la strate internationale. D’un côté, la Cour Européenne des droits de l’homme, déjà trois décisions en faveur de l’arrêt du traitement. De l’autre, le Comité de l’ONU pour les droits des personnes handicapées, qui a donc jugé recevable la requête des parents de Vincent Lambert et demande au moins six mois pour l’examiner. En fait, ce sera sans doute beaucoup plus long. Ce comité n’est pas une juridiction qui s’impose au droit français, mais il travaille sur la base d’une convention internationale reconnue par Paris.

Là encore, disent plusieurs confrères étrangers, on ne comprend pas pourquoi la France ne décide pas une bonne fois pour toutes quelle est la juridiction suprême. Et basta. 

La clarté de la loi belge

Sur le fond du dossier, la loi sur la fin de vie, le regard de nos voisins dépend en grande partie de l'interlocuteur, de sa conviction intime sur la fin de vie, et aussi de son pays d’origine, parce qu’il y a de grandes différences d’un pays à l’autre sur ce sujet.

Pour ne prendre que l’Europe, plusieurs pays interdisent purement et simplement tout ce qui peut s’apparenter de près ou de loin à de l’euthanasie : par exemple, la Grèce, l’Irlande, la Pologne.

A l’inverse, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse, autorisent dans certaines conditions, des formes d’euthanasie et d’accompagnement vers la mort.

Un confrère belge me disait que la loi française est « hypocrite » : elle traite le sujet sans aller au bout de son raisonnement. En Belgique la loi date de 2002. Si on l’appliquait à Vincent Lambert, qui n’a pas signé de directive anticipée, la décision reviendrait prioritairement à sa compagne. La loi belge hiérarchise la prise de décision : d’abord le conjoint ou la conjointe, sinon les enfants majeurs, puis les parents. Au moins c’est clair.

Dans un autre registre, un confrère britannique me disait lui : cette histoire, c’est un bon exemple de ce que sont les lois en France. "Vous en faites tout le temps, c’est une véritable inflation, mais vous ne savez pas les appliquer. Vous vous débrouillez toujours pour qu’il y ait un contournement, un recours. En fait vos lois servent juste à combler votre incapacité à mettre en place des consensus dans la société".

Un avatar sur la polémique sur le voile

Et c’est sûr que sur ce sujet des soins palliatifs et de la fin de vie, on est loin du consensus dans la société française…

Et ça aussi, ça fascine chez nos voisins. Enfin plutôt, ce qui fascine, c’est la passion que déclenche ici l’histoire de Vincent Lambert. Parce qu’au bout du compte, c’est un cas isolé, non représentatif des milliers d’autres cas qui sont gérés par les proches en bonne intelligence avec les médecins.

Un journaliste néerlandais fait cette analyse : d’abord la France n’est pas un pays où on aime regarder en face les sujets liés à la mort et au très grand âge. Ensuite, la France est un pays qui adore monter des querelles en épingle. 

A fortiori quand elles ont un arrière-plan lié à la religion et à la laïcité. Et c’est en partie le cas dans ce dossier Vincent Lambert. Le soutien des associations catholiques à la position des parents est primordial depuis le début.

Donc la France adore. C’est un peu comme de se disputer sur le voile. Et les médias ne sont pas les derniers responsables.

Le problème, c’est que ça conduit, comme sur le voile, à se polariser sur des histoires individuelles, des cas (répétons-le) non représentatifs. Ils nous font tout mélanger, entre euthanasie, soins palliatifs et suicide assisté. 

Bref, le dossier Vincent Lambert est, de ce point de vue, une « passion française ».

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