Pas de "monde à l'envers" pendant cette semaine spéciale Élections Européennes, mais un regard sur l’Europe vue de l’extérieur, ailleurs dans le monde. Sur le thème d’aujourd’hui, l’agriculture, examinons le point de vue de l'Argentine ou du Brésil, où l’Union Européenne est regardée comme déloyale.

Récolte de soja dans une exploitation du Mato Grosso au Brésil
Récolte de soja dans une exploitation du Mato Grosso au Brésil © AFP / YASUYOSHI CHIBA / AFP

Le Brésil et l’Argentine emploient des mots forts :  l’Europe « abuse de sa position dominante ».

Ça peut choquer certains agriculteurs ici, qui voient aujourd’hui dans la PAC une protection insuffisante. Mais vu d’Amérique Latine, c’est l’inverse : la PAC c’est un mécanisme déloyal qui entrave la concurrence et protège beaucoup trop l’agriculture européenne.

Pour comprendre, il faut d’abord mesurer la puissance de l’Europe: énorme.

C’est la première puissance agricole mondiale, le premier exportateur mondial, 130 milliards d’euros par an. Notamment les boissons, les vins, les alcools. L’Union Européenne, vue de l’extérieur, c’est donc d’abord un poids lourd.

Et la politique agricole commune, c’est l’outil abusif de la domination européenne: des subventions massives visant à casser les prix à l’exportation pour être compétitifs sur les marchés mondiaux. Injuste.

La critique va plus loin : l’Europe est soupçonnée d’imposer des normes sanitaires excessives, sur la viande porcine par exemple. Et de dissimuler ses aides aux agriculteurs via les fonds pour la promotion du développement rural, des fonds tolérés par l’Organisation mondiale du commerce.

Problème : pour le Brésil et l’Argentine, l’enjeu est majeur, parce que l’agriculture et l’agro-alimentaire sont des piliers de leurs économies. Les productions de sucre, de café, de viande bovine, de soja, de vin, sont centrales pour ces deux pays. 

Ils estiment qu’ils exporteraient beaucoup plus si l’Europe respectait les règles de la libre concurrence.

Deux poids deux mesures

Cela dit, il y a quand même des négociations commerciales assez avancées avec ces pays: ce sont des discussions entre l’Union Européenne et ce qu’on appelle le Mercosur, qui regroupe les principales économies d’Amérique du Sud.

En fait ces négociations durent depuis 20 ans, elles ont longtemps stagné, avant de redémarrer il y a 3 ans. La dernière séance de négo a eu lieu il y a un mois à Buenos Aires.

Les choses évoluent, les exportations agricoles ou agro-alimentaires brésiliennes vers l’Europe sont en hausse régulière.

Mais l’accord global n’est toujours pas conclu. Et pour les Sud-Américains, c’est, là encore, la faute à l’Europe qui n’est pas « fair play ». Prenons un exemple : 

-         D’un côté, à l’exportation, Bruxelles veut pouvoir distribuer sans limite le vin européen (sauf que c’est une menace pour de nombreux exploitants argentins et brésiliens).

-         A l’inverse, à l’importation, Bruxelles veut imposer des restrictions à la viande bovine en provenance d’Amérique Latine.  

Bref, deux poids deux mesures. Toujours ce soupçon d’une Europe qui abuserait de sa position dominante.

Engrais et produits chimiques des deux côtés

En même temps, il y a de vraies interrogations sur la qualité sanitaire des produits sud-américain. On se souvient de ce scandale de la viande avariée au Brésil il y a deux ans. Et les géants sud-américains ont, c’est vrai, développé une agriculture à marche forcée, avec engrais et produits chimiques à la clé.

Mais là encore, ils nous renvoient la balle. En soulignant que l’Europe a fait exactement la même chose pendant 50 ans. Donc ils disent : c’est l’hôpital qui se moque de la charité.

Et l’un de mes interlocuteurs brésiliens m’a glissé cette idée : laissez-nous donc faire le gros œuvre de la production massive, on est plus forts, plus compétitifs que vous. Et redéployez vos aides européennes vers des circuits agricoles courts et une agriculture haut de gamme. Ce serait plus logique.

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