J- 4 pour les élections européennes et soirée spéciale aujourd’hui sur France Inter pour le dernier débat de la campagne. Examinons à cette occasion la féminisation des instances européennes. Ça progresse mais… lentement. Malgré les belles paroles, on est encore loin du compte sur la parité. C'est "le monde à l'envers"

La photo de famille officielle de la commission européenne sortante
La photo de famille officielle de la commission européenne sortante © Commission Européenne

A la vitesse de l’escargot… C’est comme ça que ça progresse la parité en Europe… En 40 ans, on est passé de 16% de femmes au Parlement européen à 36%. 

273 femmes sur 751 élus : on se dit que ça avance. Et puis c’est mieux que la moyenne des Parlements nationaux qui composent les 28 pays de l’Union : 28% de femmes députées.

Mais une fois qu’on a dit ça, si on entre dans le détail, c’est moins reluisant. D’abord, il y a de très grandes disparités selon les pays. Seules la Finlande, l’Irlande et la Croatie dépassent les 50% de députées (é-e-s). La Suède et Malte sont à la parité parfaite : 50/50. La France ne s’en tire pas trop mal, 43%.

Mais après ça se dégrade. Et 6 pays comptent moins de 20% de femmes élues à Strasbourg : la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie, l’Estonie, la Lituanie et Chypre.

Au sein des groupes parlementaires, les Verts, les Libéraux et les Sociaux-démocrates ont fait des efforts. En revanche, à droite, c’est pas terrible, particulièrement au sein du Parti Populaire Européen, le principal groupe de droite, seulement 28% de femmes.

Il faut dire que sur les listes électorales, peu de pays imposent des quotas voire carrément la parité : en gros, la France, la Belgique, la Pologne, l’Espagne et le Portugal. Partout ailleurs, chacun fait ce qui lui plait.

Zéro pointé au sommet de l'Europe

Et en haut de la pyramide, sur les têtes de liste et les postes à responsabilité, alors là bim ! On cogne sur le célèbre « plafond de verre » : des femmes oui, mais pas en haut de l’échelle.

Prenons d’abord les listes. Tiens, au hasard, la France : 34 listes, combien de femmes têtes de liste ? Neuf !

Bel effort ! Et si on grossit la loupe sur les listes principales, il ne reste plus que deux femmes, Nathalie Loiseau et Manon Aubry.

Zoom arrière, élargissons le regard, examinons maintenant l’ensemble de l’Europe :  les « Spitzkandidaten » (je sais que vous adorez ce mot, Fabienne). Autrement dit, les candidats des différents groupes parlementaires pour la présidence de la commission. Il y a bien l’écologiste Ska Keller et la libérale Margrethe Vestager.

Mais qui en haut des deux grands groupes, le PPE, et les Sociaux-démocrates ? Des hommes ! Quelle surprise ! Manfred Weber, Frans Timmermans.

Tiens, d’ailleurs, devinette ? Combien de femmes, en 40 ans, ont présidé le Parlement européen ? Tic tac, c’est le jeu des mille euros ! La bonne réponse est… deux : pour un total de 6 ans sur 40 ans ! Bel effort.

Deux Françaises : Simone Veil et Nicole Fontaine.

Continuons avec la photo de famille officielle de la commission européenne sortante.

Et oui, ça saute aux yeux. C’est le règne des hommes blancs de plus de 60 ans. 19 hommes pour 9 femmes. 

La commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, est l’une d’elles. 

Et je vous livre ce qu’elle nous disait la semaine dernière à Paris : « regardez la photo, tous ces hommes réduits à exprimer leurs personnalités à travers la couleur de leur cravate, et au bout du compte ils se ressemblent tous ».

J’oubliais de le préciser, mais bien évidemment, aucune femme n’a jamais présidé la commission européenne, pas davantage le Conseil Européen, pas davantage la Banque Centrale européenne. Faut pas pousser !

En revanche, à Strasbourg, 60% du personnel administratif est féminin. Tout est dit.

Comme dans Game of Thrones

Évidemment, on se demande si ça peut changer après ces élections, si on peut se retrouver, comme dans Game of Thrones, avec des Cersei, des Daenerys, des Sansa dans les lieux de pouvoir ?

C’est possible. 

Le vrai test, après le scrutin, ce sera le grand marchandage, sur les 5 voire 6 postes clés : présidence de la commission, présidence du Parlement (il peut y en avoir deux), présidence de la BCE, du Conseil Européen, et Haut représentant pour les affaires étrangères (seul poste de haut rang occupé aujourd’hui par une femme, Federica Mogherini).

Des noms circulent : Margrethe Vestager, encore elle. Mais aussi Ursula von der Leyen, Christine Lagarde, voire Angela Merkel. S’il y a trois femmes sur six postes, alors ce sera le signe d’une vraie transformation. Et ça pourrait changer pas mal de choses sur l’ordre des priorités dans les choix politiques européens.

Mais c’est pas gagné. Du tout.

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