Lors de sa visite en Israël, le vice président américain Mike Pence a confirmé la décision de Donald Trump: les Etats-Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d'Israël et vont y transférer leur ambassade. Question dans le "monde à l'envers": et si Trump avait raison sur Jérusalem, malgré le tollé international ?

Mike Pence devant le Mur des Lamentations à Jérusalem
Mike Pence devant le Mur des Lamentations à Jérusalem © Maxppp / xinhua

Là, je sens que je vais me faire des ennemis…

Parce qu’examiner cette hypothèse, c’est briser un tabou. Et dès que l’on sort du politiquement correct sur le sujet israélo-palestinien, on est aussitôt soupçonné d’être téléguidé par l’une ou l’autre camp.

Essayons quand même. Après tout, oui, peut-être Trump a-t-il raison de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël.

Raison sur un terrain bien précis : celui du monde réel.

Pas celui du droit, là il a tort : il est établi, au regard du droit international, que l’occupation de Jérusalem Est par les Israéliens est illégale.

Quant au terrain de la religion et du statut des différents lieux saints, je ne me hasarderai pas sur ce terrain.

En revanche, oui, Trump a peut-être raison sur la situation de fait.

Quand on va à Jérusalem, on le voit bien. De fait, les Israéliens sont installés à Jérusalem, non seulement à l’Ouest, mais de plus en plus à l’Est, par annexion progressive des territoires palestiniens. 

De fait, Israël a fait de Jérusalem sa capitale, là où siègent son parlement et son gouvernement.

Mais ça va plus loin : c’est une situation admise par de nombreux Palestiniens ! Pas les officiels, évidemment, c’est impossible. C’est tabou. Mais dans le propos du Palestinien de la rue, en Cisjordanie. 

Il déplore cette situation, mais il la constate. Jérusalem est, dans les faits, la capitale d’Israël.

La fin d'une hypocrisie 

Cela dit la décision américaine est quand même très dangereuse…

Evidemment qu’il y a un risque d’embrasement de la zone (même si, on le remarquera, il n’a pas eu lieu pour l’instant).

Evidemment que ça peut paralyser les négociations de paix pour un moment.

Mais là encore, stop à l’hypocrisie !

D’abord, dans cette région, toute décision politique est dangereuse.

Mais surtout, les négociations de paix, de toute façon, elles sont dans l’impasse.

Je vous ai apporté un document ici un studio : le journal papier du 14 septembre 1993. La poignée de main Rabin / Arafat sous l’égide de Clinton. A ce moment là, on y a cru.

Mais c’était il y a 25 ans !

Et depuis cette date, a fortiori depuis l’assassinat de Rabin, 2 ans plus tard en 1995 : nada, rien.

Les négociations de paix, l’un dans l’autre, font du surplace. Voire marche arrière. 

On radote « la solution à 2 Etats avec Jérusalem pour capitale partagée », mais dans les faits rien ne se passe.

Donc, la décision de Donald Trump, confirmée par cette visite de Mike Pence en Israël, a le mérite de mettre un terme à cette hypocrisie…

Le mythe du "courtier honnête"

Reste qu'après cette décision, les Etats-Unis ne peuvent plus jouer les intermédiaires, négocier avec les deux parties.

Mais là aussi, fin d’une hypocrisie. 

L’hypocrisie du « honest broker », comme disent les anglo-saxons.

Littéralement le « courtier honnête », vous savez, le « bon intermédiaire » dans une négociation.

Et bien les Etats-Unis ne sont pas un « honest broker ». 

Et là avec la décision de Trump, au moins ça devient clair. Peut-être à son corps défendant, mais ça devient clair.

Et en réalité ça fait 23 ans que le Congrès américain a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël. C’est juste que depuis lors, Présidents américains avaient toujours refusé d’entériner cette décision.

La position américaine est plus proche des Israéliens que des Palestiniens. 

L’explication tient d’ailleurs pour beaucoup à des raisons électorales intérieures : le poids des chrétiens évangéliques aux Etats-Unis, très favorables à cette décision sur Jérusalem.

Un besoin de leaders 

Et du coup, résultat des courses, les Palestiniens on s’en moque ?

C’est l’impression que ça peut donner. Mais en même temps arrêter de leur dire qu’on négocie la paix alors qu’on ne fait pas grand-chose, c’est juste leur parler enfin comme à des adultes et cesser de les prendre pour des imbéciles.

La question, c’est y-a-t-il d’autres voies que le symbole « 2 Etats avec Jérusalem pour capitale partagée » ?

Et bien peut-être.

Deux exemples :

-         Le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane, propose aux Palestiniens d’installer leur capitale à Abu Dis, c’est à 5 kms à vol d’oiseau de Jérusalem, juste après le Mont des Oliviers.

-         Autre exemple : en Cisjordanie, beaucoup de jeunes palestiniens visent désormais un autre combat : la reconnaissance de leurs droits civiques au sein d’un Etat israélien. Gros défi pour le pouvoir central israélien, vu que la proportion d’Arabes ne cesse de croitre en Israël, c’est l’évolution démographique.

Mais ce dont les deux pays ont besoin, c’est surtout de l’émergence de nouveaux leaders.

Parce que les logiciels de Mahmoud Abbas d’un côté, et de Benjamin Netanyahu de l’autre sont peut-être tous les deux… un peu datés

L'équipe
  • Jean-Marc FourDirecteur de l'information internationale de Radio France
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