Comme tous les soirs, pendant cette semaine spéciale Elections Européennes, regardons comment l’Europe est vue de l’extérieur, ailleurs dans le monde. Sur notre thème d’aujourd’hui, l’immigration, direction l'Afrique, où l’Europe n’est pas perçue comme une passoire, mais plutôt comme une forteresse.

Des migrants africains à bord du navire humanitaire Sea Watch face à un bateau des garde-côtes italiens
Des migrants africains à bord du navire humanitaire Sea Watch face à un bateau des garde-côtes italiens © AFP / FEDERICO SCOPPA / AFP

Un château fort occupé par des seigneurs vieillissants, et un château fort entouré de douves où l’on se noie, la Méditerranée. Voilà la vision africaine.

Pourquoi regarder le sujet du point de vue africain ? Parce que, si on met de côté l’exode conjoncturel des Syriens lié à la guerre, le flux migratoire principal, en Europe, vient bien d’Afrique : en moyenne 200.000 personnes par an.

Elles viennent d’Afrique sub-saharienne (le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Guinée) ou d’Afrique de l’Est (le Soudan, l’Erythrée).

Et ces populations africaines voient bien que depuis 5 ans, l’Europe s’est fermée comme une huître : des murs partout, entre la Grèce et la Turquie à l’Est, à Ceuta et Melilla enclaves espagnoles à l’Ouest, au large de la Libye au cœur de la Méditerranée. 17.000 morts, rappelons-le, depuis cinq ans, dans ce cimetière marin qu’est devenue la Méditerranée.

L’Afrique voit bien aussi à quel point le discours des Européens a changé. La fermeture des frontières est devenue un ciment idéologique qui va bien au-delà de l’extrême droite. La forteresse revendique le fait d’être devenue une forteresse.

Une stratégie injuste et inefficace

On peut se dire que ça a au moins le mérite d’envoyer un message clair ! Mais ce n'est même pas le cas.

C’est ce que relèvent de nombreux intellectuels africains : l’Europe est une forteresse incohérente.

Pour commencer, les positions européennes ne sont pas totalement lisibles. Les 28 pays de l’Union font des interprétations différentes du droit d’asile. Et ils ne sont pas capables de s’entendre sur des quotas de répartition des migrants.

Et puis ce raisonnement de la forteresse est perçu comme injuste et inefficace. 

D’abord, il raye du paysage l’essentiel des migrations africaines : plus des deux tiers des migrants africains ne se déplacent pas vers l’Europe, mais vers un autre pays africain : les deux tiers ! Ensuite, il est injuste parce que les migrants ne sont pas ceux que l’on croit : ne partent que les Africains qui ont les moyens de partir (le coût du voyage est faramineux).

Ce sont les diplômés qui s’en vont, ce qui prive les pays africains de ressources considérables.

Enfin, la forteresse est inefficace à moyen terme. Parce que l’attraction exercée par l’Europe va continuer, auprès d’une population très jeune : vous savez quel est l’âge moyen d’un Africain ? 19 ans ! Et la population du continent va doubler d’ici 10 ans : 2 milliards et demi d’habitants en 2030.

Donc vue d’Afrique, la « forteresse Europe », c’est juste une tactique de court terme face à des enjeux électoralistes.

Une cogestion nécessaire des flux migratoires

Plusieurs chercheurs africains préconisent une stratégie de longue haleine, une cogestion des grands flux migratoires par les deux continents. 

Avec des voies de passage claires et réglementées. C’est la piste des « hot spots », ces centres de pré-immigration sur le sol africain, mais les projets sont balbutiants, et ne parlons pas des centres de rétention en Libye qui sont indignes.

Avec aussi des incitations à la migration circulaire, c’est-à-dire l’aller-retour vers l’Afrique.

Et avec le développement de partenariats équilibrés, qui favorisent des projets locaux, avec des PME, en dehors des acteurs étatiques. Pour asseoir le tissu économique.

Ça nécessiterait pour commencer que l’Europe parle d’une seule voix sur ce sujet. On est loin du compte.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.