L’Amérique Latine est engagée dans un grand cycle électoral. Dimanche dernier c’était au Venezuela. Dimanche prochain c’est en Colombie. Et ça va continuer toute l'année ! Or contrairement aux idées reçues, le continent n'est pas en train de totalement basculer à droite. C'est le "monde à l'envers" de ce soir.

Un meeting de soutien la semaine dernière en Colombie au candidat de gauche Gustavo Petro
Un meeting de soutien la semaine dernière en Colombie au candidat de gauche Gustavo Petro © AFP / Raul ARBOLEDA / AFP

Ah c’est vrai que depuis 2015, les pouvoirs de gauche, qui avaient dominé le début du siècle sur presque tout le continent, sont passés à la trappe les uns après les autres !

Macri en Argentine, Kuczynski au Pérou, Pinera au Chili : à chaque fois élection d’un président de droite ou de centre droit. 

Cerise sur le gâteau : la destitution, au Brésil, de Dilma Rousseff, l'héritière du symbole de la gauche, Lula.

Cette bascule à droite s’est souvent accompagnée de la poussée des églises protestantes évangéliques. Elles concurrencent désormais le catholicisme en particulier au Brésil, en Colombie et en Amérique Centrale.

Elles ont imposé des débats sur l’avortement, l’euthanasie, ou le mariage homosexuel. 

Et au Chili par exemple, 4 des conseillers politiques du président Pinera sont des pasteurs évangéliques.

Bref, début 2018, on se disait : la droite va enchainer, à la faveur d’une ribambelle de scrutins présidentiels : d’ici à la fin de l’année, les 2/3 des 650 millions de latino-américains se seront rendus aux urnes !

On se disait ça… Et puis… ce n’est pas si simple… En fait « la gauche n’est pas morte »…

Vers un ballottage sans précédent en Colombie

Citons rapidement le succès du centre gauche il y a un mois au Costa Rica, même si c’est un cas intéressant, on en avait parlé ici.

Passons également sur le Venezuela qui a voté il y a 3 jours : le scrutin, visiblement entaché de fraudes, ne dit pas grand-chose de la volonté de la population.

Il montre surtout que l’ancienne révolution de gauche d’Hugo Chavez s’est transformée en la tyrannie d’un homme, Nicolas Maduro.

Il y a plus révélateur.

D’abord la Colombie. 36 millions d’électeurs aux urnes dimanche prochain, dans un pays qui a toujours été à droite, tant la lutte contre la guérilla des FARC a dicté l’agenda politique pendant 40 ans.

Cette fois encore, le candidat conservateur, Ivan Duque, part favori. 

Mais il pourrait être contraint à un second tour par son rival de gauche Gustavo Petro, ancien maire de Bogota. Un tel ballottage serait en soi un événement pour la Colombie.

Ensuite, le Mexique. 

Là, le vote est prévu dans 5 semaines, le 1er juillet. C’est le grand voisin des Etats-Unis, 130 millions d’habitants.

Et le grand favori dans les sondages, c’est le candidat de gauche, Andres Manuel Lopez Obrador.

On le surnomme AMLO (ce sont ses initiales), il a déjà échoué 2 fois, mais ce coup-ci il caracole en tête, aidé indirectement par la radicalité de Donald Trump sur l’immigration.

Ajoutons les deux autres ténors sud-américains :

-         Le Brésil évidemment qui votera début octobre : Lula est en prison, condamné pour corruption, mais il n’a pas renoncé à se présenter, et depuis sa cellule, il reste en tête des intentions de vote.

-         Et puis l’Argentine, où le président de droite libérale Maurizio Macri, est mal en point. Il vient d’appeler le FMI à l’aide, et ça, ce n’est pas une décision populaire en Argentine.

Sortez les sortants et les corrompus !

Question évidemment: est-ce qu’on peut parler en Amérique Latine d’une vague de « dégagisme » comme on en voit en Europe ?

La répons est Oui. Et c’est sans doute une meilleure grille de lecture que le logiciel droite-gauche.

Allez, une petite devinette : savez-vous ce que veut dire l’expression « lava jato » ?

En brésilien, ça signifie littéralement : « lavage express ».  Vous voyez ça au Brésil, en particulier dans les laveries pour voitures.

C’est le nom de code de l’énorme opération anti-corruption qui secoue toute la classe politique du pays, dont Lula. Près de la moitié des parlementaires sont soupçonnés d’avoir truqué des marchés publics.

Ça a même conduit à la récente démission du président du Pérou voisin, Pedro Pablo Kuczynski dont on parlait tout à l’heure.

Tout ça pour dire quoi ?

Pour dire que dans l’esprit des électeurs, le critère numéro 1, ce n’est plus droite ou gauche, c’est propre ou sale !

Et c’est aussi pour ça qu’il y a une profonde défiance, en particulier dans les classes moyennes, vis-à-vis de toutes les institutions.

Qui en profite ?

-         D’une part ceux qui semblent « nouveaux », par exemple le comique Jimmy Morales qui l’a emporté fin 2015 au Guatemala.

-         D’autre part les extrémistes, par exemple le colonel Bolsonaro au Brésil. Ancien soutien de la dictature, il a une phrase fétiche : « un bon délinquant est un délinquant… mort ». 

Et il est 2ème dans les sondages !

Donc oui, c’est un peu comme en Europe : prime à la nouveauté et prime aux extrêmes !

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