Pas de « monde à l’envers », pendant cette semaine spéciale Européennes, mais nous allons regarder comment l’Europe est vue de l’extérieur, ailleurs dans le monde. Ce soir, sur notre 1er thème, A quoi sert l’Union Européenne, examinons le regard des États-Unis. Et pour Washington, l’Europe c’est un nain politique.

Le président américain Donald Trump avec le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker en juillet dernier à Washington
Le président américain Donald Trump avec le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker en juillet dernier à Washington © AFP / SAUL LOEB / AFP

Une anecdote pour commencer. Elle en dit long. En décembre dernier, l’ambassadeur de l’Union Européenne à Washington, David O’Sullivan, est estomaqué. 

Lors d’une cérémonie plutôt banale à la mémoire de l’ancien président Bush, il découvre fortuitement que dans l’ordre protocolaire, il a été rétrogradé au rang de « chef de délégation ». 173ème position dans le classement.

Il a finalement été rétabli dans ses prérogatives, le mois dernier. Mais l’épisode est révélateur. Pour les Etats-Unis, l’Union Européenne n’a pas de poids politique.

Ça rappelle une autre anecdote célèbre. On prête à Henry Kissinger, l’ancien patron de la diplomatie américaine, cette formule en 1973 : « Who do I call if I want to call Europe ? ». Autrement dit : je ne connais pas le numéro de téléphone de l’Union Européenne. 

Kissinger conteste avoir prononcé cette phrase, mais il affirme n’avoir jamais compris qui est habilité à parler au nom de l’Europe.

Depuis, ça s’est un peu arrangé, puisque l’Union s’est doté d’un haut représentant pour les affaires étrangères, actuellement Federica Mogherini.

Mais dans l’esprit des Etats-Unis, l’Europe reste en effet un nain politique, incapable de parler d’une seule voix sur les grands sujets de politique étrangère, la guerre en Irak il y a plus de 15 ans, la Chine ou le Venezuela aujourd’hui.

Le think tank conservateur Hudson Institute va plus loin et parle d’une Europe plus divisée que jamais, entre le Brexit et les poussées populistes.

Par-dessus le marché, la priorité politique des Etats-Unis est désormais de l’autre côté de la planète, en Asie : partenariat transpacifique, rivalité de la Chine.

Un ennemi commercial

Évidemment, il y a quand même le poids économique, les Etats-Unis ne peuvent pas le contester: l’Europe c’est la première puissance commerciale mondiale, la 2ème économie du monde. 

Les Etats-Unis le reconnaissent. Depuis 70 ans ils ont d’ailleurs toujours fondé leur relation avec le Vieux Continent sur le commerce.

Mais là l’écueil est d’une autre nature : l’Europe c’est un « ennemi » sur le plan commercial. C’est la formule de Donald Trump. Le président américain est obsédé par une chose, l’automobile : il se plaint régulièrement de voir trop de Mercedes dans les rues de New-York et pas assez de Chevrolet en Allemagne.

Et le fait est que la balance commerciale entre l’Europe et les Etats-Unis est très déséquilibrée au profit de l’Union Européenne : plus de 400 milliards dans un sens, moins de 300 milliards dans l’autre. 

L’Europe est trop puissante commercialement, il faut donc la diviser. C’est ce que cherche Trump. 

Il y a un an, il aurait même suggéré à Emmanuel Macron de faire sortir la France de l’Union en lui faisant miroiter un accord bilatéral avec les Etats-Unis.

D’autant que Trump, on le sait, ne croit que dans le bilatéral. Il ne supporte pas le multilatéralisme et pour lui, l’Europe c’est forcément du multilatéral, puisqu’il n’y a pas de numéro de téléphone. Donc diviser pour mieux régner. 

La Chine ne fait d’ailleurs pas autre chose en faisant les yeux doux à l’Europe de l’Est et à l’Europe du Sud.

En résumé, la visions des Etats-Unis n’est pas fausse.

C’est l’un des enjeux clés pour l’Europe aujourd’hui : face à la Chine et face aux Etats-Unis, l’Union Européenne va-t-elle se décider à se penser comme une puissance politique, pas seulement une puissance commerciale et une unité culturelle ?

Pour l’instant, ça n’en prend pas le chemin.

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