Emmanuel Macron et Angela Merkel ont signé ce matin un nouveau traité franco-allemand. Et il y a beaucoup de débats à l’initiative de l’extrême droite, sur le fait que ce traité irait trop loin sur l’abandon de souveraineté. Mais on peut soutenir le contraire: qu'il ne va pas assez loin. C'est "le monde à l'envers".

De Gaulle et Adenauer signant le traité de 1963 à l'Elysée
De Gaulle et Adenauer signant le traité de 1963 à l'Elysée © AFP / AFP

Une petite archive pour commencer : De Gaulle et Adenauer, en 1963, signant le traité de réconciliation franco-allemand ! Un sacré geste politique !

Et maintenant, le traité signé ce matin, 56 ans plus tard : 13 pages.  Et franchement, après un an et demi de négociation pour en arriver là, ça souffre de la comparaison !

Le journal allemand Der Spiegel titre aujourd’hui : Grosse Pläne, kleine Schritte ! Traduction : grands projets, petit pas.

On est loin des grandes envolées lyriques sur l’Europe d’Emmanuel Macron il y a près de deux ans.

Qu’en reste-t-il dans ces 13 pages ? Bien peu de choses.

Le budget de la zone Euro ? Toujours dans un carton, l’Allemagne ne veut pas s’engager trop loin dans la solidarité.

L’uniformisation d’un niveau minimum de droits sociaux ? Aux oubliettes.

Un projet commun sur l’accueil des migrants ? Inexistant.

Une ambition conjointe sur les énergies renouvelables ? Rien de concret, juste un propos général, la France est frileuse.

Il y a bien quelques petits pas, sur l’harmonisation du droit des affaires ou la meilleure coopération entre les zones frontalières.

Et il y a bien sûr la réaffirmation de l’amitié franco-allemande, ce qui n’est pas rien.

Mais la vérité c’est que tout a été revu à la baisse : c’est un traité service minimum.

Plus les fausses informations sont énormes, plus ça marche

Et c’est exactement l’inverse que l’on entend depuis quelques jours. C’est ça qui est extraordinaire.

Ce qu’on entend, ce sont les fausses informations diffusées tous azimuts par l’extrême droite.  

Si on les écoute, on a l’impression que ce traité est une énormité, une intégration des deux pays sans précédent, une reddition de la France en rase campagne, etc. 

Alors répétons-le quand même : cette présentation du traité, c’est du super pipeau, de l’intox de A à Z.

Non il n’est aucunement question de livrer l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne : il s’agit seulement d’une meilleure collaboration transfrontalière.

Non il n’est aucunement question que la France donne à l’Allemagne son siège au Conseil de Sécurité : il s’agit seulement de militer pour une réforme du Conseil, qui, de toute façon, n’aura sans doute jamais lieu.

Non l’accord de défense ne change rien : dans le cadre de l’OTAN, la protection mutuelle était déjà prévue.

Non il n’y a pas d’atteinte aux souverainetés nationales, mais des accords, je cite, « dans le respect des règles constitutionnelles des deux Etats ».

Faut-il être surpris par toutes ces élucubrations ?

Evidemment pas : après le Brexit ou Trump, on devrait savoir que tout accord international est le terrain favori des fausses informations. Et qu'à l'ère des réseaux sociaux, plus c’est gros, plus ça marche.

Le plus surprenant, c’est surtout que l’Elysée soit surpris. 

Les pro-Européens sur la défensive

En attendant, c’est quand même sur cette idée d’un traité qui irait trop loin que s’est concentré le débat public et c'est très révélateur et fascinant.

Ce traité est plutôt vide. Et on débat sur le fait de savoir s’il est trop plein !

Tout est dit. Tout est dit sur le fait que les termes du débat public sont désormais fixés par l’extrême droite. C’est elle qui donne le La et contraint le reste de la classe politique à réagir sur SES sujets à elle. Chapeau !

A l’approche des élections Européennes, on pourrait parfaitement débattre sur plus d’intégration européenne, en termes de politique économique et sociale ou d’immigration.

Mais non. On débat sur l’inverse : sur la défense de la souveraineté nationale.

Je ne suis pas en train de faire l’apologie de l’Europe en disant ça, je fais juste un constat : les promoteurs de l’intégration européenne (il y en a) n’osent plus parler en positif. Ils disent seulement « ne vous inquiétez pas, ce n’est pas une atteinte à notre souveraineté nationale ».

Il y a bien là un renoncement à parler de l’Europe comme d’un projet enthousiasmant, voire salvateur face à la désertion du protecteur américain et à l’affirmation de la Chine et de la Russie.

Les pro-Européens sont « cornerisés », sur la défensive.  Ils ne séduiront personne comme ça.

Logiquement, une campagne pour des élections européennes devrait déclencher un « grand débat européen ». 

Chez nous, elle démarre sur fond de « grand débat national ». 

Il n’y a pas de hasard.

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