Après des années de cacophonie et de règlements de compte internes sur le dossier des migrants, les Européens sont peut-être en train de s’entendre sur le sujet. C’est ce que laisse espérer un accord obtenu ce 23 septembre à Malte. Mais qu’arrive-t-il donc à l’Europe ? C’est le « monde à l’envers ».

Le navire de secours Ocean Viking a été autorisé à débarquer à Lampedusa après plusieurs jours d'attente
Le navire de secours Ocean Viking a été autorisé à débarquer à Lampedusa après plusieurs jours d'attente © AFP / Alessandro SERRANO / AFP

C’est le truc qu’on n’espérait plus, tellement les Européens, Français et Italiens en particulier, nous ont habitués à des controverses consternantes sur l’accueil des réfugiés à chaque nouvelle arrivée d’un bateau d’ONG rempli de migrants, avec à la clé des échanges de noms d’oiseaux, où l’on se refile la responsabilité du drame, comme une patate chaude !

Plus globalement les 27 n’ont su s’entendre ces dernières années que sur une seule chose : sous-traiter l’affaire à des tiers (la Turquie, la Libye, plus récemment le Rwanda) et laisser la Méditerranée se transformer en cimetière de migrants.

Et donc, voilà que cet après-midi, à Malte, Français, Allemands, Italiens et Maltais, ont trouvé un accord de principe sur un mécanisme automatique de relocalisation des migrants : ça veut dire une clé de répartition entre les pays pour les demandeurs d’asile dès qu’ils arrivent sur le sol italien (ou maltais).

Selon une piste de travail encore officieuse, l’Allemagne en accueillerait 25%, la France 25% également, l’Italie 10%, le reste à répartir entre plusieurs pays volontaires : la Finlande, l’Irlande, la Croatie ou le Portugal seraient partants.

Concrètement, ça mettrait donc un terme à cette farce ridicule et répétée qui discrédite l’Europe, à chaque fois qu’un bateau fait des ronds dans l’eau en attendant un accord entre capitales.

En 2015, un mécanisme similaire avait été adopté par les 27. Il n’a jamais fonctionné. Cette fois, ça semble mieux engagé.

Un atout pour le gouvernement italien face à Salvini

Il y a une hypothèse optimiste pour l’Europe, une fois n’est pas coutume : que ce soit le fruit d’une vraie prise de conscience politique. Si c’est ça, alors on peut dire : enfin !

Un accord honorable entre Européens pour accueillir les migrants, ce serait la démonstration de l’utilité de l’Union et de sa capacité à s’entendre sur les sujets clés, sous l’impulsion de Paris, Berlin et Rome. Ce serait aussi la preuve que les Européens peuvent désamorcer, avec des solutions rationnelles, le sujet de prédilection de l’extrême droite, son atout électoral numéro un. Ce serait un premier résultat pour le nouveau et fragile gouvernement Italien, confronté aux outrances du patron de la Ligue Matteo Salvini, désormais dans l’opposition.

Sur les migrants, la solution, disait Emmanuel Macron la semaine dernière à Rome, ne passe pas par le repli mais par la coopération européenne. Encore faut-il le traduire en acte.

Enfin, cet embryon d’accord a le mérite de reposer sur la base du volontariat : autrement dit, il ne forcerait pas la main aux gouvernements de l’Est, polonais ou hongrois qui restent fermés sur cette question. Et c’est peut-être plus adroit pour préserver l’unité européenne.

On se résume : cet accord de Malte est constructif.  Ça nous change sur la question migratoire.

La Grèce et l'Espagne dans l'attente d'un accord similaire

On objectera à juste titre que ça reste un tout petit pas !

Il ne s’agit que d’un accord temporaire, qui doit encore être validé par l’ensemble des 27 pays de l’Union dans deux semaines. Et surtout il est loin de répondre à toutes les questions.

Il ne traite que des demandeurs d’asile, pas des réfugiés économiques, et on sait que la distinction est parfois ténue.

Il ne résout pas pour l’instant la question d’une rotation des ports d’accueil pour les migrants. L’Italie pousse pour y faire figurer Marseille, la France est réticente. Il ne répond qu’à la situation en Méditerranée centrale (Italie-Malte) alors que les flux se sont déplacés très majoritairement vers la Grèce à l’Est (59% des arrivées en Europe cette année) et vers l’Espagne à l’Ouest (29% du total). Il ne modifie pas non plus le célèbre règlement de Dublin, ce système très critiqué qui fait porter la charge des demandes d’asile exclusivement aux pays de premier accueil, ceux où débarquent les bateaux.

Enfin, il risque de servir de cache sexe à ce qui se passe de l’autre côté : silence radio sur les morts en mer et sur le traitement réservé aux migrants bloqués ou renvoyés en Libye.

N’en jetez plus. Vous avez compris : on est donc loin du compte. Ce n’est en effet qu’un tout petit pas. 

Mais c’est un début, l’amorce d’un changement de logiciel européen sur ce dossier des migrants. 

C’est en soi considérable.

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